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›› Chronique

Mer de Chine et ASEAN, enjeux de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis

Le 23 mai, durant la visite de Wang Yi au département d’État, Mike Pompeo lui a signifié que Washington annulait l’invitation faite à la marine chinoise en janvier dernier de participer à l’exercice naval RIMPAC organisé tous les deux ans et auquel Pékin avait été invité en 2014 et 201 par Obama. Le raidissement vient après une longue suite d’informations décrivant la militarisation de l’ilot Woody 永兴岛 dans les Paracel à quoi se sont ajoutées des pressions de Pékin exercées contre Hanoi et Manille à propos des explorations d’hydrocarbures à l’intérieur des limites de la « ligne en 9 traits » que Pékin considère comme des eaux chinoises. Il n’est pas impossible que la crispation américaine ait également été provoquée par les soupçons de Washington que la Chine aurait influencé le raidissement de Kim Jong-un en amont de la réunion de Singapour, annulée par Trump.


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Les 23 et 24 mai, les ministères des Affaires étrangères et de la défense, avec les mêmes arguments accusant les États-Unis de « souffler le chaud et le froid » et de « miner la confiance réciproque » ont condamné la décision prise par Washington d’annuler l’invitation lancée en janvier dernier à la marine chinoise de participer à l’exercice naval géant RIMPAC, auquel Pékin avait pourtant déjà pris part en 2014 et 2016.

Lire :
- Entre raison, émotions et rivalités stratégiques, la marine chinoise participe à RIMPAC.
- La marine chinoise devient un outil diplomatique et stratégique de portée globale.

A peine « la guerre des taxes » momentanément écartée, l’épisode est une nouvelle crispation sino-américaine autour de la controverse de la liberté de navigation et de la souveraineté en mer de Chine du sud. Il est un point d’orgue d’une vaste campagne des services de renseignements américains à l’œuvre depuis le printemps pour dénoncer « la militarisation des îlots » occupés par la Chine.

Le 24 mai, un article du Global Times dénonçait l’hypocrisie américaine qui accusait la Chine de militariser les ilots – « territoire chinois où la Chine est libre de fait qu’elle veut » - alors que la puissance militaire américaine dans le Pacifique avait considérablement été augmentée.

La conclusion était ferme : « La mer de Chine du Sud est un lieu où la Chine ne doit faire aucune concession aux États-Unis (…). La paix entre les deux en mer de Chine du Sud est vitale. Mais la condition de la paix doit être l’équilibre des forces et le respect mutuel

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Mais ce n’est pas tout. Aux intentions d’annexion de toute la mer de Chine du sud, Pékin ajoute une vaste quête d’influence dans les 10 pays de l’ASEAN.

En Asie du sud-est, tous les observateurs objectifs voient que l’ombre de Pékin s’allonge partout, couvrant tous les secteurs, de la culture à l’économie en passant par la recherche pétrolière, la contestation de la convention de Montego Bay à propos des zones économiques exclusives et même le mode de gouvernance. A l’occasion, la méthode se fait brutale et menaçante, notamment contre Hanoi qui n’a d’autre choix que de plier sous les injonctions de Pékin.

Le 22 mai, David Shambaugh professeur de sciences politiques à l’Université Georges Washington, ancien éditeur de la revue China Quaterly écrivait dans le site de l’East Asia Forum un article où il mettait en garde à la fois contre les avancées chinoises et la nouvelle inertie de Washington, dont le nouvel exécutif ignore systématiquement tous les domaines échappant aux défis de sécurité.

« La Chine multiplie les initiatives quand les États-Unis paraissent sur la réserve (…). Vu de Pékin, les pays de la région construisent leur économie par des choix pragmatiques et concrets et la Chine leur apporte son appui. »
Lire : Can America meet the China challenge in Southeast Asia ?

L’empreinte militaire chinoise s’élargit.

Un bombardier stratégique H-K6 survolant l’ilot Woody dans les Paracel. La démonstration de force qui s’accompagne du déploiement de missiles antinavires et antiaériens et de l’installation de systèmes de brouillage des communications contredit les promesses du code de conduite en gestation, excluant la militarisation des ilots. Lire : Vacuité diplomatique et crispations militaires dans le Pacifique occidental. et Mer de Chine du sud : risques de conflits. Pékin tente d’apaiser Tokyo et Hanoi et maîtrise sa colère contre Washington.


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La montée en gamme militaire de l’occupation des îlots par la Chine dont la plupart ont été élargis artificiellement, augmentant - en contravention des lois de la mer - les eaux territoriales adjacentes, apparaît au travers de quelques événements récents dont la fréquence s’est accélérée au printemps 2018.

Le 2 mai, une dépêche de Reuters qui reprenait une information publiée sur le site de l’armée de l’air chinoise, annonçait le déploiement de missiles de croisière sur des îlots sans préciser lesquels. 2 jours plus tard, CNBC, citant des renseignements américains précisait qu’il s’agissait des ilots – récifs de Fiery Cross, Subi, Mischief situés dans les Spratlys formant un triangle de 160 nautiques de côté en moyenne, dont le centre de gravité se trouve à 230 nautiques de l’Île de Palawan (Philippines) à 300 nautiques des côtes du Vietnam et à 550 nautiques de Hainan.

Le 18 mai, la même source internet de l’armée de l’air chinoise, reprise par le Quotidien du Peuple faisait état de l’arrivée d’un bombardier stratégique H-6K à Woody Island - (永兴岛- Yongxing Dao - en Chinois), de loin l’une des plus grosses bases chinoises en mer de du sud, située dans les Paracel, où sont également déployés par intervalles des chasseurs de combat J-11, des missiles anti-aériens HQ-9 (déjà signalés il y a un an) et des missiles de croisière antinavires YJ-62 (voir la vidéo sur Twitter l’atterrissage d’un H-6K à Woody Island diffusée à partir d’un site de l’armée de l’air. )

Le 22 mai un article de « The Diplomat » signé Ankit Panda diplômé de l’Ecole des Affaires internationales Woodrow Wilson à Princeton analysait les initiatives chinoises sur le mode catastrophique en anticipant la contagion des déploiements de bombardiers chinois – il est vrai envisageables – jusque sur les Spratlys, 400 nautiques plus au sud, les bases chinoises les plus importantes étant déjà équipées de pistes et de hangars.

Cristallisant une tendance à l’œuvre depuis des mois, la présence de bombardiers chinois répartis sur tout l’espace de la mer de Chine du sud coïncidant avec la montée en puissance des missions de l’US Navy destinées à protéger la liberté de navigation augmenterait, dit l’auteur, le potentiel de dérapage militaire.


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