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Pékin ce n’est pas de la tarte

Chapitre VIII

Vous dire que l’ambiance n’y était pas serait un euphémisme... Nous partions la queue entre les jambes, expression peu flatteuse que nos amis chinois traduisent par “ l’avoir à six heures et demie ”. Nous venions probablement de signer là notre dernière mission, que tout le monde se rappellerait comme l’un des plus beaux fiascos du siècle... Cucchini et Piedritti avaient fait progresser la cause corse en insérant des détonateurs à la base de chaque tableau et ceux-ci s’étaient déclenchés, vraisemblablement sur une commande téléphonique. Nous pouvions toujours nous consoler en faisant valoir que nous n’avions plus besoin de chercher où la puce du téléphone d’Isaac Dupalet d’Estée avait bien pu passer mais comme, par la même occasion, quelques-uns des plus beaux fleurons de l’impérialisme culturel français venaient de se consumer plus vite que le maquis corse à la sortie de l’été, il semblait difficile de crier victoire...

Quant à Cucchini, il avait tout simplement échangé son manteau et sa perruque dans les toilettes de l’hôtel avec un étudiant qu’il avait grassement payé, et les agents chinois chargés de sa surveillance ne s’étaient pas aperçus du subterfuge : qu’est-ce qui ressemble le plus à un étranger avec une perruque blonde et un manteau rouge si ce n’est un autre étranger avec une perruque blonde et le même manteau rouge ? Les tableaux avaient brûlé et le principal coupable courait dans la nature...

Nous n’avions rien vu venir et le pauvre mérite d’avoir mis la main sur l’un des comparses ne pesait pas lourd face à la perte inestimable d’une cinquantaine de tableaux parmi les plus célèbres du monde... On nous avait choisis pour comprendre ce qui se tramait et nous étions passés à côté de la plaque. Il ne nous restait plus qu’à ranger nos affaires et à déguerpir sous les quolibets des confrères, qui secouaient la tête en nous jetant des regards navrés... Nous étions devenus de vrais Has Been, des bons à rien auxquels on n’aurait jamais dû confier une mission de cette importance... Leurs regards moqueurs étaient plus durs à supporter que des bordées d’injures...

Piedritti attendait menotté que ses nouveaux geôliers viennent le chercher : la Chine venait d’autoriser son extradition vers la France. Il devait passer quelques jours dans la résidence de l’ambassade, où quelques pandores allaient essayer d’éclaircir ses motivations et s’assurer au maximum que notre équipe d’entarteurs n’avait pas laissé derrière elle trop de vilaines surprises à retardement. Son interrogatoire ne nous concernait plus. J’aurais pourtant aimé comprendre le pourquoi de toute cette mise en scène... Pourquoi ces pâtisseries et toute cette mascarade ? Et pourquoi brûler tous ces tableaux ?


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