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›› Editorial

Une « paix inconfortable. » Les non-dits du duopole sino-américain. Pékin face aux contrefeux

La charge très agressive de G. Soros.

A Davos Soros a tiré à boulets rouges sur la Chine et Xi Jinping mettant en garde contre le « danger sans précédent » représenté par les dérives autoritaires du régime et son influence globale. Il a aussi répété ses critiques de 2018 contre les monopoles de Facebook et Google.


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Le premier des non-dits qui rejoint la somme des critiques visant celles dénonçant la manière dont Pékin traite les Musulmans Ouïghour, a été évoqué à la grande fureur du Parti à Davos par Georges Soros, que le Parti communiste a depuis longtemps inscrit dans la liste des « indésirables ».

Pékin qui s’appuie sur nombre d’analyses occidentales, accuse sa fondation « Open Society » d’avoir, en liaison avec les services américains, « soutenu et même organisé » les « révolutions de couleurs » aux portes de la Chine en Asie Centrale pour « servir les intérêts occidentaux » [1]. Lire à, ce sujet l’article moins manichéen de Boris Petric, Directeur de recherche au CNRS.

Touchant un nerf très sensible du régime toujours muet sur ses dissensions internes, Soros a évoqué « de sérieuses oppositions » à l’intérieur même du sérail dénonçant la suppression de la limite à deux mandats présidentiels et le culte de la personnalité dont Xi Jinping est l’objet. A ces attaques publiques contre le cœur de la machine politique chinoise, il a ajouté les nombreux retours de flammes anti-chinois initiés le long des « nouvelles routes de la soie » en Afrique, en Malaisie et à Ceylan, pointant du doigt les risques de la diffusion hors de Chine du modèle autocratique du Parti.

S’il est vrai que l’agression verbale lancée à Davos qui enflamma le Parti rejoignait certains points du discours de Mike Pence évoqué plus haut, Soros se désolidarisa néanmoins de l’équipe Trump. La riposte contre les dérives despotiques chinoises aggravées par les mises en fiches généralisées du crédit social, portant le risque d’une contagion globale devait être plus sophistiquée et ne pas se limiter à enfermer la Chine et les Chinois dans la figure du « rival stratégique ».

Après avoir associé Trump et Xi Jinping dans la catégorie des dirigeants à abattre et poussant sa diatribe à l’extrême, considérée à Pékin comme une déclaration de guerre, il a qualifié le n°1 chinois de « plus dangereux ennemi des sociétés libres ». Puis il a appelé au réveil en Chine des partisans d’une « société ouverte », cauchemar ancestral et jamais apaisé des dirigeants chinois, toujours hantés par la perspective du chaos, résultat de l’affaiblissement du pouvoir central.

Le spectre du désordre pouvant conduire au renversement du Parti est précisément la principale cible des actuelles stratégies répressives mise en œuvre sans mesure par Xi Jinping et son équipe qui, depuis 2012, harcèlent systématiquement toutes les voix dissidentes.

Le 25 janvier, la réaction placide de la porte parole du Waijiaobu Hua Chunying, cachait la colère rentrée du Parti. Qualifiant Soros d’individu isolé « prenant le faux pour le vrai dont les remarques ne valent pas qu’on les réfute », elle a cependant espéré que « la myopie du milliardaire pourra être corrigée, pour que le développement de la Chine soit présenté de manière rationnelle, correcte et objective ».

Les autres « éléphants » au milieu de la porcelaine de la propagande chinoise sont connus. Touchant à la situation stratégique, ils vont de la question nord-coréenne à la mer de chine du sud en passant par Taïwan.

Les lancinants différends stratégiques.

Xi Jinping le 12 avril 2018, lors de la revue navale chinoise en mer de Chine du sud. La marine des États-Unis mène dans les eaux contestées et réclamées par Pékin des missions dites de « liberté de navigation ». Considérées par Pékin comme des intrusions dans son espace national,elles entretiennent une tension latente et suscitent à chaque fois vive réaction de la Chine.


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Dans le jeu à trois avec Pyongyang et Washington, Pékin, pour rester dans la course d’une solution apaisée dans la position du principal allié de Kim Jong-un, prend le risque de faire capoter le processus de dénucléarisation en proposant plus ou moins ouvertement la suppression des sanctions.

Bien qu’il n’y ait aucune déclaration officielle chinoise sur le sujet, le rapprochement Xi Jinping - Kim Jong-un conforte Pyongyang dans sa résistance aux exigences de Washington qui attend des preuves matérielles concrètes avant de proposer de nouvelles concessions.

Au passage, le choix du lieu de la prochaine rencontre Kim – Trump au Vietnam, rival territorial de Pékin en mer de Chine du Sud et « frère ennemi » d’une longue histoire commune heurtée avec la Chine (lire : https://www.questionchine.net/querelles-sino-vietnamiennes-rivalites-des-freres-ennemis-et-enjeu-global.) est un signal de mauvaise humeur adressé par Washington à Pékin.

En Mer de Chine sud, les revendications de Pékin sur tout l’espace maritime plus vaste que la Méditerranée, en contradiction avec le Droit de la mer et sans esprit de recul, ponctuées par l’élargissement bétonné des îlots par lequel Pékin s’attribue des eaux territoriales contestées par le jugement de la cour d’arbitrage de La Haye du 12 juillet 2016 (lire : Arbitrage de la Cour de La Haye. Tensions et perspectives d’apaisement.), soulèvent non seulement des résistances aux États-Unis et chez leurs alliés, mais aussi de sérieuses méfiances au Vietnam, en Malaisie, aux Philippines et en Indonésie.

A propos de Taïwan enfin, le raidissement de Pékin obsédé par la réunification au mépris de l’opinion locale qui la rejette à plus de 60%, commence à susciter des réactions s’écartant de la prudence jusqu’ici observée par les partisans d’un accommodement raisonnable avec la Chine qui, par ailleurs, use de l’attrait de son marché pour admonester publiquement tous ceux - gouvernements et groupes privés – qui ne se conforment pas à sa « politique d’une seule Chine ». Lire : Les défis de l’obsession réunificatrice.

Crispations anti-chinoises en Europe.

Heiko Maas, ministre des Affaires étrangères allemand a déclaré « inacceptables » les menaces militaires chinoises contre Taïwan. Reconnaissant l’influence de Pékin sur certains États membres, il a aussi exhorté l’UE à plus d’unité.


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Après le discours de Xi Jinping du 2 janvier où il disait ne pas « pouvoir » abandonner la menace de la force contre l’Île, plusieurs voix se sont élevées en Europe pour critiquer la persistance des pressions militaires chinoises. D’abord au Royaume Uni ou Lord Dholakia, vice-président du groupe parlementaire trans-parti de coopération politique avec l’Île s’est, le 14 janvier dernier, inquiété des risques que la Chine faisait courir à la paix et à la stabilité dans le Détroit.

Deux jours plus tard, signalant un revirement spectaculaire au moins dans la forme, de l’attitude de Berlin à l’égard de la Chine, Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères, déclarait que, quelles que soient les tensions dans le Détroit, l’Allemagne considérait que la « menace de recours à la force brandie par la Chine était inacceptable ».

Dans la foulée, il a appelé l’Union Européenne à se positionner plus clairement, soulignant au passage que, dans un passé récent, l’influence de Pékin sur certains États membres avaient empêché l’Union d’adopter une position commune.

Ces deux critiques publiques avaient lieu alors que, prenant le contrepied de la « lune de miel » des premières années du mandat de Xi Jinping, dont les espoirs se fracassèrent en 2018 autour des controverses sur les captations de technologies chinoises, le gouvernement allemand, ayant drastiquement modifié son approche de la Chine (lire : Sous la « tempête Trump », les illusions chinoises de la Chancelière.) appelait l’Union Européenne à renforcer ses capacités de réaction face à la compétition chinoise.

Le 10 janvier 2019, par une déclaration écrite, la puissante fédération des industries allemandes Bundesverband der Deutschen Industrien (BDI) attirait l’attention des États membres de l’UE sur les risques d’une « trop grande dépendance au marché chinois » et sur la montée des défis posés par la Chine « désormais engagée » dit la note « dans une bataille contre le marché libre ».

Venant d’un pays qui fut il y a seulement 6 années le meilleur allié de la Chine en Europe, la déclaration est un sérieux coup de semonce. Remettant en cause les relations de la Chine avec Berlin, il est aussi de nature à sonner l’alerte au sein du sérail politique chinois sur la pertinence des stratégies extérieures du Parti.

Plus encore, dans un mouvement évoquant une réaction aux espoirs trompés de sa relation avec la Chine, Angela Merkel fait savoir qu’au 2e semestre 2020, année de la présidence allemande de l’UE, le sommet Chine – Europe sera, pour la partie européenne élargi à tous les chefs d’État membres et non pas limité comme auparavant à seulement aux présidents de la Commission et du Conseil Européen.

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Il est difficile de sous-estimer les conséquences qu’une telle levée de critiques extérieures contre la Chine signant l’échec de sa stratégie de puissance douce, pourraient avoir sur la sérénité interne du Parti. Réactive, la politique étrangère de Pékin pourrait tenir compte des contrefeux et adapter ses stratégies pour plus de concessions. Mais rien n’est moins sûr.

Un premier apaisement pourrait venir de Washington et de D. Trump dans l’affaire Huawei, suivi d’un accommodement sur les questions commerciales à l’échéance de l’armistice du 1er mars.

Subsisteront les points durs de la mer de Chine du sud et de Taïwan ainsi que la bouteille à l’encre de la crispation de l’Union Européenne qui pourrait trouver dans la riposte anti-chinoise le levier de son introuvable cohésion. Là aussi des interrogations demeurent sur l’attitude à venir des pays d’Europe Centrale, partis des échanges 16+1 ayant bénéficié des largesses financières de Pékin.

Notes :

[1Une révolution d’abord pacifique dite des « Tulipes » – mais qui dégénéra violemment en 2010 - se produisit au Kirghizistan en 2005.

La même année, l’Organisation de Coopération de Shanghai inquiète de l’épidémie de « regime change » aux marches de l’ancienne URSS et de la Chine, adopta une position commune, dénonçant les bases américaines de la région et exigeant que Washington fixe un calendrier de retrait.

La manœuvre avait en partie réussi, puisqu’en 2005 Moscou et Pékin avaient persuadé le président Ouzbek Karimov d’exiger des Américains, avec qui il était en froid après la répression d’Andijan le 13 mai 2005, qu’ils ferment la base de Karchi Khanabad, principal point d’appui logistique des opérations militaires de de l’International Security Assistance Force (ISAF) en Afghanistan opérant sous l’égide de l’OTAN.


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