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›› Chronique

Investiture du gouverneur Lee à Hong Kong. La fin d’un cycle

Priorité à la cohérence verticale du pouvoir politique. Une page se tourne.

Tout un symbole, la police de Hong Kong marche désormais au pas de l’oie lors des cérémonies officielles.


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Alors qu’en Occident l’audience de la Chine a récemment été dégradée par le sentiment d’une déception éprouvée par tous ceux qui avaient naïvement cru que le développement des relations économiques et l’admission de la Chine à l’OMC créeraient une classe moyenne capable de contester le pouvoir léniniste du Parti, Xi Jinping a fermement et logiquement rappelé les principes de cohérence et d’unité de son pouvoir autocrate.

En substance, il affirma qu’à Hong Kong comme ailleurs, la direction politique ne saurait tomber dans des mains hostiles à la Chine. « Seuls les patriotes peuvent gouverner Hong Kong 只有“爱国者治港 (...) Nulle part au monde un pays ne saurait autoriser que des non-patriotes ou même des traitres s’emparent du pouvoir ». 世界上没有任何一个国家可以让不爱国, 甚至是 背信弃义的势力掌权 ».

Comme à son habitude, Xi a aussi inscrit l’action du Parti dans la longue l’histoire des 5000 ans du peuple chinois et - à Hong Kong, le rappel était particulièrement pertinent – dans l’exigence de rédemption de la fierté nationale après les humiliations des guerres de l’opium.

Émergeant politiquement plus assuré d’une bataille compliquée émaillée de très graves violences dont les péripéties ont duré plus de deux années, Xi considère que la page des désordres politiques est tournée, sans cependant admettre que le schéma « Un pays deux systèmes » a été vidé de ses substances de liberté d’expression et d’indépendance de la justice. « Hong Kong entre dans une nouvelle ère, passant du chaos à la gouvernance et à la prospérité 香港正在进入一个新时代, 从混乱走向治理和繁荣. »

Conformément au discours du parti, niant la quête de démocratie des Hongkongais, il a attribué les émeutes aux ingérences extérieures et prôné la vigilance pour les tenir à distance 坚决防范和遏制外部势力干预香港事务. En même temps, il a promis de « réprimer sévèrement les activités séparatistes, de subversion et de sabotages. 严厉打击分裂, 颠覆, 渗透, 破坏活动 ».

Son but qui porte précisément l’effacement de la spécificité de la R.A.S séparée du Continent : « Encore mieux intégrer Hong Kong au grand projet de développement national, 使香港更好融入国家发展大局 ». C’est bien cette perspective émaillée de contrôles et de censure qui, depuis la promulgation de la loi sur la sécurité nationale, a déjà poussé des dizaines de milliers de Hongkongais à émigrer.

Au milieu du départ des plus inquiets, des avis partagés sur l’avenir.

Alors que s’est amorcé un mouvement d’émigration de ceux - intellectuels et hommes d’affaires - qui doutent de l’avenir de la R.A.S, les avis de quelques figures emblématiques de la colonie sur les perspectives de Hong Kong sont partagés.

A gauche Emily Lau, 70 ans, surnommée la « Dame de fer de Hong Kong » symbole de la mouvance démocrate, sept fois élue depuis le début des années 2000, s’exprimait (photo) sur CNN lors des manifestations de l’été 2019 protestant contre la loi sur l’extradition que Carrie Lam avait fini par retirer. Pour elle la différence des systèmes judiciaires entre celui de la R.A.S, héritier de la Common Law britannique, indépendante du pouvoir politique et celui de Pékin contrôlé par le parti ne permettait pas de garantir que les extradés vers Pékin bénéficieraient d’un procès équitable. Sur l’avenir de Hong Kong, elle exprime un pessimisme nourri par son expérience du parti communiste chinois qui, dit-elle, ne laissera aucune liberté aux juges du Territoire. Sa défiance rejoint celle de Chris Patten, dernier gouverneur britannique qui anticipe que le système éducatif de la R.A.S sera dominé par la propagande politique.

A droite Allan Zeman, milliardaire célèbre de Hong Kong, juif allemand, né à Regensburg en Bavière émigré au Canada, puis installé à Hong Kong en 1975, il a en 2008, renoncé à sa citoyenneté canadienne pour adopter la nationalité chinoise. Comme la plupart des hommes d’affaires chinois de la R.A.S, il est proche de la mouvance pro-Pékin et appuie son optimisme sur l’intégration de la R.A.S dans la vaste zone urbaine de la baie de Zhuhai. Comme d’autres figures du monde des affaires, telle que Amy Lo, Présidente associée de UBS Hong Kong, confiante dans le maintien du rôle de la R.A.S comme place financière internationale, il considére l’avenir de Hong Kong avec optimisme.


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Parmi les premiers à quitter le territoire furent des groupes d’intellectuels et de professeurs dont certains furent harcelés pour avoir cautionné les protestations de 2019, dans un contexte où les pressions de la police diffusent le sentiment que leurs libertés académiques et leur réputation de chercheurs indépendants seraient menacées.

Certains ont été licenciés ou ont vu leur contrat résilié sans préavis. D’autres ont fait le choix difficile de démissionner craignant que leurs sujets de recherche politiquement sensibles les transforment en cibles de la répression en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

Des hommes d’affaires ont suivi le mouvement. Selon les services de l’immigration, depuis 2020, plus de 100 000 résidents ont quitté définitivement ou temporairement la R.A.S, dont plus de 50 000 durant les deux premières de mars 2022. Une des destinations privilégiées est Singapour. D’autres profitent des facilités d’accueil offertes par le nouveau système de visa de Londres et d’Ottawa. On note aussi une augmentation des demandes de visas pour les Émirats, le Japon, la Corée du sud et la Thaïlande.

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Interrogés par Bloomberg sur l’avenir de Hong Kong quelques figures connues de la politique et des affaires ont des avis partagés. Pour Emily Lau, 70 ans, symbole du mouvement démocratique, sept fois réélue depuis vingt ans, l’anxiété qui domine conduit de plus en plus de résidents à s’en aller. Pour elle, le futur de la R.A.S comme place financière internationale sera compromis par les restrictions de liberté et le contrôle de l’information.

John Greenwood, 76 ans membre du conseil d’administration de la Commission de contrôle des finances de la R.A.S qui, lors de l’effondrement du Dollar de Hong Kong, avais mis en place la garantie par le $ américain qui fonctionne toujours, estime au contraire que la place de Hong Kong conservera son rôle tant que la Chine n’aura pas librement ouvert son compte de capital. Une bascule politique que, pour l’instant, l’appareil n’est pas prêt à assumer.

Amy Lo, Présidente associée de UBS Hong Kong, un des plus importants gestionnaires de fonds privés de la planète, considère que la place étroitement connectée à Londres et New-York a montré sa capacité de résilience depuis 25 ans. Elle juge que, malgré les incertitudes à venir et les défis politiques du court terme, les avantages uniques de Hong Kong - y compris la solidité de son système juridique et réglementaire, combiné à un environnement commercial favorable et axé sur la dynamique du marché chinois - sont des atouts qui permettront à la R.A.S de conserver son rôle à l’avenir.

Allan Zeman, 72 ans, entrepreneur ayant fait fortune dans la confection, aujourd’hui à la tête du complexe touristique et commercial de Lan Kwai Fong à Central, estime lui aussi que Hong Kong restera un centre d’affaires de premier plan. La R.A.S dit-il, bénéficiera de la croissance à ses portes de la région de la « Grande Baie » de Zhuhai avec ses 11 centres urbains et 84 millions d’habitants à moins d’une heure et demie par TGV. Lire : Un policier inflexible à la tête de Hong Kong.

Chris Patten le dernier gouverneur, 77 ans, détesté par les Chinois pour avoir introduit dans la constitution du territoire le projet d’élection du gouverneur au suffrage universel direct, craint que l’obsession politique de contrôler l’information devienne à terme un handicap. Il regrette que « tant de personnes honnêtes aient quitté Hong Kong » parce qu’elles voient leur avenir assombri par le fait que leurs enfants auront une éducation différente, dans laquelle l’endoctrinement politique jouera un rôle plus important plutôt que l’éducation.


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