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›› Chronique

Risques de crise en Chine

Débat sur la pérennité du Parti : Les optimistes rassurants.

Caricature du Da Kongbao 大公报, héritier du plus vieux journal chinois. Paru pour la première fois en 1902, le quotidien a été repris par le Parti en 1949. Il dénonce l’épidémie des « Luo Guan 裸官, fonctionnaires nus » qui restent en Chine alors que leurs familles et leur fortune sont à l’étranger.

Dans ce groupe se trouve par exemple Richard Mac Gregor, journaliste australien, qui fut chef du bureau du Financial Times à Washington et ancien correspondant à Pékin de plusieurs journaux et télévisions anglo-saxons dont « The Australian », « The Herald Tribune », « la BBC », « The Far-eastern economic review », auteur du livre : « The Party : The Secret World of China’s Communist Rulers », paru en juin 2010 aux Etats-Unis.

L’ouvrage défend la thèse que le « Parti – État », omniprésent dans l’appareil de gouvernement, dans les sphères privées et publiques, développe un réseau très dense connecté à toutes les strates sociales, et à tous les secteurs d’activités. Cette emprise sans faille lui permet de contrôler la société et de diffuser, par son système de propagande politique de plus en plus sophistiqué, une image positive et cohérente de son action à la tête de la Chine. Son imbrication avec l’APL est l’ultime filet de sécurité en cas de graves remises en question de son magistère.

En France, Marie-Claire Bergère est sur une ligne approchante, exposée dans son livre « Chine, le nouveau capitalisme d’État » (Paris, Fayard, 2013, 309 p.). Pour elle aussi, le Parti contrôle à la fois les sphères publiques et privées par divers biais, de sorte que le système économique ne peut pas conduire à une évolution vers le libéralisme et l’économie de marché.

Pour ces observateurs, la main de fer du Parti garde une puissante capacité de contrôle et une crise systémique, dans un avenir prévisible, est peu probable. En dépit des difficultés économiques, les marges de manœuvre à l’Ouest, dans le processus d’urbanisation et dans la consommation intérieure sont réelles. Marie-Claire Bergère n’exclut cependant pas des à-coups politiques, mais estime que le Parti et la Police Armée Populaire sont en mesure de les maîtriser.

*

Les inquiets à moyen terme.

A côté de la mouvance qui anticipe une assez longue capacité de résilience du Parti, on trouve une série d’observateurs qui doutent de la proximité d’une crise, mais, estiment en même temps que la position du Parti n’est pas assurée.

Cheng Li doute de l’avenir du Parti.

Cheng Li, chercheur de la Brookings, Américain d’origine Shanghaienne réfute les analyses qui, prenant appui sur les contradictions de l’appareil communiste, spéculent sur l’effondrement de la Chine. S’il est vrai que la croissance freine, le pays est néanmoins solidement ancré dans un mouvement ascendant d’ouverture au monde irréversible.

En revanche, lui aussi doute de l’avenir politique du Parti. Il s’inscrit notamment en faux contre la théorie, relayée par quelques sinologues et bon nombre de journalistes, observateurs de la Chine, que le Parti, seul au pouvoir, qui mélange compétence, souplesse, intelligence de la situation, capacité de consensus et autoritarisme, est doué d’une force de résilience qui lui permettra de rester indéfiniment au pouvoir, au moins pour « l’avenir prévisible ».

Faiblesses des ressources humaines de l’appareil.

Tout en affirmant, contrairement à Gordon Chang que les bases du développement sont solides, il développe son argumentation en mettant l’accent sur la faiblesse des élites, du gouvernement et du Parti et, à l’inverse, sur le poids des corporatismes et la force des factions.

A l’appui de sa vision d’une classe politique entre les mains des factions rivales qui paralysent les réformes, affaiblissent la gouvernance et condamne le Parti à l’immobilisme, Cheng Li cite le constat de l’appareil lui-même, publié le 1er juillet 2012, dans le Quotidien du Peuple : « il n’a jamais été aussi urgent de juguler les problèmes internes au Parti qui handicapent sa capacité à gouverner le pays. (...) Il est vital de corriger le laisser aller, l’incapacité, le fossé avec les masses et la corruption rampante ».

L’opacité de la sélection vers le sommet permet le népotisme familial ou de factions qui crée une fragilité d’autant plus grave que l’ascension s’accompagne souvent de corruptions et d’achats de charges, spécialités de ceux qui n’ont pas suffisamment de « guanxi ».

Une société civile plus réactive.

Les difficultés du gouvernement et du Parti se lisent aussi dans la plus grande fragilité des liens de confiance entre d’une part, les autorités, obsédées par l’exigence de stabilité sociale qui pousse à la répression et au quadrillage de la société et, d’autre part, la nouvelle société civile, issue d’une classe moyenne montante, dont l’appui inconditionnel au Parti n’est plus, comme par le passé, garanti au nom des progrès rapides accomplis au cours des 30 dernières années.

Irritée par une série de problèmes politiques qui s’ajoutent aux difficultés économiques, à la vie chère et au coût exorbitant des logements, la classe des urbains de plus en plus jalouse de ses droits, accepte mal la censure, les injustices, le chômage des jeunes diplômés, et, surtout, les dérapages éthiques de l’oligarchie, dont les affaires Bo Xilai et Zhou Yongkang on offert un spectacle accablant.

Doutes sur la loyauté et la qualité des fonctionnaires locaux

En même temps, le Parti-État se montre incapable de contrôler les provinces, criblées de dettes toxiques et de mettre au pas les grands groupes publics du « capitalisme d’État », engagés de manière obsessive dans des projets immobiliers spéculatifs, dirigés par des grands patrons aux compétences limitées, mais qui, connectés au pouvoir, sont les plus gros bénéficiaires de la croissance, tandis qu’une partie du peuple est laissée pour compte.

Avec Wang Yu Kai, professeur à l’Académie de gouvernance, Cheng Li pointe aussi du doigt les diplômes obtenus par les cadres du Parti en marge de leurs fonctions, par correspondance ou en cours du soir à l’École du Parti. Pei Minxin, un autre chercheur, opposant au régime chinois et immigré aux États-Unis, les qualifie de « vaste tromperie ». Cette école d’observateurs, dont l’analyse rejoint celle de David Shambaugh, a la conviction que, contrairement aux idées reçues, le Parti communiste chinois – plus de 82 millions d’adhérents en augmentation – n’a pas la solidité, ni la confiance en lui que laisseraient présager ses effectifs pléthoriques.

Cheng Li voit par exemple quelques signes de doutes dans la nervosité affichée par l’appareil lors des révolutions arabes dont les effets ont conduit le pouvoir à fermer la porte des réformes politiques et à augmenter sensiblement le budget de la sécurité publique. Comme Shambaugh, il signale l’ampleur de la fuite de capitaux et l’épidémie des Luo Guan 裸官– « fonctionnaires nus » qui envoient leurs familles à l’étranger - signes que les élites doutent de la pertinence du modèle chinois que le Parti tente de promouvoir.

Dans la mouvance des intellectuels chinois inquiets pour la survie du Parti, on trouve aussi Zhang Lifan, démissionnaire de l’Académie des Sciences Sociales en 2000, plusieurs fois cité par Question Chine qui anticipe une « disparition du Parti » dans les 10 ans – avant la fin du mandat de Xi Jinping –, si le système politique n’acceptait pas de se réformer. La prévision rejoint celle de Cheng Li : « soit le Parti accepte de changer pour se placer du bon côté de l’histoire, soit il sera laissé pour compte ».

Dans ce groupe on citera aussi Jean-François Huchet, professeur d’économie chinoise à l’Inalco. Il énumère les menaces qui, à terme, pèseront sur la pérennité du Parti et – peut-être - la stabilité du pays.

Elles vont des déséquilibres démographiques aux interrogations sur la capacité du secteur industriel à monter en gamme technologique, en passant par l’importance du facteur politique, dans un contexte où la mise en œuvre de nombreuses réformes indispensables à la modernisation, telles que la libération de la finance, la dérégulation des monopoles publics et la privatisation de certains groupes industriels, constituent aussi des sujets hautement sensibles pour l’écheveau des coteries politiques et des prébendes.


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