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›› Chronique

Iran : Au milieu du brouillard de la guerre, Pékin s’efforce de modeler à son avantage le paysage du Moyen-Orient

ANNEXE

La République islamique du Pakistan à la croisée des espoirs de paix.

Sur cette photo diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, de gauche à droite : Badr Abdelatty, ministre égyptien des Affaires étrangères ; le prince Faisal bin Farhan Al-Saud, ministre saoudien des Affaires étrangères ; Ishaq Dar, ministre pakistanais des Affaires étrangères ; et Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères, marchent avant leur réunion consacrée à la guerre au Moyen-Orient, à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 29 mars 2026 (Ministère pakistanais des Affaires étrangères via AP).


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La caractéristique générale de la politique étrangère de la République islamique du Pakistan, à 97% musulman, puissance nucléaire à la fois proche de la Chine et des États-Unis, est qu’elle est le seul souverain capable de dialoguer avec Téhéran devenant ainsi fin mars un des espoirs de cessez-le-feu au Moyen Orient.

Sur le fond, Islamabad évolue dans un équilibre complexe instable, entre d’une part sa rivalité structurelle, historique, idéologique, religieuse et territoriale avec l’Inde, symétrique de sa proximité avec Pekin, ses ambitions de constituer un pont de l’Asie du Sud vers l’Arabie saoudite et les Émirats musulmans et ses relations obligées par 900 km de frontière commune avec l’Iran, les deux ayant été engagés ensemble depuis 1947, contre les séparatistes baloutches.

La défiance réciproque entre Téhéran et Islamabad s’était pourtant exacerbée le 16 janvier 2024, quand les deux avaient brièvement échangé une série de frappes aériennes et de drones. Déclenchées par Téhéran, elles visaient les terroristes sunnites baloutches de Jaish ul-Adl, retranchés au Pakistan, à la frontière sud-est de l’Iran.

Islamabad avait riposté deux jours plus tard avec des drones tueurs chinois Wing-Loong et des raids de chasseurs américains F-16 et chinois JF-17 et J10-C contre la ville iranienne de Saravan à 50 km de la frontière sud-ouest du Pakistan. Les deux s’étaient mutuellement accusés que leurs frappes avaient tué des civils.

Alors que le Pakistan est souvent accusé d’abriter par laxisme ou/et opportunisme des groupes terroristes réfugiés d’Afghanistan ou d’Iran, la flotte des chasseurs de combat de l’armée de l’air pakistanaise qui va des F-16 américains Falcon modernisés aux modèles de l’aéronautique militaires chinoise (JF-17, Block I, II et III) avec des perspectives d’achat à terme des J-31 et J-35 A, derniers nés de la 5e génération furtive produite à Shenyang, ouvre une autre fenêtre sur la complexité des relations extérieures du Pakistan.

Avec les États-Unis, la relation est heurtée et en « dents de scie », articulée à la fois à de intérêts de sécurité stratégique et économique et à l’inconfort de Washington gêné par la proximité entre Islamabad et Pékin.

Mais le fait est que depuis 2002, le Pentagone considère le Pakistan comme un de ses alliés majeurs hors OTAN, acteur essentiel de la stabilité régionale face au risque terroriste d’Afghanistan. Vue de Washington, l’importance de la relation stratégique suivie de près par la CIA, est d’autant plus cruciale que le pays doté de l’arme nucléaire qui augmente et perfectionne son arsenal balistique, est jugé vulnérable aux groupes terroristes.

C’est dans ce contexte, qu’en décembre 2024, le Département d’État avait infligé des sanctions contre 4 entités pakistanaises accusées de produire des missiles balistiques à longue portée dépassant les nécessités de la sécurité du théâtre de l’Asie du Sud.

En 2025, pourtant, Islamabad et Washington ont recalibré leur relation autour du partage institutionnalisé de renseignements antiterroristes et de projets de coopération dans le secteur de l’IA et des nouvelles technologies.

Enfin, au plan économique et commercial, les États-Unis restent la première destination des exportations du Pakistan (6 milliards de $ en 2025, - textiles, riz, équipements informatiques -) loin devant la Chine (3 milliards de $).

Mais alors que 2,5 millions de Pakistanais travaillent en Arabie Saoudite et que le Pakistan importe la totalité de son pétrole et de son gaz du Golfe persique, Islamabad a tout récemment renforcé sa relation avec Ryad par un pacte de défense mutuelle.

Signé en septembre 2025, il inclue une possible coopération nucléaire faisant d’Islamabad un autre garant potentiel de la sécurité du Royaume saoudien, signalant au passage une diversification des liens de sécurité du Pakistan à d’autres acteurs que Washington.

Le pivot des relations stratégiques d’Islamabad est sans conteste Pékin.

La Chine est en effet à la fois l’un des principaux fournisseurs d’armes et de technologies modernes du Pakistan, y compris dans le domaine nucléaire civil (Centrales de Chiasma et de Karachi) et du nucléaire militaire pour lequel Pékin a, dans les années 80, fourni des éléments techniques essentiels.

Du point de vue d’Islamabad, la coopération stratégique avec Pékin qualifiée de « tout temps » qui touche aujourd’hui aux équipements de défense (avions, missiles capables de porter des ogives nucléaires, systèmes de défense aérienne HQ-19), à l’espace, à l’IA et aux technologies nucléaires avancées, assure l’équilibre stratégique avec l’Inde (170 à 180 ogives chacun) dans un contexte où les relations entre Pékin et New-Delhi restent elles-mêmes empreintes de défiance.

Contredisant les postures de neutralité de Pékin dans les tensions en Asie du Sud, la proximité stratégique entre Islamabad et Pékin s’est confirmée lors de l’explosion de violence entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire, au printemps 2025.

L’escalade militaire de grande ampleur, dont l’étincelle fut un attentat le 22 avril contre des touristes dont 28 avaient été tués, perpétré au Cachemire indien par le groupe terroriste « The Resistance Front » pour l’indépendance du Cachemire basé au Pakistan, avait opposé l’armée de l’air indienne à celle du Pakistan.

Après les affrontements qui, au passage semblent avoir confirmé un avantage de la chasse pakistanaise, Islamabad et Pékin ont très vite tenu à réaffirmer la solidité de leur relation dont le socle reste la puissance du « Corridor pakistanais » des « Nouvelles routes de la soie » établi en 2015 (lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance).

Le 20 mai 2025, dix jours après le cessez-le-feu, le MAE chinois Wang Yi, recevait à Pékin le vice-premier ministre et MAE pakistanais Ishak Dar qui, à cette occasion avait condamné la « décision unilatérale et illégale » de l’Inde de suspendre, après l’attentat du 22 avril, le Traité des eaux de l’Indus (TIE), accord de partage des eaux conclu entre les deux il y a soixante ans.

Lire le §, « La difficile neutralité chinoise » de notre article : Shangri-La Dialogue 2025. Éruption en Asie du Sud, guerre des communiqués et montée des risques de déflagration globale &, sur la guerre de l’eau : Entre la Chine et l’Inde, sur le toit du monde, « La bataille de l’eau. ».


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