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›› Editorial

Main basse sur le cinéma chinois à Qingdao

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Pour quelle qualité ?

Il restera à savoir si cette magistrale mise en scène, noyée dans le glamour, les capitaux et les hyperboles médiatiques, sera capable de transformer la citrouille en carrosse. On se gardera cependant d’insulter l’avenir et d’être trop pessimiste tant les chinois adeptes des rêves et du merveilleux, sont aussi des maîtres du théâtre et de la mise en scène. Et on se souviendra aussi qu’un des grands réalisateurs à succès du cinéma moderne est le Taïwanais Ang Lee, lauréat de 3 oscars à Hollywood, de deux lions d’or à Venise et de 2 ours d’or à Berlin.

Il est vrai qu’il travaille la plupart du temps aux États-Unis et que son imagination et son talent ne sont pas bridés par un très pointilleux et très frileux département de la propagande. Wang Zhongjun, PDG de Huayi Brothers qui reste jusqu’à preuve du contraire l’un des véritables professionnels du cinéma chinois moderne affirmait il y a quelque temps à CNN que cette difficulté pouvait être surmontée. On aimerait bien le croire.

En réalité il y a en Chine au moins deux obstacles au développement du cinéma de grande qualité. L’avalanche d’argent qu’on observe depuis quelques temps qui accompagne une mentalité purement commerciale et la censure qui formate les films, soit en fonction des goûts ou des tabous supposés du public, soit parce que certains sujets critiques, le plus souvent politiques ou de société sont systématiquement censurés par le pouvoir, y compris quand ils ne concernent pas la Chine elle-même.

L’attractivité financière du secteur est considérable avec une hausse des recettes du « Box Office » de 30% en 2012, dépassant celles du Japon et plaçant le marché chinois en 2e position derrière celui des États-Unis.

Depuis l’adhésion à l’OMC, l’obligation faite à la Chine d’ouvrir son marché aux films étrangers a créé chez les professionnels européens et américains un intérêt d’autant plus grand que hors de Chine le secteur semble s’essouffler, avec des symptômes inquiétants de baisse qualitative dus à la priorité exclusive donnée à la rentabilité commerciale.

A ce sujet, le diagnostic d’un des plus grands noms du 7e art, Stephen Spielberg qui s’exprimait récemment était sans appel. Selon lui le secteur risquait une implosion quand trois ou quatre films à gros budget manqueront leur cible commerciale, par défaut de qualité. Il dénonçait la tendance à l’œuvre depuis 5 années, où les réalisateurs de talent sont méprisés par des investisseurs n’ayant aucune expérience artistique. C’est bien ce risque qui guette la Chine dont l’explosion du marché attirera les capitaux et pas forcément le talent.

Au printemps dernier lors du 32e festival de Hong Kong, Ng See-yuen producteur de « Il était une fois en Chine » (1992, sorti en France en 2000) et plus récemment de « l’assassin légendaire » (2008), estimait que le cinéma chinois s’était développé jusqu’à l’absurde où les investisseurs n’ont que peu d’expérience du secteur. Avec aussi peu de professionnalisme il n’était pas étonnant que 80% des films perdent de l’argent, en dépit de gros investissements. Il ajoutait que pour échapper à la censure, beaucoup de producteurs se lançaient dans les films historiques qui n’intéressent plus le public à 80 % composé de jeunes de moins de 35 ans.

La deuxième entrave à la qualité qui vient s’ajouter à la faible expérience des producteurs et des investisseurs, est la censure et la survivance de tabous qui freinent la diversification des sujets et inhibent les réalisateurs. En avril dernier la censure avait retiré de l’affiche au dernier moment le film de Tarantino « Django déchaîné » et remboursé les spectateurs.

Toujours au printemps 2013, le festival de Dali présentant des réalisateurs indépendants avait été interdit, soulevant les critiques de Cui Weiping, professeur à l’Académie du Cinéma de Pékin : « Toutes ces censures ajoutées les unes aux autres aboutissent à supprimer l’espace de progrès intellectuel et à tuer dans l’œuf la capacité de puissance douce de la Chine ».


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