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›› Chronique

Investiture du gouverneur Lee à Hong Kong. La fin d’un cycle

Le 1er juillet Xi Jinping, ici avec Carrie Lam qui prenait congé et, à gauche, la nouvelle administration prêtant serment, a pris le contrepied des critiques occidentales qui l’accusent d’avoir mis fin au schéma « un pays deux systèmes ». Il a au contraire assuré que Pékin avait l’intention de le maintenir contre ceux qui tentaient de le détruire en faisant la promotion d’un séparatisme. « Il n’y a aucune raison pour qu’un si bon système change, et il doit être maintenu pendant longtemps », a-t-il déclaré, par ce qui semblait être une tentative pour rassurer les résidents en laissant entendre qu’ils pourraient conserver leurs libertés relatives même après 2047. Mais Xi a également rappelé la prévalence souveraine de Pékin que Hong Kong devrait respecter. En substance, il a averti qu’il n’y aurait aucune tolérance pour l’ingérence étrangère et les ennemis de la Chine : « Dans aucun pays ou région du monde il n’est permis que des éléments hostiles ou des traitres prennent le pouvoir. »


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Le 1er juillet, deux années après la décision de Pékin d’appliquer à la R.A.S la loi sur la sécurité nationale dont le premier effet aura été de supprimer radicalement l’opposition démocrate aujourd’hui en prison ou en exil, Xi Jinping a présidé les cérémonies du 25e anniversaire de la rétrocession.

C’était aussi le premier voyage hors de Pékin du n°1 depuis son retour du Myanmar le 18 janvier 2020. Dix jours plus tard, l’appareil décidait le confinement de la ville de Wuhan suite au surgissement de l’épidémie de Covid-19 rendu public, après quelques ratés et hésitations.

En même temps, Xi Jinping a, au nom du parti, investi le nouveau gouverneur John Lee Ka-chiu (李家超 LiJiachao), ancien responsable de la sécurité de la R.A.S, élu le 8 mai dernier avec le score sans appel de 99,16% des suffrages exprimés par les 1424 membres de la commission électorale expurgée des opposants démocrates. Interrogés sur ces évolutions qui étouffent toute pensée contraire, quelques personnalités connues de la société hongkongaise expriment des avis partagés. Quand les anciens acteurs de la démocratie parlementaire, exprimant un pessimisme sans nuance se désolent, les hommes d’affaires unanimes se réjouissent de l’intégration de la R.A.S dans le tissu économique du Continent.

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C’était la deuxième visite de Xi Jinping à Hong Kong. La première avait eu lieu le 1er juillet 2017 pour l’investiture de Carie Lam. Déjà, l’appareil avait perçu les risques de dérive du schéma « Un pays deux systèmes » dont la liberté d’expression avait favorisé l’émergence à la fin des années 2000 chez les plus activistes des démocrates, du mouvement « Localist ». En réalité il n’était rien moins que la formulation cachée d’un projet d’indépendance de l’ancienne colonie dont la naissance avait mis en alerte l’appareil politique chinois tout entier.

La menace « localiste » tuée dans l’œuf.

Alors que les ténors de la mouvance séparatiste partie des démocrates étaient éliminés sous divers prétextes, puis pour certains condamnés, le 23 novembre 2021, Tony Chung, 20 ans, ancien activiste des étudiants pro-indépendance a été condamné à 43 mois de prison ferme pour sédition et blanchiment d’argent sale (en fait des donations faites de l’extérieur par le compte PayPal). Ayant plaidé coupable pour les deux accusations, sa peine a été réduite de plusieurs mois.


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D’abord très minoritaires, les « Localists » réussirent à augmenter leur audience à la faveur des vastes manifestations de 2014 dites des « Parapluies - 雨傘運動 - » ou « Occupy Central - 佔領中環 - » protestant contre la décision du gouvernement d’écrémer par une série de critères attestant de leur loyauté politique au pouvoir central les candidats aux élections du gouverneur initialement prévues en 2017 au suffrage universel.

Autre incidence catastrophique pour Pékin, le 4 septembre 2016, portés par une puissante vague de liberté démocratique, cinq des figures les plus emblématiques du mouvement furent élues au Conseil Législatif.

Une semaine plus tard, dans sa chronique du 10 septembre 2016, Jean-Paul Yacine qui constatait que l’opposition démocrate avec laquelle Pékin aurait pu s’accommoder jusqu’en 2047, écrivait : « Résultat de cette charge iconoclaste de la jeunesse héritière directe du mouvement « Occupy central », le paysage politique de la R.A.S est entré en mouvement, brouillant les anciennes lignes de fractures entre « pro-Pékin » et « démocrates », créant un durcissement annonciateur de troubles. ». Lire : A Hong Kong, la Chine fait face aux contradictions du schéma « Un pays deux systèmes ».

Le 1er juillet 2017, lors de l’investiture de Carrie Lam, conscient des risques portés par l’élan politique « Localiste » véhiculant l’idée d’une rupture avec le Continent qu’aucun Chinois, même de la mouvance la plus libérale, ne saurait accepter, Xi Jinping avait clairement mis en garde que Pékin tuerait dans l’œuf tout mouvement niant la souveraineté de Pékin sur la R.A.S.

« Toute tentative contre la souveraineté et la sécurité nationales, défiant le gouvernement central et l’autorité de la loi fondamentale, ou ayant pour but de mener, par le truchement de Hong Kong, des opérations d’infiltration ou de sabotage à l’intérieur du Continent, franchirait (« toucherait 触碰 – chu peng - dans le texte chinois ») la limite extrême de ce qui est permis et ne sera pas accepté 不能 允许的 ».

Lire : A Hong-Kong Xi Jinping « recadre » les démocrates et met en garde contre une remise en cause du pouvoir central.

La prévalence absolue accordée au pouvoir central sur l’ancienne colonie britannique était dans la droite ligne de la position de Deng Xiaoping. En 1984, négociant avec Margaret Thatcher, le « Petit Timonier » avait prévenu que Pékin ne ferait aucune concession de souveraineté.

Expliquant que le parti n’hésiterait pas à réprimer les mouvements de rupture y compris au prix de l’image internationale de la Chine, il avait rappelé à M. Thatcher la détermination avec laquelle Londres avait, tout juste deux années plus tôt, défendu sa souveraineté en n’hésitant pas à déclencher la guerre des Malouines. Lire : L’arrangement « Un pays deux systèmes » a vécu.

La mise en garde de Xi Jinping n’avait cependant pas découragé le mouvement démocrate de contestation de la règle de Pékin.

Alors que la R.A.S était gravement secouée par les émeutes de protestation contre la loi sur l’extradition qui continuèrent même après la décision de Carrie Lam de la retirer (lire : Hong Kong : bataille rangée, controverse juridique, souveraineté et droit des individus), le 24 novembre 2019, les élections locales des conseillers de communes furent marquées par un raz-de-marée démocrate qui réussit à conquérir 344 sièges (76,1%) des 452 sièges contre seulement 58 sièges (12,1%) à la mouvance pro-Pékin.

Depuis, Pékin s’est appliqué sans faiblir à bâillonner la moindre opposition politique, non seulement celle de la société civile accusée d’être infiltrée par l’étranger mais aussi celle du Conseil législatif affaiblie par une réforme électorale. Lire : Réforme électorale. La mise aux normes politique de Hong Kong se poursuit sans faiblir.

Tel est le fond de tableau de la visite de Xi Jinping à Hong Kong. Après la cérémonie d’investiture du nouveau gouverneur, où les observateurs notèrent le spectacle inhabituel de la police du territoire marchant désormais au pas de l’oie comme à Pékin, son discours prononcé dans une R.A.S quadrillée par les forces de l’ordre, face à une assistance sévèrement triée, d’où étaient exclus les médias habituellement critiques de Pékin, envoya au-delà d’une longue énumération des projets de développement économique et social et d’attention portée à la jeunesse, le signal clair que les protestations et les tumultes des mouvements démocratiques étaient désormais révolus.


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