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›› Editorial

Par sa visite d’État, Xi Jinping revient dans le jeu à Pyongyang

Kim Jong-un a donné un lustre particulier à la première visite de Xi Jinping depuis sa nomination à la tête de la Chine en 2012. Le développement de l’arsenal nucléaire depuis 2006 (1re des 6 essais nucléaires), les tests répétés de missiles balistiques et l’exécution en 2013 de Jang Song Thaek oncle par alliance de Kim Jong-un et pointe avancée des intérêts chinois à Pyongyang avaient jeté un froid. Lire : Purge féroce à Pyongyang. Pékin exaspéré.


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Xi Jinping était à Pyongyang les 20 et 21 juin derniers. L’événement est d’importance.

Il conclut en effet une période récente commencée le 27 mars 2018 quand, signalant un brutal dégel de la relation entre Pyongyang et Pékin, Kim Jong-un s’était rendu à Pékin en train à l’invitation du Président chinois, tout juste trois mois avant le sommet de Singapour. Lire : Péninsule coréenne. Brutal dégel entre Pékin et Pyongyang.

Par la suite, Xi et Kim se sont encore rencontrés 3 fois, toujours en Chine, tandis que se déroulaient les tractations entre Pyongyang et Washington pour le 2e sommet Trump - Kim à Hanoi les 27 et 28 février 2019.

On se souvient que ce dernier prit fin de manière abrupte au milieu des déclarations contradictoires de deux parties sur les causes réelles du départ impromptu de Donald Trump.

Au cœur de la polémique, d’une part l’éventail réel des dénucléarisations proposées par les Nord-coréens à Yongbyon sur lesquels, selon la partie américaine, Kim Jong-un est resté flou et, d’autre part, les sanctions dont les Nord-coréens disent que Kim Jong-un n’aurait pas exigé une levée totale, mais seulement l’abrogation de celles prises en 2016 et 2017 pesant le plus sur la vie quotidienne des Nord-Coréens.

Au total, l’impression qui dominait était que Pyongyang ne souhaitait pas couper les ponts des négociations, ce qui laissait espérer un 3e sommet. Lire : Chronique nord-coréenne. Au-delà des polémiques, les réalités du sommet de Hanoï.

Malentendus et rigidités.

Pour autant, selon les analyses plus pessimistes du professeur Ri, expert en économie de l’académie des sciences sociales nord-coréenne, rencontré par F. Danjou début juin dans le cadre de son voyage en Corée du nord, le point dur reste les sanctions américaines toujours en place, alors que Pyongyang a tenu ses promesses de démantèlement du site missiles et cessé ses expériences nucléaires.

Pire encore, dit le professeur Ri, Washington menace de dénoncer le moratoire des manœuvres conjointes avec Séoul décidées à l’occasion des jeux d’hiver en février dernier.

Tel est le contexte de malentendus sur fond de polémique autour des promesses non tenues par Washington et de défiance américaine à l’égard du régime de Kim Jong-un, dans lequel eut lieu la première visite officielle d’un chef d’État chinois à Pyongyang depuis celle de Hu Jintao en 2005.

Pékin sort de l’ambiguïté.

A l’aéroport de Pyongyang où le trafic aérien est rare, Kim Jong-un avait fait préparer un décorum exceptionnel pour accueillir le président chinois.


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Pour bien marquer qu’une page était tournée, donnant à Kim Jong-un une nouvelle crédibilité internationale, Pékin et Pyongyang ont conféré à la visite un lustre particulier en la haussant protocolairement, pour la toute première fois de leur histoire commune de l’après-guerre, au niveau d’une visite d’État.

Soulignant l’arrivée de Xi Jinping comme l’aurait fait un puissant coup de cymbale, Kim Jong-un a mobilisé une foule de plus de 200 000 personnes qui sur le trajet de la voiture découverte des deux dirigeants chantaient les louanges de la Chine.

L’initiative par laquelle le régime chinois sort définitivement de son ambiguïté à l’égard de Pyongyang, laisse supposer que, désormais, Pékin exigera avec encore plus de force la suspension au moins partielle des sanctions.

La prochaine carte que Xi Jinping garde dans sa manche – deuxième temps de la stratégie chinoise et irritant de première grandeur pour les caciques de l’Alliance conjointe Séoul – Washington -, est, on l’aura deviné, la question sensible de la présence des troupes américaines en Corée du sud.

Un sujet que la Maison Blanche refuse pour l’heure bec et ongles d’inclure dans la négociation. Autant dire qu’un accord pour un traité de paix n’est pas pour demain.


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