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La Chine sûre d’elle-même et condescendante.
Les articles du Guardian ont notamment rappelé à quel point Pékin fit pression sur Londres en convoquant l’Ambassadeur britannique à Pékin quand Theresa May hésitait à donner son aval au projet de centrales nucléaires de Hinckley Point, finalement entériné à l’automne 2016 après une mise en garde chinoise sur le caractère emblématique du projet, dont l’échec, précisa le Waijiaobu, aurait de sérieuses conséquences sur les relations bilatérales.
Le 1er février, au 3e jour de la visite, un éditorial du Global Times chapitrait les médias et hommes politiques occidentaux comme Chris Patten dernier gouverneur de la R.A.S, prônant l’ingérence de Londres dans les affaires intérieures chinoises, notamment à Hong Kong où ils critiquaient ce qu’ils appellent, dit l’article reprenant les termes des activistes des droits, « les incessants harcèlements chinois contre les démocrates de l’ancienne colonie. »
Mais, après les mises en garde, vint le satisfécit, qui félicita Theresa May d’avoir fait preuve de « pragmatisme » et de n’avoir jamais évoqué (note de la rédaction : au moins publiquement) les controverses que le Global Times attribua à des éléments « radicaux ». L’éloge public louant l’esprit pratique de l’exécutif britannique avait cependant été précédé d’un avertissement : « Il est certain que May ne prendra pas le risque de perdre le bénéfice d’une coopération bilatérale amicale et fructueuse en obéissant aux injonctions futiles des médias britanniques dont l’agitation bruyante et acariâtre sera emportée par le vent ».
L’impotence européenne.
Dans un contexte où nombre d’experts pointent du doigt la manœuvre oblique de la Chine qui, alors que tout le monde a les yeux fixés sur Moscou, avance tranquillement ses pions en Europe de l’Est et tient, au nez et à la barbe de Bruxelles, des sommets réguliers avec 16 pays d’Europe Centrale et Orientale (appelés 16 +1), la cacophonie européenne aggravée par le Brexit a à nouveau donné à François Godement, cette fois associé à Abigaël Vasselier (Sciences Po Aix en Provence et Council on Foreign relations) l’occasion de fustiger l’impotence de l’UE face à Pékin, dans un rapport au Council on Foreign Relations paru en décembre 2017.
Pour eux, les offres chinoises à l’Europe « ne sont guère différentes de celles faites à l’Afrique ou aux autres pays en développement : un déluge de projets dont la première conséquence est de créer des rivalités entre les États, des prêts aux taux du marché et une pesante insistance pour faire reconnaître ses références identitaires ». Ils ajoutent que, « comme les pays africains, les Européens, notamment à l’est et au sud, sont tombés dans un piège qui profite essentiellement à la Chine ».
Au passage, on remarquera ici que, par rapport au rapport de 2009, l’attitude des pays de l’est et du sud de l’Europe a radicalement changé. A l’époque peu sensibles aux influences chinoises, ils sont devenus aujourd’hui le point d’application principal des projets de Pékin en Europe. Les raisons de ce revirement sont complexes, et probablement différentes pour chaque État.
Mais les points communs sont, sans nul doute, d’abord la capacité de séduction chinoise ayant offert des réponses à court et moyen terme à la crise économique, à quoi s’ajoute, à des degrés divers, l’impact des angoisses identitaires face à la question migratoire ayant induit une méfiance à l’égard des incapacités européennes que certaines élites européennes, comme Victor Orban, comparent à l’efficacité verticale du régime chinois.
Plus loin, F. Godement et A. Vasselier dénoncent la stratégie européenne de Pékin « ciblant ses partenaires, selon ses intérêts directs, souvent en ignorant les normes et les politiques de Bruxelles. Focalisant ses choix à la périphérie plutôt que vers l’Union dans son ensemble, la Chine a tiré profit de la crise pour investir massivement au sud de l’Europe ».
Pire encore, ajoutent en substance les auteurs, par l’habileté et la séduction de ses stratégies, Pékin a, dans un contexte de tensions avec Moscou, trouvé le moyen de persuader les Européens de lui être reconnaissants.
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Dès lors, rien d’étonnant à la conclusion du Guardian rappelant à quel point Londres aura du mal à compenser les dommages du Brexit par des accords avec la Chine, dans un contexte où les Européens ont échoué à se coordonner efficacement, trop souvent tentés pour des avantages à courts termes, de damer le pion à leurs voisins sur le marché chinois. Quant au Royaume Uni, il est évident que Pékin perçoit son isolement et sa vulnérabilité en même temps que son moindre intérêt depuis qu’il n’est plus une porte d’entrée vers l’Europe.
Quoi qu’il en soit, conclut le journal avec cynisme et ironie : « il était sage que l’exécutif britannique ne se présente pas en quémandeur », dans un contexte où, désormais, « les Anglais sont moins perçus comme des invités à la table que comme le contenu de l’assiette ».
