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›› Editorial

Shangri-La Dialogue 2025. Éruption en Asie du Sud, guerre des communiqués et montée des risques de déflagration globale

La Chine n’était pas représentée au Dialogue par son ministre de la Défense ou un haut responsable de l’état-major général. Réduisant sérieusement le niveau de sa participation, Pékin n’a en effet envoyé à Singapour que le Contre-Amiral Hu Gangfeng.

Vice-président de l’Université de la Défense Nationale, son niveau hiérarchique n’était objectivement pas à la hauteur des ambitions de la puissance chinoise, que Pékin préfère peut-être mettre en scène dans le cadre plus familier et moins hostile de son forum de Xiangshan (lire : Le 10e forum de Xiangshan. « Sécurité et paix durable ». Ébranlement du monde, et plate-forme anti-occidentale des sans-voix).

Alors que certains spéculent que le Ministre Dong Jun serait encore ciblé pour corruption, on ne peut pas exclure que le faible niveau de la représentation chinoise dans un exercice patronné par l’Occident s’ajuste à la modestie des envoyés de Washington au forum de Xiangshan.

Enfin l’explication la plus probable pourrait être qu’au milieu des extrêmes tensions sino-américaines échauffées à propos du commerce, des droits de propriété, de la compétition d’innovations technologiques, des visas d’étudiants et de la sécurité stratégique, les ministres de la défense qui auraient pu se rencontrer à Singapour, n’auraient en réalité eu aucune marge de dialogue concrète.

Quel que soit l’angle de vue et en dépit des mises au point de la délégation chinoise, il est clair que la voix de l’Amiral a moins porté dans la complexité des sujets évoqués par le Dialogue, allant, entre autres, de la cybersécurité à la militarisation de l’espace en passant par les risques de prolifération, la liberté de navigation, la sécurité maritime et sous-marine. Photo : LIANHE ZAOBAO.


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Alors qu’en Europe comme en Asie fermentent les violents ingrédients de déflagrations plus larges, le « Shangri-La-Dialogue », organisé chaque année par l’International Institute of Strategic Studies – lISS - de Londres à Singapour, dans la foulée du sommet de sécurité de Munich (lire : A Munich, Pékin tire profit du basculement du monde) a eu lieu le week-end du 30 mai au 1er juin.

A Munich, les échanges se sont déroulés à l’ombre de la très meurtrière guerre ouverte en Ukraine toujours en cours. A Singapour, la conférence s’est ouverte trois semaines à peine après un nouvel embrasement violent de combats aériens et de salves de missiles entre l’Inde et le Pakistan. Ils ont été stoppés le 10 mai, quatre jours après leur déclenchement, par l’annonce d’un cessez-le-feu conclu entre les deux appareils militaires.

Mais tout le monde aura noté que l’arrêt des hostilités entre les deux puissances nucléaires, déclenchées le 7 mai par des raids aériens et des frappes longue portée de New-Delhi contre neuf sites pakistanais au Cachemire et au Penjab pakistanais, a été entouré d’une bataille de communiqués entre Pékin et Washington.

Alors que l’offensive indienne ripostait à un nouvel attentat terroriste qui tua 26 civils, perpétré le 22 avril à Pahalgam dans le Cachemire Indien à la frontière avec le Pakistan qui nie farouchement de toute implication dans le bain de sang, la Maison Blanche a, contrairement à la guerre en Ukraine d’où elle dit vouloir se désengager, fait valoir son implication directe dans le cessez-le-feu.

Signe de la valeur stratégique pour l’Amérique du théâtre de l’Asie du sud aux portes de la Chine, Donald Trump, qui se présente comme un « faiseur de paix » universel, a souligné que l’arrêt des combats avait été obtenu après d’intenses contacts de J.D. Vance et Marco Rubio avec New-Delhi et Islamabad. Sur son réseau social « Truth », le Président a d’ailleurs été le premier à féliciter les deux belligérants « d’avoir après une longue nuit de négociations, fait preuve de bon sens et d’une grande intelligence ».

En revanche, le 9 mai, au moment où les lignes directes entre Washington, New-Delhi et Islamabad étaient sans cesse sollicitées, la diplomatie chinoise qui, elle aussi, s’affirme comme un médiateur de la paix globale, a paru en retrait.

Alors que tout le monde s’interroge sur les raisons de l’absence du Ministre Dong Jun à Singapour, selon des sources proches du ministère de la défense chinois, Pékin s’est d’abord offusqué qu’en période de crise grave son indéfectible allié pakistanais se soit aussi rapidement tourné vers la Maison Blanche.

Les mêmes sources avancent – mais la réalité des enchaînements reste à vérifier – qu’après un appel du Waijiaobu, Islamabad, soucieux de rester dans les bonnes grâces de Pékin, aurait, après l’avoir brièvement accepté, violé par de brèves incursions de drones, le cessez-le-feu arrangé par la Maison Blanche, avant de finalement s’y conformer.

La difficile neutralité chinoise.

Le 20 mai, dix jours après le cessez-le-feu au Cachemire, Wang Yi recevait à Pékin Ishak Dar vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères pakistanais.

Selon le ministère indien de la Défense, lors de la récente confrontation avec l’Inde au Cachemire, la Chine qui équipe déjà l’armée de l’air pakistanaise en avions de chasse J-10 et j-17 ainsi qu’en missiles air-air Pl- 15, aurait fourni à Islamabad une assistance militaire incluant notamment des systèmes radar et de défense aérienne.

Toujours selon le ministère indien de la défense, « en prévision de futurs affrontements », Pékin aurait commencé la livraison au Pakistan de chasseurs furtifs J-20.


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Sous réserve de confirmation, il est logique de faire l’hypothèse que la manœuvre de Pékin avait pour but de revenir dans le jeu après l’écart du Pakistan vers Washington, en pleine déflagration militaire avec New-Delhi. Pris à contrepied par l’embardée de son allié, Pékin a d’abord marqué quelques hésitations dans l’affichage de sa ligne, provoquant le retard de ses déclarations que tous les observateurs ont noté.

Le fait est que le 12 mai, Pékin s’est attribué le mérite du cessez-le-feu, affirmant que ce sont les discussions du ministre des Affaires étrangères Wang Yi avec Ishaq Dar, le MAE pakistanais et Ajit Doval Conseiller à la sécurité nationale de Narendra Modi qui ont finalement contribué à « parvenir à une désescalade et à un cessez-le-feu complet et durable - 实现局势缓和 和全面持久的停火- »

Une évidence cependant, après les affrontements qui, au passage semblent avoir confirmé un avantage de la chasse pakistanaise [1], Islamabad et Pékin ont très vite tenu à réaffirmer la solidité de leur relation dont le socle reste la puissance du « Corridor pakistanais » des « Nouvelles routes de la soie » établi en 2015 (lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance).

Le 20 mai, dix jours après le cessez-le-feu, Wang Yi, recevait à Pékin le vice-premier ministre et MAE pakistanais Ishak Dar qui, à cette occasion, a condamné la « décision unilatérale et illégale » de l’Inde de suspendre, après l’attentat du 22 avril, le Traité des eaux de l’Indus (TIE), accord de partage des eaux conclu entre les deux il y a soixante ans.

Il faut se rendre à l’évidence, même quand elle s’efforce d’afficher une relation équilibrée avec New-Delhi et Islamabad, la préférence chinoise penche historiquement vers le Pakistan, y compris quand elle lui reproche son laxisme dans la lutte contre le terrorisme mettant en danger ses ressortissants. Lire : Au Pakistan, des Chinois à nouveau victimes des terroristes.

Signe de sa largesse de prêteur à Islamabad qui ne se vérifie pas toujours avec d’autres débiteurs, récemment, Pékin a pour la deuxième fois prolongé d’un an l’échéance d’un prêt de 2 milliards de dollars dû par le Pakistan arrivé à maturité en mars 2024.

Surtout, immédiatement après le début des derniers affrontements au Cachemire, et tranchant avec l’affichage ultérieur d’une posture de compromis entre New-Delhi et Islamabad destinée à préserver une marge de médiation concurrente de Washington, Pékin a d’abord publié une déclaration sans ambiguïté, prenant clairement fait et cause pour son allié pakistanais. On y lisait : « La Chine comprend pleinement les préoccupations légitimes du Pakistan en matière de sécurité et de souveraineté. »

Mais, après le 12 mai, revenant à une position médiane, plus conforme à l’image qu’il se donne de « faiseur de paix », le ministère chinois des Affaires étrangères a publié un autre communiqué qui déclarait : « Nous espérons que l’Inde et le Pakistan consolideront et poursuivront la dynamique du cessez-le-feu, qu’ils éviteront de nouveaux conflits ; qu’ils gèreront leurs différends par le dialogue et la négociation pour revenir sur la voie d’un règlement politique. »

Il ajoutait que « la Chine resterait en contact avec Islamabad et New Delhi et poursuivrait ses efforts pour maintenir la paix et la stabilité dans la région  ».

A côté des angoisses sécuritaires provoquées par la violente éruption militaire au Cachemire entre deux puissances nucléaires, où on voit que la Chine, gênée par sa proximité avec Islamabad et ses anciennes rivalités avec l’Inde (lire : Chine - Inde, l’improbable réconciliation) n’a pas complètement réussi à préserver une position de neutralité crédible, le 22e Dialogue de Shangri-La a tout entier été dominé par la rivalité entre la Chine et les États-Unis.

Note(s) :

[1Au cours des derniers combats aériens mal préparés par l’Inde, les chasseurs de combat J-10 et j-17 chinois armés de missiles Air-Air Pl-15 également fournis par la Chine, auraient, sous réserve de confirmation dépassant la propagande sino-pakistanaise, pris le dessus sur les chasseurs indiens fournis par la France dont au moins un Rafale a été abattu.


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