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›› Editorial

A l’orée de la nouvelle année du Tigre, quel bilan pour l’année du Buffle ?

L’imaginaire d’une ancienne puissance centrale face aux contrefeux.

Se présentant toujours à l’intérieur face à son opinion publique comme la puissance centrale qu’elle était il y a vingt siècles, il était capital de faire résonner cet imaginaire à la conscience de l’opinion publique chinoise. A Anchorage, les deux grands du monde se parlaient d’égal à égal et, tout en n’acceptant plus les remontrances occidentales d’un Occident qui n’a plus de leçons à donner, le Vieil Empire chinois parangon de l’harmonie confucéenne, ne refusait pas le dialogue.

Face à l’Occident et à ses alliés indiens et japonais, le durcissement international de la Chine au cours de l’année du Buffle a clairement été perceptible non seulement en mer de Chine du sud, à Taïwan et en mer de Chine de l’Est, mais également face à l’Inde.

Huit mois après les affrontements meurtriers de la nuit du 15 au 26 juin 2020, alors que des drones indiens surveillaient le retrait des troupes chinoises dont New-Delhi a publié les vidéos de bulldozers déblayant les structures construites pas l’APL dans la région du Lac Pangong à l’est du Ladakh, le 12 février 2021, le Général Naravane, chef d’état-major des armées indiennes qui s’exprimait à un séminaire, fustigeait l’agressivité chinoise.

Caractérisant les stratégies de Pékin, il soulignait « leurs tendances belliqueuses, leur hostilité à l’égard des “nations faibles“ et, faisant référence à l’action de la Chine en Afrique, leurs insistantes tactiques créant des dépendances régionales sur le trajet des « nouvelles routes de la soie ». Le 12 février 2021, « The Hindu » qui rapportait ses propos, titrait en première page que Pékin était à l’origine de la « défiance réciproque » entre les deux géants démographiques d’Asie, si culturellement différents.

C’est ce fond de tableau qui poussa l’Inde à s’agréger à « l’Alliance Quad », regroupant avec elle Tokyo, Canberra et Washington. Affirmant leurs valeurs démocratiques, face à celles de Pékin, les quatre se sont donnés la mission de freiner les élans impériaux de Pékin en Asie, notamment en Mer de Chine du sud où le 1er septembre 2021, Pékin a noyé ses prétentions impériales dans l’affichage juridique de la version amandée de sa loi Loi sur la sécurité maritime - 新修订的海上交通安全法 –.

Composée de 122 articles, (voir le texte complet en anglais, pdf), la loi amandée part du préalable erroné, violant le droit de la mer, que tout l’espace marin délimité par sa « ligne en neuf traits », serait une mer intérieure chinoise. L’amendement juridique est présenté par Pékin comme un adjuvant légal légitimant les actions de harcèlement ses garde-côtes et de sa marine.

Protégeant la militarisation et l’élargissement des îlots, les deux qui s’épaulent mutuellement, s’efforcent de tenir à distance les incursions des marines occidentales notamment américaine qui se donnent la mission de protéger la liberté de navigation en haute mer.

Les aigreurs sont également perceptibles avec l’Union Européenne à propos du traitement réservé au Ouïghours au Xinjiang, qualifié par certains chercheurs occidentaux de « génocide culturel ». Elles sont aussi attisées par l’exaspération de Pékin confronté aux critiques de ses stratégies d’influence dévoilées par le rapport de l’IRSEM, que l’Ambassadeur de Chine en France Lu Shaye a qualifié de « fake news ». Lire : IRSEM. Un rapport foisonnant sur l’ampleur protéiforme des stratégies d’influence de Pékin.

La politique africaine de la Chine est un autre sujet de discorde avec l’Europe. Sans toutefois convaincre complètement, Pékin réfute que ses stratégies seraient seulement articulées à l’achat de ressources, ou/et au creusement de la dette transformant certains pays africains en vassaux économiques obligés de Pékin. Lire à ce sujet notre article : Huitième sommet Chine-Afrique. Vaccins et promesses d’une communauté de destin. Au-delà du rêve, les réalités.

L’incandescence taïwanaise.

Enfin, compte tenu de l’importance existentielle que Pékin accorde à la question, c’est dans le détroit de Taïwan que se sont récemment cristallisées jusqu’à l’incandescence les rivalités entre la Chine et l’Occident, où par réminiscence historique, Washington est en première ligne.
L’objet des tensions qui dépasse désormais la question locale des relations de l’Île avec le Continent, a été haussé par la présidente Tsai Ing-wen à une rivalité ses systèmes politiques mettant en exergue qu’une puissance autocrate harcèle une démocratie.

Récemment, faisant suite à une avalanche de survols des chasseurs de combat chinois dans les parages de l’Île dont le premier effet est de renforcer la mouvance indépendantiste et de rapprocher encore plus Washington de Taipei, Pékin qui accuse les États-Unis de ne plus respecter la politique « d’une seule chine » a commencé à sanctionner celles des entreprises taïwanaises engagées en Chine qui soutiennent le parti indépendantiste de Tsai Ing-wen.

Mais l’arme des sanctions est à double tranchant. Quant elles frappent les investisseurs taïwanais, notamment les plus gros comme Hai 鴻海 (Foxconn) elles menacent le fragile équilibre de l’offre d’emploi sur le Continent, condition de la stabilité sociale.

Dans une douzaine d’usines sur le Continent le groupe taïwanais emploie des centaines de milliers de Chinois à Shenzhen et à Zhengzhou pour assembler les iPhones d’Apple, ayant de surcroit des projets en cours à Wuhan (Hubei), à Kunshan (Jiangsu), Tianjin, Pékin et Canton.

*

Bien qu’il se réclame toujours de lui et de sa stratégie d’ouverture politiquement contrôlée, à l’intérieur, Xi Jinping adossé au retour d’un culte sans mesure de la personnalité, s’applique à corriger les vastes effets indésirables du slogan « enrichissez-vous » lancé par Deng Xiaoping, au début des années quatre-vingt dix. A l’extérieur, il développe une stratégie d’affirmation de puissance à l’exact opposé des conseils de modestie stratégique du « Petit Timonier ».

Logiquement, les frictions internationales qui en découlent ont produit les prémisses d’une rupture avec l’Occident et un resserrement des soutiens en faveur de Taïwan, devenu le point focal de la rivalité stratégique avec Washington autour de la question des libertés. Xi Jinping est certes crédité de réformes sociales et politiques, ayant en partie éliminé la pauvreté. Mais, il n’est pas tout à fait certain que ces tensions avec Washington, nombre de pays occidentaux et le Japon, ne gêneront pas la stabilité stratégique que le Parti souhaite installer à dix mois du 20e Congrès.


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