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›› Editorial

Le système Xi Jinping. Resserrer le pouvoir, renforcer la capacité de contrôle politique du Parti. Redresser les comportements

Après le 19e Congrès et la réunion de l’ANP en mars 2018, Xi Jinping et le parti ont défini les structures, les hommes et les priorités de la bataille contre les dérapages financiers, la pollution et la pauvreté sur fond de lutte contre la corruption.


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Le 11 mai Xi Jinping a présidé une réunion de la Commission Centrale pour l’approfondissement des réformes à laquelle assistèrent aussi Wang Hunning, l’idéologue du Parti promu au 5e rang du régime lors du 19e Congrès et Han Zheng, n°7 du Comité Permanent, vice-premier ministre, ancien n°1 à Shanghai en charge de la coordination économique à la suite de Zhang Gaoli, dont la trajectoire a navigué sans heurts de Jiang Zemin et Zhu Rongji à Xi Jinping en passant par Hu Jintao.

A la suite du 3e plenum du Comité Central, le 28 février, ayant lui-même précédé la session annuelle de l’Assemblée Nationale Populaire consacrant les réformes institutionnelles modifiant les rapports d’influence en faveur du Parti et au détriment du Conseil des Affaires d’État [1], la réunion a confirmé les objectifs de réforme des pensions, du système de santé et des entreprises d’État (réduction des dettes, transparence et efficacité des Conseils d’administration).

Insistant une fois de plus sur le rôle dirigeant du Parti dans les entreprises, le communiqué final appelait à leur obédience au marché (réduction du soutien de l’État en cas de mauvaise gestion) et à une meilleure sélection de cadres dont le régime souhaite qu’ils soient « à la fois intègres, rigoureux et bienveillants », allusion directe au défi de l’amélioration qualitative de la gouvernance dont la très féroce lutte contre la corruption entreprise par Xi Jinping en 2012 est un des éléments clé.

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Cette note analyse la concentration du pouvoir de contrôle du Parti dans les secteurs essentiels que sont l’économie et la régulation bancaire entrée dans les « radars » du pouvoir depuis les secousses boursières de 2014 et le redressement éthique des agents publics – fonctionnaires centraux, membres des administrations locales, président de groupes publics et privés -.

La puissance resserrée de ce nouveau cadrage institutionnel articulé autour de personnalités dévouées au Président placées aux « carrefours clés » du système économique et financier chinois et de la machine anticorruption devenue le « cerbère » vertueux de la fonction publique donne le sentiment qu’au-delà d’une lutte classique contre la corruption visant les symptômes, l’intention est aussi de modifier les comportements, en particulier la culture du « guanxi », un des principaux terreaux des prévarications. Lire : Guerre contre la corruption : le Parti s’interroge sur lui-même.

L’ordre de bataille économique et financier.

Liu He avec D. Trump. La Chine dit vouloir réduire ses excédents commerciaux de 200 Mds de $, en augmentant ses achats sur le marché américain, dont un des grands bénéficiaires serait Boeing. En signe de bonne volonté la Maison Blanche est revenue sur les sanctions infligées à ZTE.


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A la tête de la nébuleuse économique et financière du pays se trouve Liu He, économiste réputé du régime, ami d’enfance de Xi Jinping, entré au bureau politique au 19e Congrès et nommé vice-premier ministre en mars dernier.

A la fois diplômé d’administration publique de Harvard, expert en macro-économie et rompu aux arcanes compliqués des réformes chinoises et de leurs obstacles, Liu est un des hommes les plus pertinents du régime pour assister le Président dans son projet de refondation profonde de la Chine au milieu des tensions commerciales et douanières avec Washington.

A cet égard, sa connaissance des États-Unis, sa bonne maîtrise de l’anglais et du fonctionnement de l’économie américaine lui ont probablement permis de jouer un rôle important dans la décision de la Maison Blanche de revenir sur l’interdiction de vendre des composants américains de hautes technologies à l’équipementier de Télécom et fabricant de téléphones portables chinois ZTE basé à Canton, sanctionné pour avoir transgressé l’interdiction de commercer avec l’Iran et la Corée du Nord.

Critiquée par les démocrates mais appréciée par Pékin, la décision fut à l’origine du relâchement des tensions commerciales observé actuellement.

Surtout Liu He fut la main de Li Keqiang pour la réalisation du rapport « China 2030 » écrit en collaboration avec la Banque Mondiale en 2012, cosigné par l’Américain Robert Zoellick alors président de la Banque et Li Wei, à l’époque le supérieur direct de Liu He au Centre de recherche du Conseil d’État.

Le travail avait clairement inspiré la direction politique pour tracer la feuille de route des réformes en cours. « Alors que le développement économique se heurte aux limites de l’acquisition de technologies par l’étranger, dans un contexte où la main d’œuvre se raréfie et devient plus chère, il est nécessaire de réviser le rôle de l’État, de rénover les entreprises publiques (…), de réformer le marché du travail et d’améliorer la productivité ».

Le rapport identifiait même les réactions conservatrices adverses et appelait à la fermeté politique pour les contourner ou les abattre.

Notes :

[1Le 5 mars, un communiqué de Xinhua faisait le bilan des réformes concentrant le pouvoir aux mains du secrétaire général et du Parti tout en insistant sur les lacunes résiduelles à corriger, notamment dans les fonctions de contrôle et de coordination destinées à améliorer la capacité d’action du pouvoir dans tous les domaines, allant de l’état de droit, aux Affaires étrangères, à l’armée et à la sécurité nationale, en passant par l’économie, l’agriculture, la discipline, l’éthique et le comportement, la propagande, la culture et les minorités ethniques.

Tout au long du communiqué était répétée avec insistance la nécessité d’augmenter le pouvoir de supervision et de contrôle du Parti. En même temps, le texte exprimait le souci d’améliorer le pragmatisme et la réactivité des cadres intermédiaires et locaux. La nuance traduisait la volonté de lutter contre les rigidités bureaucratiques et le risque d’asphyxie du système précisément générés par l’augmentation de la centralisation normative insufflée par le Secrétaire Général.


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