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Subjuguer Taiwan : les cinq options de coercition du parti communiste

3e option : Le blocus.

Dans ce scénario considéré par beaucoup comme le plus probable tant les dernières crises dans le Detroit ont semblé en répéter les modalités tactiques, Xi Jinping saisirait un prétexte pour tenter de couper l’Île du monde extérieur.

Ses moyens pratiques sont vastes. Ils iraient de la quarantaine physique pure et simple imposée par des navires de guerre et des chasseurs de combat, jusqu’aux inspections douanières agressives des navires tentant d’accéder à Taïwan, le tout combiné à des essais de missiles aux effets hautement répulsifs pour le trafic maritime dans le Détroit et autour de l’Île. Pékin y ajouterait des cyberattaques contre les institutions financières et économiques.

La durée du blocus pourrait être variable. Courte si elle était la prémisse d’une invasion. Longue si elle était le mode d’action principal pour subjuguer l’Île. Le choix qui aurait l’avantage de parvenir au contrôle de l’Île sans avoir à tirer un coup de feu, ferait l’hypothèse que, dans ce bras de fer, Taipei et sa population craqueraient avant Pékin.

En somme, faisant l’impasse sur l’inconvénient annexe des condamnations internationales, Pékin viserait à détruire l’économie de Taïwan, à affamer sa population et à la forcer à capituler, en exploitant son entière dépendance aux importations de nourriture et de sources d’énergie (lire à ce sujet : L’impasse énergétique de Tsai Ing-wen).

Mais, dit Hal Brands « le blocus n’est pas une arme magique ». Rien ne garantit que les privations économiques feraient capituler Taïwan. Historiquement, les blocus - et dans le cas de Taïwan son étanchéité totale serait aléatoire - ont rarement poussé les assiégés à se rendre, sauf à les combiner à d’autres coercitions plus brutales.

Dans le meilleur des cas, un blocus mettrait du temps à fonctionner, ce qui donnerait à Washington et à ses alliés le temps d’organiser une riposte. Celle-ci consisterait d’abord à forcer les interdictions, par des convois de ravitaillement protégés par des flottes de sous-marins [2].

En d’autres termes, pour imposer un blocus, la Chine pourrait être forcée de tirer le premier coup de feu, déclenchant ainsi une guerre que le blocus voulait précisément éviter, tandis que ses ennemis du Pacifique occidental, alertés par son agressivité, se préparent à l’affronter (lire : Bruits de ferraille en mer de Chine de l’Est. Chronique d’un nationalisme enflammé et contrecoups).

4e option : Le bombardement.

Prenant au pied de la lettre les déclarations de Xi Jinping spéculant sur la mission historique élevée au rang de mystique nationaliste d’un retour de Taïwan dans le giron chinois quand bien même la population de l’Île le souhaite de moins en moins, l’échec d’un blocus conduirait logiquement à un durcissement militaire sans nuance.

Alors que les stratèges chinois continuent de faire l’hypothèse que la volonté des Taïwanais de se battre reste fragile, attestée par l’impopularité du service militaire et la faiblesse du budget de la défense, l’option de bombardements ciblés s’imposerait pour renforcer l’efficacité aléatoire d’un blocus.

Répliques du « Blitz » de la Wehrmacht contre Londres, les bombardements chinois auraient, en détruisant les réseaux de communication et en réduisant au silence sur leurs bases la marine et l’armée de l’air taïwanaise, l’objectif de briser la volonté des Taïwanais.

Vu de Chine, le mode d’action aurait l’avantage de mettre en œuvre un des plus formidables points forts de l’appareil, l’incomparable puissance des missiles de sa 2e artillerie (dont la tête vient d’être désavouée par un insolite mouvement de personnels ; lire : Purge à la tête de la composante missiles).

Le choix permettrait d’éviter l’insondable complexité d’une invasion frontale de l’Île par des moyens amphibies. Il forcerait les États-Unis à décider d’intervenir pour protéger leurs amis Taïwanais qui n’exprimeraient pas eux-mêmes une volonté suffisante de se battre.

Rien n’est moins sûr.

Tous les observateurs ont en effet commencé à constater le réveil de l’esprit de défense taïwanais. Pour s’en convaincre on lira la page 2 de notre article déjà cité Brutalité de Pékin et ralliement patriotique d’un milliardaire. qui raconte la mue de Robert Tsao, milliardaire de l’Île.

« Le 10 octobre [2022] dernier, jour de la fête nationale de l’Île, Tsao a terminé sa mue d’homme d’affaires d’abord militant pour la réunification propice à ses affaires en celle d’un inflexible indépendantiste favorable à la normalisation du nom de « Taïwan » et au remplacement de la “politique d’Une seule Chine” par “la Théorie des deux États”. » (…)

« La raison essentielle dit-il, est que, par sa violence, exprimant sans la moindre intention de compromis, une impétuosité unificatrice contraire aux tendances du monde civilisé, le Parti communiste chinois a rompu le statuquo ».

Pour souligner l’incertitude pesant sur l’efficacité de la stratégie du bombardement de l’Île, Hal Brands évoque l’échec du « Blitzkrieg » contre Londres du 7 septembre 1940 au 21 mai 1941, quand dit-il, « les bombardements de la Luftwaffe ont durci la volonté des Londoniens de résister à l’agresseur ».

5e option : Le cauchemar d’une invasion.

Tous les stratèges le savent, une invasion à grande échelle commencerait par une frappe aérienne massive contre les forces armées et les infrastructures critiques de Taïwan, associée à des sabotages et à des tentatives d’assassinat de ses dirigeants.

L’APL tenterait alors de s’emparer des plages, des ports et des aérodromes, les utilisant pour acheminer les troupes, les équipements et la logistique nécessaires à la conquête de l’île, tandis que la marine de l’APL chercherait à isoler Taïwan de tout soutien extérieur.

A cet effet, la Chine pourrait frapper les forces américaines par des attaques surprise de missiles contre Guam et les bases du Japon : elle viserait aussi les porte-avions dans le Pacifique occidental. Pékin utiliserait peut-être même la menace d’une escalade nucléaire pour dissuader Washington de s’impliquer.

Le choix séduit par son apparente efficacité directe. Hal Brands le juge crédible en dépit des immenses risques politiques qu’un échec militaire impliquerai pour le parti communiste chinois.

« Exploitant la proximité géographique, la rapidité et la brutalité résoudraient la question de Taïwan avant que quiconque ne puisse intervenir. » (…) « Le monde serait », dit Brands, « placé devant le fait accompli qu’il serait horriblement sanglant de renverser. »

En substance Brands insiste que, pour dissuader Pékin de se lancer dans une aventure militaire risquée, Washington et ses alliés doivent sans cesse clairement lui en rappeler le prix à payer, tout en l’assurant – ce qui n’est pas le plus simple - que renoncer à l’agressivité n’aboutira pas ipso-facto à l’indépendance de l’Île, tandis que - les faits le prouvent - les constantes menaces militaires ne font que détourner les Taïwanais du Continent au lieu de les en rapprocher.

Lire à ce sujet : Feuille de route pour éviter « l’apocalypse ».

Commentaire de QC.

L’action de force directe, trop risquée est la moins probable. Surtout ses prémisses comportant des frappes contre les bases américaines du Japon, notamment celles de Yokosuka, Atsugi, et Sasebo, ports d’attache de la 7e flotte, ouvriraient aussitôt un deuxième front suicidaire. Enfin, il est très peu probable que l’appareil communiste dont ce n’est pas la doctrine, agite la menace d’emploi en premier de l’arme nucléaire.

Note(s) :

[2Dans un de ses derniers rapports sur les capacités militaires de la République populaire de Chine, le Pentagone lui attribuait une flotte de combat de 355 navires (sous-marins compris), contre 295 navires à l’US Navy. Il ajoutait que, compte-tenu du rythme de construction navales militaires chinoises, la différence s’accentuera.

D’ici 2025, la flotte chinoise atteindrait 420 unités et 460 en 2030, contre seulement 400 à l’US Navy, à condition que les budgets soient votés. Parmi les progrès récents des équipements navals chinois, la plupart des stratèges notent une nette amélioration de la discrétion des sous-marins.

Pour autant, selon un rapport du Congrès américain, avec 9 000 tubes de lancement verticaux de missiles de croisière en service, l’US Navy dispose d’un net avantage sur la marine chinoise qui n’en aligne que 1000.


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