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Où en est la reprise économique ?

Difficile question au milieu des chiffres parcellaires parfois manipulés par la propagande, dont le dernier exemple en date est l’épisode Thomas Piketty dont le le livre « Capital et idéologie » (Ed du Seuil, septembre 2019) que les éditeurs chinois aux ordres du Parti n’acceptent de publier qu’à la condition de supprimer les passages sur la montée des inégalités qui gênent le discours de l’appareil sur la réduction de la pauvreté.

En réalité, s’il est exact que le dynamisme varie selon les secteurs, la grande image de l’économie n’échappe pas aux blocages et obstacles nés de la pandémie, visibles partout dans le monde.

Ils s’ajoutent aux effets du freinage structurel de la croissance conséquence de l’épuisement de l’ancien schéma de développement à mesure que se tarit la ressource de l’exode rural pourvoyeur de main d’œuvre bon marché et que la démographie change, avec un accroissement du pourcentage des plus de 65 ans (dont le nombre atteindra 400 millions en 2049), tandis que la main d’œuvre disponible se réduit.

Pour passer ce cap où la mobilité de la main d’œuvre reste encore freinée par les limitations du passeport intérieur (Hukou), le pays devra finir de mener à bien la réforme de la mobilité géographique et augmenter de manière significative l’efficacité et l’unification de ses filets sociaux, conditions de l’augmentation de la consommation intérieure.

L’annexe de l’article rappelle succinctement l’histoire de la croissance chinoise depuis le milieu des années 60.

*

Le 8 septembre 2020, l’agence de notation financière Fitch Ratings estimait que la croissance mondiale chuterait de 4,4% en 2020, tandis qu’elle situait la baisse chinoise sur l’année à seulement moins 2,7%. L’analyse rangeait l’économie chinoise parmi les seules de la planète qui, cette année, réussiraient à préserver une croissance positive.

Après un sévère recul entre le dernier trimestre 2019 et les trois premiers mois de de 2020 (voir note 1), la croissance est repartie à la hausse en mars. Dans une analyse récente parue dans China Leadership Monitor, David Dollar, expert de l’économie chinoise et chercheur à la Brookings posait la question de l’ampleur et du rythme réels de la reprise et des conséquences à long terme du choc épidémique.

Une reprise inégale. Sur fond de déséquilibres sociaux.

L’appréciation générale est qu’il est peu probable que la reprise adopte la forme en « V » d’un rétablissement rapide. Une des raisons en est la brutale diminution des exportations qui, compte tenu de la persistance de la pandémie reviendront difficilement au niveau d’avant la pandémie.

Idée connexe, la persistance d’une croissance globale affaiblie et la guerre commerciale sino-américaine feront qu’au-delà de la conjoncture Covid-19, la part des exportations dans la croissance se réduira structurellement, tandis que Pékin cherchera à augmenter l’efficacité du levier de la consommation intérieure. Celle-ci restera néanmoins faible, ralentie par le sentiment diffus dans l’opinion que la crise n’est pas tout à fait terminée.

En même temps, l’empilement des dettes à des niveaux préoccupants notamment dans les provinces freinera les investissements privés et les plans de relance. A cet égard, il est intéressant de noter que, contrairement aux crises précédentes, le gouvernement n’a donné que peu d’informations sur une éventuelle relance financière, ce qui laisse supposer que ses marges de manœuvre sont étroites, dans un contexte où la pandémie accroit les risques de crise financière.

Il est un fait que la relance chinoise, pourtant deux fois plus forte qu’en 2019, assortie de prêts à la construction, de baisses de taxes et une augmentation notable des budgets sociaux qui accroîtront le déficit budgétaire - a cette fois été moins vigoureuse – probablement 2 fois plus faible - que celle de pays développés où elle a en moyenne atteint 10% ou plus des PNB.

Enfin, l’épidémie a mis à jour les faiblesses des protections sociales, particulièrement pour les 292 millions de migrants intérieurs (statistiques 2019), constituant près des 50% de la main d’œuvre urbaine dont l’âge moyen est, depuis 2008, passé de 34 à 41 ans, 25% d’entre eux ayant plus de 50 ans.

L’accès à la santé, à l’éducation et aux retraites de cette catégorie de Chinois, « soutiers du miracle », reste aléatoire. Constituant près de 20% de la population, les migrants intérieurs sont les plus démunis des 600 millions de Chinois dont le Premier ministre disait dans sa conférence de presse à l’ANP, fin mai, qu’ils vivaient dans des conditions semi-précaires avec 140 $ de revenus mensuels.

Ces déséquilibres que la mouvance Xi Jinping, toute entière investie dans la promotion de la renaissance de la Chine et du rêve de puissance, tente d’occulter au point que le sujet est devenu une sérieuse pierre d’achoppement avec le premier ministre Li Keqiang, s’ajoutent aux contrastes persistants des niveaux de vie entre les villes et les campagnes et au inégalités régionales des protections sociales et de l’accès à la santé.

QC suit de près ces déséquilibres sociaux. A ce sujet, lire nos articles sur le système des retraites et les déséquilibre de l’appareil de santé :

- « Kan Bing Nan, Kan Bing Gui ». Malaise dans les hôpitaux chinois
- Le risque d’asphyxie du système des retraites
et plus récemment :
- Systèmes de santé chinois : clés de décryptage
- Réflexions sur l’assurance maladie, le « big data » chinois et les évolutions du monde

Cette situation marquée par l’angoisse des tensions internationales sur fond de déséquilibres sociaux persistants, fera que la faiblesse endémique de la demande intérieure persistera en dépit des efforts du pouvoir pour la doper. David Dollar ajoute que la prudence restera le fond de tableau structurel de la société chinoise « même si un vaccin était développé ».

Ouvrant une perspective d’avenir, il suggère que le Parti pourrait tirer profit de la situation pour accélérer les réformes sociales, notamment au profit des migrants intérieurs et celles du secteur financier qui, on le voit, sont d’importants facteurs des lourdeurs socio-économiques.

*

Globalement, après la secousse du premier trimestre et alors que la rivalité avec Washington s’aggrave (note 2), il faut constater que la reprise est inégale. A la fois dans sa répartition géographique et quand on compare les secteurs d’activité.

Après un rebond en mars, la production industrielle a à nouveau reculé en mai et juin, avec un index des directeurs d’achats à peine à 50,9% en juin, en dépit d’un vigoureuse reprise de la construction et du marché automobile en hausse de 10,4% sur une année. En juillet l’indice était reparti à la hausse.

Dans le même temps, celui des services grimpait à 54,4% avec, là aussi, des écarts selon les secteurs, entre les voyages inter-provinces, l’hôtellerie et la restauration toujours en net recul et celui des livraisons à domicile et de la vente en ligne en pleine expansion.

Le déficit de souplesse des quatre grandes banques commerciales d’État étroitement liées au pouvoir politique et toujours protégées des concurrences extérieures en dépit des ouvertures annoncées, est, avec l’enchevêtrement des affaires et de la politique dont les institutions financières sont un des creusets de la corruption, à l’origine de nombreux projets non viables, gaspilleurs de fonds publics et générateurs de dettes dont l’ampleur a été augmentée par la relance de 2008 – 2010.

Aujourd’hui, la secousse de la crise épidémique met plus que jamais en évidence l’urgence des réformes pour tenir à distance le risque de crise financière.


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