Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Chronique

A Hong Kong, la longue rancœur de l’appareil contre Nathan Law

A Hong Kong, quatre années après les manifestations de masse de l’été 2019 (lire : Chine – Hongkong, la fracture), ponctuées cinq mois plus tard par les destructions et incendies dans l’enceinte de l’Université Poly technologies (lire : v), la police du Territoire harcèle la famille de Nathan Law, député élu en 2016 au Conseil Législatif de la R.A.S et réfugié en 2020 à Londres qui lui a accordé l’asile politique en avril 2021.

Aujourd’hui âgé de trente ans, Nathan Law est particulièrement ciblé par la police chinoise pour avoir en 2014 joué un rôle actif militant dans le mouvement de désobéissance civile « Occupy Central » ou « Mouvement des parapluies » et avoir créé en 2016 avec Oscar Lai, Joshua Wong et Agnes Chow, le mouvement politique « Demosistõ  » (du Grec « Demos » – Peuple – et du Latin « Sisto » – se tenir debout - ) dissous en juin 2020 à l’adoption de la loi sur la sécurité nationale. Lire : A Hong Kong, la chape de la défiance s’alourdit. Les dissensions s’aggravent entre Pékin et l’Occident.

Surtout, inacceptable chiffon rouge pour Pékin, la plateforme politique de « Demosistõ  » né du syndicalisme politique étudiant qui protestait contre la mise aux normes des études par « l’éducation morale & nationale - 德育及国民敎育 » comportait une revendication d’autodétermination de la R.A.S.

Un fois élus au Legco, Nathan Law et cinq de ses collègues de la mouvance démocrate ne se sont pas privés de provoquer Pékin, utilisant leurs prestations de serment pour affirmer leur intention de rupture.

En juillet 2017 tous avaient été destitués de leur mandat. Lire « Hong-Kong n’est pas la Chine ». Le slogan qui exaspère Pékin & A Hong Kong, un tribunal invalide 4 parlementaires récemment élus.

Le 11 juillet, à l’aube, la police a investi le domicile de la famille de Nathan Law dont les parents et le frère ont été interrogés avant d’être relâchés. Selon le porte-parole de la police, « Ils risquent la prison, soupçonnés d’avoir aidé des personnes recherchées pour avoir mis en danger la sécurité nationale. ».

La réalité est que, bafouant le droit et la morale l’exécutif espère par des pressions exercées sur sa famille, inciter le retour à Hong Kong de Nathan Law dont la pensée indépendantiste militante attisée par les ONG américaines des droits, est un des effets hautement indésirables de la liberté autorisée par le schéma « Un pays, Deux systèmes ».

Le 30 juin, Sophie Reiß, diplômée de chinois de l’Université du Zhejiang et d’un Master de relations internationales du Collège d’Europe de Bruges, faisait pour l’Institut Mercator le point du schéma « Un pays Deux Systèmes », trois années après l’instauration de la loi sur la sécurité nationale. Lire : Investiture du gouverneur Lee à Hong Kong. La fin d’un cycle.

L’agonie « d’Un pays, deux systèmes. »

Le constat est pessimiste. Mais la situation fermente au moins depuis le 19e Congrès du Parti exprimant le volontarisme normatif et sans nuance de Xi Jinping. Lire : Anxiétés politiques à Hong-Kong.

Les lignes de séparation judiciaire et administrative avec le Continent se sont brouillées (lire : A Hong Kong, la justice met fin à l’indulgence), l’état de droit a reculé, l’information circule moins bien, la liberté des magistrats est en question, tandis « qu’un nombre important de jeunes bien éduqués ont émigré. »

En fond de tableau, l’avènement à la tête de la RAS, le 8 mai 2022, de l’ancien responsable de la sécurité publique et l’idée, elle-même porteuse d’une érosion du schéma des « Deux Systèmes », de l’intégration socio-économique de la RAS dans le projet de puissance régionale de la « Grande baie de Zhuhai » Lire : Un policier inflexible à la tête de Hong Kong.

Sophie Reiß souligne aussi que « plus de 100 000 Hongkongais ont émigré depuis mi-2020. » Détaillant les raisons de l’hémorragie, elle constate « un net changement de motivation  ».

S’il est exact que « le coût de la vie élevé et la situation notoirement difficile du logement continuent de jouer un rôle dans le choix de quitter le territoire, il n’en est pas moins vrai que sont apparus des facteurs politiques.

Ils sont de plus en plus déterminants. Notamment « les inquiétudes concernant l’érosion de la liberté, des droits de l’homme, de l’information gratuite, du schéma « Un Pays, Deux Systèmes », ainsi que l’insatisfaction à l’égard d’un exécutif désormais dominé par le critère prévalent de la sécurité nationale. »

Le plus significatif dit Reiß, est que « la vague d’immigration a non seulement privé le territoire des militants de la liberté, mais également des jeunes bien éduqués et bien payés dont le départ laisse de nombreux services publics essentiels, comme la santé, l’administration, la police et les transports, en sous-effectifs. »

Dernier indice de la destruction idéologique du schéma des « Deux Systèmes  » où ce qui prévaut désormais est le patriotisme obligé « d’Un pays  », les traditionnelles veillées commémorant la répression de TianAnmen, symboles politiques indépassables de la liberté d’une expression contraire à celle du Parti, sont interdites. Elles seront dorénavant remplacées par « Un festival patriotique » dont la première manifestation a eu lieu début juin.

Enfin, ce tableau ne serait pas complet s’il ne s’intéressait pas à la situation des réfugiés dont une grande partie ont été accueillis au Royaume Uni sous l’arrangement d’identité hybride de « British National Overseas (BNO) » figurant sur leur passeport.

Le passeport BNO, succès du pragmatisme britannique, en dépit de quelques ratés.

Précisément créé en 1987 pour tenir compte du statut des résidents de Hong Kong ayant souhaité conserver la nationalité britannique après la rétrocession en 1997, le statut est une cote mal taillée, que le ministère de l’Intérieur a cependant chaque fois que nécessaire, amendé pour l’adapter à la situation.

S’il est vrai que les titulaires peuvent postuler pour la nationalité britannique après douze mois, ils ne pouvaient, à l’origine accéder au statut de « résident permanent  » au Royaume Uni qu’après cinq années.

Mais, marque du pragmatisme britannique, depuis janvier 2021, pour tenir compte du brouillage politique de la situation à Hong Kong créé par la Loi sur la Sécurité Nationale adoptée par l’ANP à Pékin en mai 2020 (lire, déjà cité plus haut, A Hong Kong, la chape de la défiance s’alourdit. Les dissensions s’aggravent entre Pékin et l’Occident), les BNO bénéficient d’un droit de séjour illimité pour étudier ou travailler.

Il reste que compte-tenu de l’afflux des réfugiés accéléré après les premières qualifications de « conspiration à la subversion » infligées aux manifestants de l’été 2019 portant le risque extrême d’une condamnation à mort, au Royaume Uni, la situation des migrants venant de Hong Kong n’est pas toujours enviable.

En décembre 2022 ils étaient plus de 100 000. Au milieu d’une masse de plusieurs milliers de réfugiés venant aussi d’Afghanistan, d’Érythrée, de Syrie, de Libye ou du Yémen, les délais pour obtenir l’asile politique durent parfois une année. Le résultat est que plus d’une centaine de Hongkongais attendent toujours d’être reconnus comme réfugiés.

Fin décembre 2022, 13 d’entre eux à qui le ministre de l’intérieur n’avait pas accordé le droit d’asile, avaient quitté le Royaume Uni soit de leur plein gré, soit sous la pression de la police. La proportion est certes faible, mais au sein de la population traumatisée par le chaos d’une existence déracinée, l’angoisse d’être expulsé augmente.

Selon le Guardian qui décrit aussi la maltraitance des migrants par des propriétaires cupides et sans scrupules, insistant aussi sur le coût administratif du statut BNO s’élevant à 5,370 £ (6200 €), à la fin de 2022, le nombre de rejets du statut de réfugiés qui ne cesse d’augmenter, s’élevait a 3000.

La raison en est que le ministère de l’intérieur exige désormais des preuves difficiles à fournir que les postulants risquent réellement une persécution politique.

Pour autant, Nathan Law lui-même qui a obtenu le statut de réfugié politique en 2021, reconnait que les déboires de certains de ses compatriotes qu’il est nécessaire de dénoncer, sont des exceptions. Alors que certains Hongkongais se plaignent que le système d’accueil des réfugiés serait aléatoire et présenterait des risques, à Londres, le ministère de l’intérieur se félicite de son efficacité.

« La solution inédite et exceptionnelle du visa Hong Kong BNO reflète l’engagement historique et moral du Royaume-Uni envers les habitants de Hong Kong qui ont choisi de conserver leurs liens avec le Royaume-Uni en prenant le statut de ressortissant britannique (d’outre-mer) au moment de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997.  » (…)

Il ajoute qu’il s’agit « d’une réussite britannique avec plus de 153 700 visas accordés à la fin décembre 2022, grâce au BNO dont l’efficacité a été augmentée par son extension en novembre 2022 aux Hongkongais nés après 1997, désormais autorisés à postuler indépendamment de leurs parents. »

*

La férocité répressive exprimée par l’appareil contre Nathan Law porteur d’un projet de rupture avec le Continent est à la mesure de l’inflexible souverainisme de Pékin à l’égard de la R.A.S, resté dans la mémoire de tous les Chinois comme un des symboles indépassables des humiliations infligées à la Chine par l’Occident et le Japon au XIXe siècle.

A Pékin on n’a pas oublié l’histoire des trois « Territoires  » de la R.A.S cédés comme un peau de chagrin à chacun des « Traités inégaux » :

 1842 (Traité de Nankin) : session perpétuelle de l’Île de Hong Kong ;

 1860 qui fut aussi l’année du sac du Palais d’été par les troupes franco-britanniques : session perpétuelle de la péninsule de Kowloon (Convention de Pékin) ;

 1898 (2e convention de Pékin) : session à bail pour 99 ans des « Nouveaux Territoires ».

Non seulement le Parti harcèle la famille de Nathan Law officiellement accusée de porter assistance à ceux qui « menacent la sécurité nationale », mais la tête de l’ancien syndicaliste étudiant acteur militant de « Occupy Central  » réfugié à Londres, et celle de sept de ses compagnons de lutte, ont été mises à prix pour Un million de HK $ ( 115 000 €).

Le 3 juillet, Nathan Law confiait à la BBC qu’il craignait pour sa sécurité.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

L’innovation chinoise entre obsession techno-souverainiste et ressac économique

Le grand-écart d’Olaf Scholz en Chine

Commission mixte scientifique 2024 : et après ?

Chine - France : Commission mixte scientifique 2024, vers une partie de poker menteur ?

A Hong-Kong, « Un pays deux systèmes » aux « caractéristiques chinoises. »