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›› Chronique

Huawei (suite). La querelle s’envenime et met sous tension la relation entre alliés

La Chine et Huawei ripostent contre l’ostracisme américain. Les Européens et les industriels du secteur hésitent à imposer un embargo à l’équipementier chinois (n°1 mondial des réseaux Internet et 16% du marché global)


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Il y a le conflit des « valeurs » asiatiques contre celles de l’Occident, le primat du collectif contre la promotion individuelle, les exécutifs verticaux et resserrés du despotisme contre séparation des pouvoirs démocratiques ;

Il y a l’angoisse du déclin de l’Occident ; la querelle commerciale sino-américaine attisée en rivalité stratégique ; et encore la démocratie taïwanaise harcelée par les références historiques et ethnoculturelles venant du Continent ; il y a enfin les nationalismes enflammés arrière-plans de grands frottements tectoniques produisant partout une des plus grande effervescence anti-chinoise jamais observée depuis 30 ans.

Et au milieu de ce bouillonnement du monde qui se recompose, il y a l’affaire Huawei, 1er fournisseur mondial des infrastructures Internet dont QC suit la saga depuis 2011 [1]. La question embrasse à la fois les griefs de captation de technologies, au cœur des récriminations de la Maison Blanche, celle connexe de l’espionnage, et celle de l’indépendance de la justice, flambeau des valeurs démocratiques, que la culture politique chinoise interprète toujours par le critère premier de ses intérêts politiques.

Au-dessus de cet imbroglio où se télescopent le droit, l’histoire, la culture, les intérêts stratégiques, politiques et commerciaux, planent deux attentes angoissantes au cœur dramatique de la querelle devenue un symbole sur lequel les historiens modernes n’ont pas fini de gloser.

A Pékin, trois Canadiens sont sous le coup de la justice chinoise. Le diplomate à la retraite Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor tous deux en détention pour des motifs vagues, sans l’assistance d’un avocat et privés du droit de recevoir leurs familles.

Surtout, Robert Schellenberg repris de justice à Vancouver condamné à mort pour trafic de drogue par une cour du Liaoning attend la confirmation du verdict par la Cour suprême chinoise ;

A Vancouver Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei fille ainée de Ren Zhengfei, PDG de Huawei dont l’avenir immédiat est suspendu à une décision d’extradition vers les États-Unis qui l’accusent d’espionnage, d’obstruction à la justice, de destruction de preuves et de fraude bancaire visant à détourner les sanctions américaines contre l’Iran.

Supplice chinois et contre-attaque.

L’affaire Huawei met les relations d’Ottawa avec Pékin et Washington à rude épreuve. Le 12 janvier 2019, le PM Trudeau relevait John Mc Callum son ambassadeur à Pékin pour avoir suggéré que Meng Wanzhou avait de bons arguments pour sa défense et laissé entendre que D. Trump pourrait intervenir pour trouver un accord avec la Chine. En revanche, il n’a pas réagi quand en janvier dernier, l’ambassadeur de Chine au Canada Lu Shaye avait accusé Ottawa et Washington d’exprimer « le nombrilisme occidental et la suprématie blanche ».


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Compte-tenu de la complexité politique des décisions, toutes deux abritées derrière le masque de l’indépendance de la justice, il est vrai bien plus crédible aux États-Unis qu’en Chine, le supplice de l’attente durera encore, suspendu au bon vouloir de la Cour suprême chinoise qui statue en dernier ressort sur les exécutions capitales, et aux procédures d’extradition à Vancouver dont la prochaine étape est prévue le 8 mai. Il va sans dire que l’attente met les relations entre Ottawa et Pékin à très rude épreuve.

En attendant, preuve supplémentaire que l’affaire déborde le cadre strictement judiciaire, les avocats de Meng Wanzhou ont décidé de poursuive en justice la police des frontières canadienne pour avoir détenu leur client illégalement et sans le concours d’un avocat. En même temps, le groupe Huawei lui-même a déposé plainte contre le gouvernement des États-Unis, déclarant que l’ostracisme qui le frappe sur le marché américain au nom du « National Defense Authorization Act » adopté » en 2019, n’était pas constitutionnel.

Ce n’est pas fini, alors que l’empreinte commerciale de Huawei (16% du marché global) ne cesse de s’élargir y compris au Canada et en Europe où, contrairement à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande, certains pays comme l’Italie, la France, et la Grande Bretagne – qui disent savoir gérer le risque - n’ont d’abord pas franchi le pas d’un embargo de sécurité infligé au Chinois. Mais résultat d’une prise de conscience et des pressions américaines, l’UE a le 12 mars proposé un plan d’action en 10 points alignant les 28 sur la position américaine.

Flottements entre alliés occidentaux.

A la mi-mars, D. Trump a mis en demeure Berlin de ne pas ouvrir son marché 5G à Huawei, sous peine d’avoir à subir une dégradation du niveau d’échanges de renseignements avec les États-Unis. En période de risques terrorises où le partage d’informations avec la CIA et le Pentagone est crucial, la menace a mis en émoi la communauté allemande du renseignement.


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Du 25 au 28 février, lors congrès mondial de la téléphonie mobile, à Barcelone, la délégation américaine organisa une conférence de presse au cours de laquelle elle mit en garde les Européens contre les risques de sécurité véhiculés par le choix d’un équipementier chinois pour la prochaine génération de réseaux mobiles.

L’intervention faisait suite à celle du PDG de Huawei pour l’Europe qui accusa Washington d’hypocrisie, rappelant que Wikileaks avait révélé les intrusions illégales de la NSA dans le cadre du programme d’espionnage global connu sous le nom de PRISM. 

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La controverse entre alliés tombe mal pour l’Europe. Dans les réseaux 3 et 4G, la présence de Huawei varie entre 50 et 90%. Au moment où l’Union européenne se prépare à lancer les appels d’offres pour la 5G, les industriels du secteur pointent l’augmentation des coûts résultant d’un embargo infligé à Huawei.

Soutenus par l’association globale des opérateurs GSMA représentant 800 opérateurs dans le monde, ils soulignent que l’injonction américaine à mettre en place un embargo n’est juridiquement pas suffisamment argumentée.

A mesure que les pressions de Washington s’alourdissent, la querelle entre alliés devient toxique. Il y a une semaine l’Ambassadeur américain à Berlin adressait une lettre au gouvernement allemand lui demandant de fermer à Huawei l’accès à son réseau 5G sous peine d’avoir à subir une dégradation du niveau d’échanges de renseignements sensibles. En période de risques terroristes, la menace a créé une effervescence au sein de la communauté allemande du renseignements. WSJ (payant) : Drop Huawei or See Intelligence Sharing Pared Back, U.S. Tells Germany

Le 7 mars Berlin a cependant annoncé qu’il n’ostraciserait aucun groupe d’un appel d’offres 5G. Comme les Anglais et les Français, les Allemands affirment qu’ils ont les moyens de limiter les risques. Mais leur position était rapidement contredite par Bruxelles.

Le lendemain, lors d’une conférence de presse en marge de la réunion annuelle de l’ANP, Wang Yi le MAE a tapé du poing sur la table « nous ne serons pas des moutons silencieux - 沉默的羔羊 - chemo de gaoyang ». En même temps, il a appuyé la contre-attaque judiciaire de Huawei contre le gouvernement américain.

Mais 4 jours plus tard, signe flagrant d’un durcissement des relations entre l’Europe et Pékin, sous l’égide de Washington, la Commission de Bruxelles publiait une note dans laquelle elle ciblait à la fois les tensions commerciales avec la Chine et le risque politique posé par son influence.

Qualifiant la Chine "d’adversaire économique", et de rival politique "faisant systématiquement la promotion d’un modèle de gouvernance alternatif ", l’UE propose aux 28 un plan d’action en 10 points visant à rééquilibrer la relation avec la Chine.

Le préambule cible clairement les "risques posés par l’augmentation de l’influence économique et politique de la Chine", tandis que les points 9 et 10 entérinent les soupçons d’espionnage avancés par Washington. On y parle de "protéger les infrastructures digitales 5G des risques de sécurité et de la nécessité de mieux contrôler les investissements directs étrangers."

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Le 18 mars Wang Yi, sera à Bruxelles pour tenter d’éteindre les contrefeux européens en faisant valoir les efforts d’ouverture de la Chine. La mission du MAE précédera une tournée européenne de Xi Jinping. Les 22 et 23 mars le Président se rendra en Italie, premier pays du G7 à déclarer sa volonté de participer aux "Nouvelles routes de la soie", après quoi il fera étape en France.


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