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›› Editorial

A l’orée de la nouvelle année du Tigre, quel bilan pour l’année du Buffle ?

Le bilan marxiste de Xi Jinping.

Avec Alice Eckman on constatera d’abord qu’au moment même « où l’idéal libéral est de plus en plus contesté », Xi Jinping se réfère dans ses discours à la pensé marxiste, selon laquelle la Chine serait en marche vers le communisme idéal théorique d’une société sans classe.

Le fond de pensée éclaire les récentes mises aux normes des groupes numériques chinois et la tentative de débarrasser – l’entreprise est plus complexe - le marché immobilier (près de 30% du PIB et 20% des emplois) de la gangrène enkystée de la spéculation à l’origine de la hausse des prix et de la saga du géant Evergrande, en faillite, plombé pas 260 Mds de $ de dettes. Simultanément, l’appareil s’attaque à l’immense et très coûteuse tâche de réduire l’empreinte carbone du pays par une réforme en profondeur de la production d’énergie.

A l’extérieur et en dépit des dénégations de l’appareil, la marche de la Chine de Xi Jinping donne clairement le sentiment que désormais elle cherche, comme le dit Alice Exkman, « à s’imposer comme une puissance de référence, “une solution pour le monde“, selon les propres mots de Xi Jinping, pour un jour parvenir à la “disparition ultime du capitalisme et la victoire finale du socialisme“ ».

Au cours de l’année du Buffle, nombreux furent les jalons accréditant ces idées d’une Chine inflexible et autocrate rassemblée sous l’égide despotique de Xi Jinping, à ce point sûre de son modèle et de sa vision qu’elle ambitionne de les exporter.

A l’intérieur les symptômes apparurent dès janvier 2021, notamment à Hong Kong où la mouvance démocratique fut, sans état d’âme, systématiquement mise sous le boisseau (lire : Hong Kong mis aux normes. Réflexion sur la portée et la fragilité des systèmes démocratiques).

Les indices se sont encore manifestés à la fin de l’hiver avec la promotion publique par une série d’émissions TV (commencées en 2018) de la pensée du « socialisme aux caractéristiques chinoises » de Xi Jinping, fondement de « la nouvelle ère - 新时代 - » articulée au « rêve chinois -中国梦 - » de « retour de puissance 复兴 ».

Assistés par des universitaires chercheurs spécialisés dans la culture et la pensée chinoises, les séquences publiques mettaient en perspective les citations classiques du Président chinois pour en expliquer la pertinence dans la Chine moderne. Traduites en anglais, japonais, coréen, espagnol, italien et russe, les épisodes assortis des commentaires de la pensée de Xi Jinping, racontaient chacun cinq à six histoires vraies illustrant la glorieuse épopée du Parti communiste.

Corriger les effets indésirables de l’ouverture.

A l’été, alors que sous les radars des observateurs, fermentaient les fortes tensions entre la tête du régime et l’appareil de sécurité qui, à la fin septembre, percèrent la surface cadenassée du Parti avec l’élimination de Sun Lijun 孙力 军, vice-ministre de la sécurité d’État, soupçonné d’avoir écorné le récit officiel du déclenchement de l’épidémie à Wuhan, continuait la mise aux normes des groupes numériques.

Révélée à la face du monde par la disparation emblématique de Jack Ma, PDG d’Alibaba, concurrent chinois d’Amazon (lire : Jack Ma s’est évanoui. LA FOURMILIÈRE A PERDU SA REINE), réapparu en février au cours d’une séance de contrition calquée sur le modèle de la révolution culturelle, la normalisation politique des géants chinois du numérique signale un resserrement philosophique normatif corrigeant la trajectoire débridée de l’ouverture économique lancée en 1978.

L’appareil exige désormais des spadassins de l’économie, héritiers des élans d’entreprise libérés par Deng Xiaoping, qu’ils se conforment à un moule social, moral et éthique que le Parti entend incarner. Le 16 novembre dernier, la matrice politique d’une histoire épique du Parti, imaginée par Xi Jinping était entérinée par la « troisième résolution » du Comité Central.

Elle écrivait sans fausses notes l’histoire officielle de l’appareil et sa prévalence politique et morale absolue, devenue le socle de la campagne de promotion de Xi Jinping pour un troisième mandat à l’automne 2022. La proportion des citations est révélatrice du retour d’un culte tapageur de la personnalité dont il serait naïf de croire qu’il ne suscite aucun opposition interne.

Alors que le nom de Mao apparaissait 18 fois, celui de Deng six fois et celui de Hu Jintao son prédécesseur, seulement une seule fois, Xi Jinping était cité 22 fois. Plus de 50% du texte était consacré à ses réalisations et aux changements qu’il a initiés depuis 2012 dans tous les domaines. Qu’ils soient sociaux, économiques, politiques ou dans les relations internationales.

Une pensée anti-occidentale assumée.

C’est peu dire que l’année du Buffle a cristallisé le raidissement anti-occidental de la pensée de Xi Jinping, soutenue par Moscou et marquée de manière emblématique par un rapprochement avec l’Iran au moment même où Washington se dressait contre Téhéran et le « compromis nucléaire – Joint Comprehensive Plan of Action – JCPOA - » signé à Vienne, en juillet 2015 avec les P5 et l’Union Européenne. Lire : L’Iran, enjeu historique du défi chinois à Washington.

Rien n’illustre mieux cette fracture que le voyage officiel de Wang Yi, le MAE chinois à Téhéran le 27 mars 2021, quinze mois seulement après l’assassinat à Bagdad par un tir de drone américain du général Soleimani du « corps des gardiens de la révolution islamique » et une semaine après les aigreurs des échauffourées verbales de la rencontre d’Anchorage avec Washington, les 18 et 19 mars 2021.

La fureur des échanges sino-américains en Alaska, contrastant sèchement avec les appels de Deng Xiaoping à la prudence stratégique restés dans les mémoires par son injonction à « cacher ses éclats et à cultiver l’ombre 韬光养晦 », a fait apparaître une double évidence. D’abord celle que la Chine se considérait désormais à hauteur de la puissance américaine et qu’il était important pour elle que le dialogue à ce niveau ne soit pas rompu.

En arrière-plan pourtant flottait toujours le tourment de la rancœur héritée des humiliations infligées à la Chine par les « huit puissances » (six anciennes puissances européennes, le Japon et l’Amérique) qui fondent le discours nationaliste de Xi Jinping.

L’imaginaire ancestral de la Chine des Han était toujours là.


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