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›› Politique intérieure

Nouveau voyage au Tibet de Wang Huning, promoteur du pouvoir absolu du Parti

Adapter le Bouddhisme tibétain au socialisme chinois

La photo publiée par la chaine publique TIBET.CN montre la cérémonie patronnée par le Parti de remise des diplômes Guéshé Lharampa, le plus haut diplôme universitaire traditionnel de la tradition Gelug, l’une des principales écoles du bouddhisme tibétain, dont le chef spirituel est l’actuel Dalai Lama en exil. Il est souvent comparé à un doctorat en philosophie bouddhique. La présence ostensible de l’appareil communiste au sein de ce rituel exprime la volonté de Pékin de contrôler étroitement les religieux tibétains.


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« La pleine application de la loi doit être garantie » a-t-il martelé. « Il faut continuellement s’efforcer « d’orienter le bouddhisme tibétain vers une adaptation à la société socialiste avec l’objectif de le siniser ». Concrètement, pour Wang Huning, il s’agit d’aligner plus étroitement les pratiques religieuses à la culture chinoise et à la doctrine du Parti communiste.

Le voyage du nº4 du Parti était accompagné d’une campagne de sensibilisation politique visant à attester la longue imbrication religieuse bouddhiste à l’histoire de la Chine.

Dans des images diffusées par la chaîne publique CCTV, on pouvait voir Wang visiter un monastère bouddhiste tibétain et examiner un texte impérial de la dynastie Ming consacré au canon bouddhique, datant de l’Empereur Yongle (1360-1424).

Le 3e souverain des Ming faisait l’éloge du Bouddhisme tibétain et de ses hauts dignitaires dont le 5e Karmapa [1]. Invité à la Cour de Nankin en 1407, il appartenait à l’école religieuse des Bonnets Noirs qui, dans l’histoire fut une réincarnation rivale et historiquement plus ancienne que celle des Bonnets jaunes de l’actuel Dalai Lama.

Des panneaux d’affichage installés dans l’enceinte du monastère appelaient à la sinisation du bouddhisme tibétain et à « renforcer la gestion des temples et des monastères dans le respect de la loi ».

Une puissante rémanence spirituelle.

La photo, publiée par RFI, issue des réseaux sociaux via Reuters, montre le militant en exil Lobga Rangzen de dos brandissant un drapeau tibétain, marchant vers l’immeuble des NU juste avant son geste fatal.


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Pour autant, s’il est exact qu’il est impossible que Pékin desserre son emprise sur le plateau tibétain, à la fois symbole de l’unité nationale, château d’eau de tous les grands fleuves de l’Asie, réservoir des ressources rares (cuivre, lithium, or, chrome, terres rares) et promontoire stratégique à 4000 m d’altitude face à l’Inde, il est aussi peu probable que la mise au pas d’une spiritualité aussi puissante, traversée par de fortes traditions, se fasse sans heurts.

Le dernier symptôme en date de cette lourde rémanence immatérielle et mystique a eu lieu le 2 juillet à New-York dans les parages du siège des Nations Unies.

Renvoyant aux fortes tensions des années 2009 à 2014 durant lesquelles 170 moines, religieuses, fidèles, intellectuels laïcs s’étaient immolés par le feu pour protester contre la chape politique de Pékin (lire : Le Tibet brûle t-il ?), l’activiste tibétain Lobga Rangzen, 52 ans, ancien moine originaire de la région du Kham, en fuite depuis les années 90, refugié aux Etats-Unis depuis 2006, s’est donné la mort en mettant le feu à ses vêtements après s’être aspergé d’essence.

Avant son sacrifice par le feu, il avait lancé un appel aux Tibétains pour les inviter à s’unir pour la liberté du Tibet et pour dénoncer la « loi sur l’Unité ethnique, nouvelle étape de la politique d’assimilation imposée par Pékin ».

Le 6 juillet, l’association International Campagn for Tibet (ICT), publiait le communiqué suivant,

« Depuis près de deux décennies, l’immolation demeure l’une des expressions les plus frappantes du désespoir ressenti par les Tibétains vivant sous le poids de restrictions croissantes visant la liberté religieuse, la langue, la culture, l’identité et les droits humains fondamentaux. » (...)

Les autorités chinoises continuent de réprimer les informations relatives à ces actes de protestation, tout en développant activement des politiques visant l’assimilation forcée des Tibétains, des Ouïghours, des Hongkongais, des Mongols du Sud et d’autres populations non han.

« ICT appelle les gouvernements du monde entier, les Nations unies et la communauté internationale à reconnaître la gravité du dernier appel de Lobga et à répondre de toute urgence à l’aggravation de la crise des droits humains au Tibet. »

Le TIBET n’est pas la Chine.

La photo date du 10 mars 2018. Des membres de la diaspora tibétaine d’Europe s’étaient rassemblés devant l’ONU, à Genève, pour commémorer le 59e anniversaire du soulèvement national tibétain contre l’occupation chinoise. KEYSTONE/Martial Trezzini


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Une autre partie de la déclaration d’ICT affirme « Quoi qu’en dise le Parti communiste chinois, le Tibet n’a jamais fait partie de la Chine. C’est une réalité historique. Le peuple tibétain n’a jamais été, et ne veut pas devenir, une “minorité ethnique chinoise”. Il est un peuple à part entière, avec son histoire, sa langue, sa culture, sa civilisation, sa spiritualité et son identité. »

Et encore cette mise au point sur la violence de l’immolation « Lobga Rangzen n’a ôté la vie à personne d’autre que lui-même. Il fut l’unique victime de son geste. La véritable violence est du côté de la politique colonialiste menée par le Parti communiste chinois contre le Tibet et le peuple tibétain. »

« Cette violence s’exprime depuis plus de 70 ans par l’occupation du Tibet, la répression, les arrestations arbitraires, la surveillance permanente, les restrictions de la liberté religieuse, les internats coloniaux chinois, véritables camps de sinisation, où près d’un million d’enfants tibétains mineurs sont arrachés à leurs familles, souvent par la contrainte, puis déplacés loin de leurs foyers afin de les couper de leur langue, de leur culture, de leur religion et de leur identité tibétaines, la destruction du patrimoine, la sinisation et l’effacement progressif de la langue, de la culture, de la religion et de l’identité du peuple tibétain. »

Par ce message qui dénonce la violence de la sinisation au nom de la cohésion ethnique et politique, ICT met le doigt sur l’ancestrale obsession unitaire datant du 1er Empereur, mais dont le Parti Communiste a fait un dogme inflexible, condition de son pouvoir à la tète du pays. La même radicalité unitaire et impitoyable s’était exercée contre l’intellectuel ouïghour et professeur d’économie Ilham Tohti en 2014 : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour.

Note(s) :

[1Il n’est pas anodin de rappeler que, s’il est vrai qu’elles ont aujourd’hui disparu, il y eut dans l’histoire de la religion bouddhiste aux XVIe et au XVIIe siècles de fortes rivalités entre diverses écoles religieuses et monastiques. Elles ne furent pas seulement spirituelles, mais également militaires.

L’école des Bonnets Noirs (Kagyu), la plus ancienne était soutenue par les rois de la région du Tsang. Celle des Bonnets Jaunes (Guéloug), dirigée par le 5ᵉ Dalaï-Lama, s’était alliée au chef mongol Gushri Khan (1582-1655) pour triompher des Bonnets Noirs en 1642.

Aujourd’hui la relation entre les deux courants est harmonieuse au sein du gouvernement tibétain en exil. Mais la mise en scène de Wang Huning pourrait être l’indice que l’appareil entendra s’octroyer le dernier mot dans la reconnaissance des réincarnations après le décès du 14e Dalai Lama.

Ce dernier ayant déclaré à plusieurs reprises que son successeur sera une réincarnation du Bouddha née hors de Chine, on s’achemine peut-être vers une situation où la direction spirituelle du Bouddhisme tibétain aura deux têtes


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