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La comédienne et réalisatrice Jia Ling, « star » des réseaux sociaux

Jia Ling, avant et après sa perte de poids. A gauche à l’époque de ses prestations de Xiangsheng dans les émissions de variétés. A droite l’affiche du film « YOLO. You Live Only Once », en Chinois « 热辣滚烫– Chaud épicé et bouillant - ». Photos publiées par China Daily.


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NDLR : L’analyse des réseaux sociaux qui suit s’appuie sur le travail d’Andrew Methven qui publie « Slow Chinese News Letter ».

Dans le monde du spectacle, la dernière coqueluche des réseaux sociaux durant les fêtes du Nouvel an chinois s’appelait Jia Ling 贾玲, 42 ans, de son nom complet Jia Yuling (贾俞玲).

Elle fut d’abord une célèbre interprète de xiangsheng 相声. Art populaire folklorique originaire du Nord, datant du XIXe siècle, il est un échange du tac au tac sur scène par deux ou trois interprètes comiques qui brocardent les travers de la société au moyen de jeux de mots et d’imitations parfois grotesques ou vulgaires.

A ce titre, Jia avait participé en 2010 au gala national de la fête de printemps – elle avait 28 ans -, avant de devenir une invitée régulière des émissions de variété, puis de fonder sa propre société de production.

En 2021, sa popularité a changé de nature quand elle avait réalisé et produit le film 你好,李焕英- Bonjour Li Huanying, traduit en Anglais par « Hi Mom » [Li Huanying, est précisément le nom de la maman de Jia Ling dans la vie et dans le film dont elle interprétait elle-même l’héroïne, une jeune femme dont la mère avait été tuée dans un accident de voiture. Dans cette émouvante plongée vers les années 80 Jia ling interprétait la version plus jeune de sa mère.]

Il y a trois ans, à l’occasion du nouvel an, le film avait rapporté 5,4 Mds de Renminbi (750 millions de Dollars au taux de change actuel), ce qui, à l’époque en avait fait le plus grand succès de tous les films de l’histoire réalisés par une femme.

Sorti sur les écrans le 10 février, également, le jour du Nouvel an, son dernier film s’appelle « 热辣滚烫 re la gun tang – Chaud épicé et bouillant - » (et dans sa version anglaise YOLO – « You Only Love Once-. ») Le succès fut éclatant.

Au bout de trois jours, les recettes avaient atteint 4,4 Milliards de Yuan soit 610 Millions de Dollars, s’approchant des recettes record du film « Avengers : Endgame ».

Superproduction héroïque d’aventures intersidérales, produite par MCU (Marvel Cinematic Universe) le film avait en seulement un week-end rapporté 859 Millions de Dollars dans 43 pays – y compris en Chine où, au passage, l’enthousiasme du public pour le genre fantastique intersidéral avait contribué à son succès -.

(Lire le succès de la « Terre à la dérive », magistral et fulgurant record du Box-Office chinois en 2019 : « La terre à la dérive » : Une superproduction chinoise).

Il restera à vérifier si YOLO continuera sur sa lancée en 2024 pour atteindre les 2,797 Mds de Dollars de recettes « d’Avengers : Endgame » en 2019.

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Mais, de manière plus prosaïque, sur les réseaux sociaux c’est la considérable perte de poids de Jia Ling qui avait attiré l’attention. Dans un message sur Weibo du 11 janvier, Jia racontait qu’elle travaillait sur le film depuis un an et que, pour jouer le rôle, elle avait perdu pas moins de 50 kg.

L’enthousiasme pour Jia Ling admire aussi sa perte de poids.

Son nouveau « look » passionne ses « fans ». Le contraste entre son physique amaigri et son ancienne apparence « boulote » créa dans les imaginations une projection symbolique, rejoignant le thème central du film qui glosait sur la « rédemption » exprimée par sa « transformation physique radicale. » 脱胎换骨 tuo tai huan gu (L’expression à quatre caractères très employée en Chine, désigne un changement définitif. Mot à mot, il signifie crûment : « extirper le fœtus et changer les os »)

Inspiré du film japonais « Un amour à 100 Yuan » (百元之恋 – Bai Yuan zhi Lian) sorti en 2014, YOLO suit le parcours de Leiying restée chez ses parents pendant de nombreuses années.

Après avoir vécu les frustrations du repliement et de l’échec, elle commence une nouvelle vie au moment de sa rencontre avec l’entraîneur de boxe Hao Kun. Surmontant grâce à lui les défis de ses blocages psychologiques, elle trouve dans l’entrainement physique et la compétition le moyen de reprendre le contrôle de sa vie.

Les thèmes de YOLO envahirent les réseaux sociaux de la nouvelle année.

« La mutation physique » - 改变自身的贾玲- Gaibian zishen de Jia Ling, « par la boxe » - 在打拳的过程中- Zai daquan de guocheng zhong, objet de l’engouement du public, symbolisait 形象Xinxiang « sa nouvelle estime de soi » 她关爱自己 – ta guan ai zi ji - et « ses capacités à se protéger » 隔绝他人 Gejue ta ren [s’isoler] « des agressions »伤害Shanghai [blessures, nuisances] dont elle était victime du temps de son apparence empâtée.

Le sens opportuniste des affaires n’a pas manqué d’éveiller les imaginations. La photo de Jia Ling a servi aux publicités pour des pertes de poids 减肥 Jianfei et s’affichait dans les gymnases 健身房 Jian Shen Fang pour des programmes de développement 练成 Lian Cheng [Pratique] des abdominaux 肌马甲线 Ji majia xian.

On notera enfin que l’engouement public chinois pour l’intimisme psychologique s’éloigne du nationalisme triomphant des précédentes superproductions. La tendance émerge clairement chaque année dans les films chinois présentés au festival de cinéma de Berlin.

En contraste avec le nationalisme à grand spectacle.

Comme à son habitude, la récente Berlinale 2024 (15 au 25 févier) présentait plusieurs réalisations chinoises explorant la complexité de la psychologie humaine et des relations sociales.

Même le film de science-fiction “The moon also rises”, où s’efface la barrière entre le réel et le fantastique, de Wang Yuyan, 35 ans, imprégnée des influences artistiques et cinématographiques françaises, apporte, par ses effets de lumière « une douceur ambiguë » très éloignée des superproductions fantastiques. (lire : Berlinale, Entretien avec Yuyan Wang).

Imaginé par la réalisatrice après le projet ambitieux de scientifiques chinois de créer des « Lunes artificielles » révélé en 2018 (voir l’article du Figaro du 19/10/2018 La Chine veut lancer une Lune artificielle pour éclairer la Terre), « The moon also rises » est à la fois un court-métrage intimiste et une réflexion philosophique sur l’état de l’humanité.

Tout en abordant « le grandiose fantastique », il questionne les évolutions d’un monde inondé de dispositifs lumineux omniprésents « comme des extensions humaines permettant de tout percevoir, tout le temps et de n’importe où ».

En somme, dit Wang Yuyan, diplômée des Beaux-Arts de Chine (2012) et de Paris (2016) « le film s’adresse aussi à nos corps, à la fois opaques et vulnérables, pris dans une époque obsédée par la quête incessante de visibilité de transparence et de connectivité. »

Un autre court-métrage chinois présenté à la Berlinale 2024, mérite attention. « Remains of the Hot Day » 日天年后 (Ours d’argent du meilleur court métrage) de la réalisatrice Zhang Wenqian, 张文倩, 32 ans.

Diplômée des beaux-arts de Chicago en 2019, elle réussit à mettre en scène l’atmosphère et les émotions familiales de la Chine des années 90, en même temps que l’esprit ayant imprégné durant trois générations les murs d’une maison familiale.

« Le père travaille dans la lointaine Shenzhen et est rarement à la maison. La grand-mère cuisine et surveille les enfants. L’air est rempli de légèreté, de désir, d’inquiétude et d’épuisement. » [Ce sont] « Les souvenirs d’une époque révolue, racontés du point de vue de la fillette de six ans [que l’auteur était alors] »

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Le film YOYO qui s’éloigne des superproductions intersidérales épiques et nationalistes a aussi suscité des commentaires contrastés.

Certains estimaient que son point clé 它的内核 - nei he ou les arguments essentiels 杀手锏 sha shou jian [mot à mot la « massue tueuse »] de son succès était la boxe. D’autres que c’était la perte de poids - 减重100斤 – Jian Zhong 100 jin –.

Mais quelques-uns y ont vu avant tout une ode au féminisme chinois. « Le cœur du film » - dit un internaute - n’a rien à voir avec la Boxe ou la perte de poids », 无关拳击与减肥 ; « En revanche » 反倒 fandao, « il décrit » 描写 miaoxie « comment l’héroïne »女主角 nü zhu jiao se « trouve » elle-même 找到自我 – Zhao Dao zi wo.

Certains enfin reconnaissent que le film qui mettait en scène l’implication personnelle 靠肉身 [mot à mot « appuyée sur son physique »] de l’héroïne, a contribué 贡献 gongxian à apporter une certaine sincérité 诚意 chengyi, à la futilité superficielle de l’industrie du divertissement 内娱 – neiwu-.


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