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Pékin ce n’est pas de la tarte

Chapitre VII

Cela faisait plus d’une heure que j’écoutais Mimille m’expliquer les choses de la vie et sa conception du monde... Nous étions en planque devant chez Piedritti, dans les villas du Lac de l’est, un complexe de villas et d’appartements, situé au nord du 2e périphérique Est. La camionnette de courrier exprès dans laquelle nous avions pris place était spacieuse et confortable. Lili était de faction, les yeux collés au périscope tandis que Zhang, un autre agent des services de sécurité chinois, nous tenait compagnie. Il affichait toujours le même sourire depuis qu’il s’était joint à nous et n’avait pas encore desserré les dents. Cela ne gênait pas Mimille qui me racontait ses frasques, la main glissée sous le chandail de Lili pour lui masser les omoplates et la poitrine, histoire disait-il, de lui éviter de se fatiguer les reins. Mimille avait toujours le cœur sous la main...

Weng nous avait dégoté les numéros d’immatriculation de l’Audi de Piedritti. Nous n’avions eu aucun mal à la localiser, dès notre arrivée. Son rétro gauche venait d’être changé et une mince estafilade grise rayait sa carrosserie. Le doute n’était plus permis, il s’agissait sans aucun doute de la voiture qui avait participé au premier entartrage de Teuton, au Novotel. Nous étions donc bien sur la piste de nos malfaiteurs. Nous collâmes un mouchard sous le pare-choc arrière et battîmes en retraite. Le gibier était débusqué et rembuché...

Nous étions tous excités comme des poux sur la toison pubienne d’un mandarin en rut... ou comme un mandarin en rut qui aurait eu des poux sur sa toison pubienne, aurait ajouté Zhuang Zi, un grand lettré taoïste, qui dans son traité classique, inversait allègrement les réalités au point qu’il ne savait plus s’il était le papillon dont il avait rêvé ou si c’était le papillon qui avait rêvé qu’il était Zhuang Zi... Ce sont des grands marrants les taoïstes ! Vous attendez qu’ils se réveillent et vous les chopez avec un filet à papillons...

Le taoïsme a laissé des tas de trucs de ce genre-là. Vous connaissez celle du boucher taoïste qui vous découpe un bœuf au canif d’un seul mouvement et sans même se fatiguer ? C’est soi-disant pour nous apprendre que lorsque l’on connaît la vraie réalité des choses, on peut traverser les pires difficultés sans aucun effort. Mimille, lui, en concluait que les taoïstes n’étaient pas végétariens. Il n’a pas tort non plus, remarquez...

Ce qu’il faut surtout retenir du taoïsme et c’est d’ailleurs à peu près tout ce qui subsiste de la doctrine, c’est que la non-intervention et le non-agir sont les meilleures méthodes d’action, et que le vide est un concentré de pouvoir. Pour le reste, si vous ne comprenez pas vraiment ce n’est pas grave, il n’y a quasiment plus de taoïstes. Le taoïsme, c’était une grande lignée de philosophes s’appuyant sur des textes incompréhensibles, et une vaste tradition populaire, regroupée autour d’associations de temples qui périclitaient depuis plus de deux siècles et que le régime communiste a achevées avec méthode et persévérance...


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