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›› Politique intérieure

L’arrangement « Un pays deux systèmes » a vécu

Mise en perspective vue de Pékin.

Vue de Pékin, la priorité absolue à Hong Kong reste la souveraineté de la Chine. Deng Xiaoping l’avait déjà mentionné à Margaret Thatcher durant les négociations de l’accord de 1984.


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S’il est la vrai que la virulence des réactions occidentales varie, elles sont unanimes à condamner la rupture de l’accord « Un pays deux systèmes » et le probable écrasement des libertés par le lourd appareil sécuritaire de Pékin.

Pour tenter de comprendre la brutalité des réactions chinoises, il est cependant nécessaire de relier l’actuel durcissement nationaliste chinois au choc subi par l’Empire au moment où, il y a presque deux siècles, éclatèrent les « premières canonnades des voiliers britanniques dans la rivière des Perles » (Jacques Gernet, Le Monde chinois).

Très rares sont en effet ceux qui, faisant un retour sur l’histoire, acceptent de se souvenir qu’il y a moins d’un siècle les mêmes qui, aujourd’hui stigmatisent le pouvoir chinois avaient, à la suite de Londres, imposé par la force l’élargissement du commerce de l’opium payable en lingots d’argent que le gouvernement des Qing tentait précisément de réduire pour mieux contrôler l’influence occidentale, notamment britannique.

S’il est un symbole qui véhicule encore le souvenir amer de ces humiliations infligées au sentiment chinois de souveraineté, c’est bien le souvenir du mythique « Port aux parfums » devenu aujourd’hui la Région Administrative Spéciale de Hong Kong.

Les défaites subies par l’Empire à l’occasion des deux guerres de l’opium, 1842 et 1860 qui, pour la première, engagèrent contre l’Empire chinois le Royaume Uni et, pour la deuxième, encore le Royaume Uni, cette fois assisté par les États-Unis et la France, sont en effet directement liées à l’histoire de Hong Kong, cédé par morceaux à la couronne britannique, l’Île de Hong Kong en 1942, la péninsule de Kowloon en 1860 et les Nouveaux territoires en 1898.

Le relativisme des promesses et l’extrême sensibilité de la souveraineté.

Si la plupart des commentateurs occidentaux considèrent qu’à Hong Kong, la Chine a rompu l’arrangement « Un pays deux systèmes », Pékin rappelant que la « Basic Law » stipule dans son article 1er que Hong Kong fait partie de la Chine, considère au contraire que la rupture est l’œuvre des manifestants qui réclament l’Indépendance.


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Les commentateurs occidentaux évoquent tous la dénonciation des accords par Pékin.

En Chine, cependant où les jeunes manifestants radicaux de Hong Kong sont considérés par l’opinion comme des enfants gâtés irresponsables, le parti et une part importante de la population considèrent que c’est l’émergence d’une mouvance indépendantiste qui constitue une rupture de l’arrangement « Un pays deux systèmes », en même temps qu’une menace pour la rétrocession et la souveraineté de la Chine.

Certains objectent que Pékin a exagéré le risque. Compte tenu de l’importance symbolique de l’enjeu de souveraineté renvoyant aussi à la légitimité historique du régime que Deng Xiaoping avait rappelé à Margaret Thatcher, il y a déjà 40 ans, Xi Jinping a manifestement considéré que la carte était trop lourde pour laisser les choses aller leur cours sans réagir.

Dans un contexte où la proportion de ceux qui pourraient plus ou moins soutenir une rupture avec le Continent a aujourd’hui dépassé 20% dans les sondages, il lui est apparu trop dangereux de laisser proliférer une idée aussi disruptive dont l’audience pourrait augmenter à la faveur des libertés de l’arrangement « Un pays deux système ».

Une enquête publiée par Reuters le 20 juin dernier montrait que la proportion de ceux qui soutiennent avec conviction l’indépendance était passée de 8% en décembre 2019 à 11% en mars et juin. Plus inquiétant, le pourcentage de ceux dont la conviction flotte à 50/50 a fortement augmenté, passé de 18% en décembre 2019 à 26% en mars 2020, pour retomber à 24% en juin.

Enfin, dernière perspective de « mise aux normes » imminente : Pour éviter de perdre « la face » aux prochaines élections législatives, le Parti utilisera la nouvelle loi sur la « Sécurité Nationale » pour mettre hors-jeu les candidats de la mouvance démocrate, ce qui logiquement videra les élections de leur sens .

Le durcissement du Parti contre la mouvance indépendantiste et ceux qui acceptent l’aide des ONG étrangères des droit de l’homme, anticipe aussi le risque qu’après la déroute des candidats pro-Pékin aux élections des conseillers de district, le 24 novembre dernier, l’opposition cristallisée contre Pékin pourrait catalyser un vote pro-démocrate permettant d’obtenir les 36 sièges de majorité aux législatives prévues en septembre.

Clairement, pour Xi Jinping et l’appareil policier, ces tendances constituent, avec celles qui recherchent l’appui des activistes occidentaux des droits, les cibles prioritaires de la loi sur la sécurité nationale. Lors des manifestations du 1er juillet, elles furent les plus surveillées par la police. Arrêtés, leurs promoteurs seront évacués et jugés à Pékin, où ils risquent de lourdes peines.

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Dans le régime de Xi Jinping, engagé sur la voie du totalitarisme politique, l’atteinte à la souveraineté constitue, comme du temps de Deng Xiaoping, un crime d’État d’une gravité extrême. Le 23 septembre 2014, Ilham Toti, de l’ethnie ouïghour, professeur d’économie à l’université de Pékin en avait fait les frais.

Ses seules fautes avaient été de s’élever contre la « sinisation » des Ouïghour et de réclamer plus de prudence et d’ouverture dans la gestion de leur particularisme culturel, conformément à l’autonomie prévue par la constitution. Forfaiture suprême, Ilham Toti avait accordé une interview à Voice of America. Il a été condamné à la prison à vie. Lire : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour.

Au demeurant, les « indépendantistes » sont, comme ceux de Taïwan, la cible prioritaire de l’appareil. Il y a trois ans, en visite à Hong Kong lors des cérémonies anniversaires de la rétrocession, Xi Jinping les avait mis en garde.

« Toute tentative contre la souveraineté et la sécurité nationales, défiant le gouvernement central et l’autorité de la loi fondamentale, ou ayant pour but de mener, par le truchement de Hong Kong, des opérations d’infiltration ou de sabotage à l’intérieur du Continent, franchirait (“toucherait 触碰 – chu peng - dans le texte chinois“) la limite extrême de ce qui est permis et ne sera pas accepté ».

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Pour autant, le parti serait avisé de ne pas considérer que la répression pure et simple pourrait constituer la solution définitive au télescopage de son système autocrate avec les libertés.

Ceux qu’il considère comme des « enfants gâtés » sont ultra-politisés. Leur détermination confine parfois au fanatisme. Il serait étonnant qu’ils en restent là. D’autant que ce qui se joue à Hong Kong est une première dans l’histoire du monde.

Il n’y a en effet jamais eu d’exemple que toute une population ayant assimilé l’indépendance de la justice, les règles de droit et les libertés publiques soit, par le truchement d’un accord international auquel elle n’a pas pris part, assignée à terme à rejoindre une dictature.

Enfin, s’il est exact que, sur le Continent, le combat des jeunes démocrates n’a pas bonne presse, il reste que, par l’effet de la censure, leur audience parmi les intellectuels chinois est mal connue.


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