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›› Politique intérieure

La réunion annuelle des deux assemblées et la guerre en Ukraine. Décryptage

Wang Yi, un feu nourri contre Washington.

Après avoir rappelé la richesse des liens avec Moscou, capables de résister aux tempêtes de l’actuelle situation internationale, Wang Yi a développé une longue critique des hypocrisies américaines, contrastant violemment avec le fond et le ton plus conciliant du premier ministre.

« Les dirigeants et hauts responsables américains n’ont cessé de déclarer que les États-Unis n’avaient aucune intention de se lancer dans une nouvelle guerre froide ou de changer le système chinois ; que la revitalisation de leurs alliances n’était pas anti-chinoise ; qu’ils ne soutenaient pas l’indépendance de Taiwan et ne chercheraient pas la confrontation avec la Chine. » (…)

« Hélas, ces déclarations n’ont été que des assurances verbales. La réalité est que les États-Unis se donnent beaucoup de mal pour s’opposer à nous de toutes leurs forces, dans une concurrence intense, à somme nulle. » (…) « Ne cessant de nous provoquer sur nos intérêts fondamentaux, ils ont récemment pris une série d’initiatives pour mettre sur pied des petites alliances anti-chinoises ».(…)

Oubliant qu’en mer de Chine du sud, les prétentions de Pékin violent le droit de la mer et que les démonstrations de force de son aviation au dessus du Détroit de Taïwan attisent encore la défiance de la population de l’Île devenue démocratique à l’égard du Continent resté une puissante autocrate, il ajoutait que « Ces actions (de Washington) sapaient les relations globales avec les États-Unis. » (…) « Menaçant la paix, elles perturbaient la stabilité internationale ».

Enfin, empreint de l’exigence cardinale d’indépendance stratégique souveraine, devenu le maître mot de la politique étrangère depuis 2012 selon les idées développées par Wang Hunning (lire : Wang Hunning, l’architecte « du rêve chinois. » Par Théophile Sourdille. (IRIS)), et faisant allusion au boycott des JO par une quinzaine de pays pour la plupart occidentaux rejoints par le Japon, il concluait, que « La Chine était un pays souverain et indépendant. » (…) « Face aux actions irresponsables qui la menacent, elle avait le droit de faire ce qu’elle jugeait nécessaire pour défendre sans faiblir ses intérêts légitimes. »

Interrogé par Reuters sur le conflit en Ukraine, alors que les médias et le discours de l’appareil qui, au déclenchement de l’attaque russe hésitaient à qualifier l’attaque « d’invasion »reconnaissaient clairement qu’une guerre avait éclaté en Europe - 战火 zhan huo, (conflagration militaire) -, Wang Yi a abandonné son discours anti-américain qu’il a laissé au Waijiaobu et préféré concentrer sa réponse sur le rejet de la guerre, le respect de la Charte des NU et les propositions humanitaires de la Chine.

A propos de l’Ukraine, Wang Yi a laissé la vindicte anti-américaine au Ministère des Affaires étrangères.

Après avoir rappelé qu’en téléphonant à Vladimir Poutine à la recherche d’une solution pacifique, Pékin adoptait une attitude « objective et impartiale 客观公正的态度 », le Ministre a évoqué les exigences de protéger les civils, de prévenir une crise humanitaire, de soutenir les personnes déplacées et, songeant aux nationaux chinois, d’assurer la sécurité des résidents étrangers.

En revanche, le 3 mars, réagissant avec aigreur à un article du New-York Times qui spéculait sur le fait que Pékin aurait été mis au courant par Moscou de l’attaque du 24 février contre l’Ukraine, Wang Wenbin l’un des porte-parole du MAE a abondamment développé les longues racines de la crise, s’appuyant même sur les déclarations de George Frost Kennan au printemps 1998, à l’époque âgé de 94 ans.

Inventeur de la politique de « Containment » destinée à endiguer l’expansion soviétique durant la guerre froide et brièvement ambassadeur à Moscou en 1951 – 1952 dont il fut chassé par Staline pour avoir déclaré qu’il se « sentait prison », il s’était publiquement élevé contre l’extension de l’OTAN vers l’Est.

Son discours prémonitoire n’a pas été écouté par l’administration Clinton. « Je pense que c’est le début d’une nouvelle guerre froide. (…) Les Russes vont graduellement réagir de manière hostile, ce qui va affecter leurs politiques. Je pense que c’est une erreur tragique. » […]

Il ajoutait « Cette expansion ferait se retourner les Pères fondateurs dans leurs tombes. » […]« Notre différend pendant la guerre froide nous opposait au régime communiste soviétique. Et maintenant nous tournons le dos au peuple même qui a fait la plus grande révolution de l’histoire sans effusion de sang pour mettre fin à ce régime soviétique » (Thomas L. Friedman, « Foreign Affairs, et New-York times, mai 1998. »

Utilisant la transparence des archives de l’Occident, quand celles de la Chine sont soigneusement occultées, parfois réécrites, Wang Wenbin pointait clairement du doigt la responsabilité de Washington.

Détour par l’image d’un très ancien proverbe. Et toujours la lancinante question de Taiwan.

« Ceux qui ont créé le problème devraient être ceux qui le résolvent. Nous espérons que les initiateurs de la crise réfléchissent à leur rôle dans la crise ukrainienne. 解铃还须系铃人. 希望危机的始作俑者好好反思一下他们在乌克兰危机当中所扮演的角色. »

Les premiers mots elliptiques de la formule chinoise « 解铃 还须系铃人 » - ceux qui ont attaché la cloche doivent la retirer - » font allusion à un conte de Huì Hóng 惠洪, poète de la dynastie Song, auteur d’ouvrages sur les contes bouddhistes.

Auteur du blog slowchinese.net d’apprentissage de la langue chinoise, Andrew Methew explique qu’un Maître bouddhiste de la dynastie Song qui avait demandé à ses élèves comment faire pour retirer la cloche dorée du cou du tigre 老虎, s’entendit répondre que « C’était celui qui l’avait attachée qui devait être le premier à prendre le risque d’essayer ».

En juillet 2021, le proverbe avait été cité dans un autre contexte pour inciter les groupes du numériques à faire plus d’efforts pour dissiper les symptômes de dépression de leurs personnels accablés par le surcroît de travail.

En 2014, Xi Jinping l’avait utilisé pour stigmatiser les journalistes occidentaux qui se plaignaient des délais pour obtenir des visas pour la Chine dans les consulats. Dans son esprit, s’ils souhaitaient que la procédure s’accélère, les journalistes étrangers devaient d’abord se conformer aux souhaits du Parti de ne pas exagérer leurs critiques de la Chine.

*

Une autre controverse méritant attention a été soulevée par un journaliste de Bloomberg. Sa question répétait l’amalgame fait par de nombreux médias ou groupes d’influence, y compris à Taiwan, selon lequel l’attaque de l’Ukraine par son allié russe pourrait inciter Pékin à lancer une attaque contre l’Île. Il s’attira d’abord une mise au point acerbe précisant que les deux questions n’avaient rien en commun.

« Taiwan est une partie inaliénable du territoire chinois, et la question de Taïwan est entièrement l’affaire intérieure de la Chine. La question de l’Ukraine est née d’un conflit entre deux pays, à savoir la Russie et l’Ukraine. » (…) « L’amalgame qui dit défendre le principe de souveraineté de l’Ukraine, sape en réalité la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Chine sur la question de Taïwan. Il exprime de manière flagrante un double standard. ».

Puis, ignorant toujours que la population de l’Île rejette sans nuance la réunification, soit qu’elle soit de la mouvance de rupture de Tsai Ing-wen qui combat le principe même du rattachement au Continent, soit qu’il s’agisse de l’opposition du KMT, en théorie soutien de la « politique d’une seule Chine », héritée de Tchang Kai-chek, mais hostile à la réunification sous l’égide de l’actuel régime, il a blâmé la Présidente Tsai Ing-wen.

Il est vrai qu’agitant le « chiffon rouge » de deux États séparés, dont, dit-il, la perspective ne fera que compromettre le futur de l’Île, l’actuelle présidente démocratiquement élue par les Taïwanais, pourrait elle aussi, avec ses électeurs être accusée d’avoir « accroché la cloche au coup du tigre. ».

Il reste que la voix du peuple est une carte sauvage, que le Parti refuse de considérer.

A Taïwan, le sentiment identitaire progresse, tandis qu’une très forte majorité rejette l’idée de réunification avec la Chine. La dernière enquête complète d’opinion sur cette question très sensible des relations dans le Détroit date du 10 janvier 2022, par l’Université Nationale Chengchi 国立政治大学. Si le rejet du continent est presque unanime, la relation à l’indépendance biaisée par les menaces militaires de Pékin, est ambiguë.

En dépit de la montée du sentiment identitaire de rupture, environ 10% se déclarent en faveur de la réunification. En revanche, l’attachement au statu-quo se retrouve dans 84,5% des réponses, soit qu’on souhaite son maintien indéfiniment, soit qu’il doit conduire à la réunification ou à l’indépendance.

Examinée en détail, l’étude montre que les partisans de la réunification immédiate ne représentent que 1,4%. Ceux qui souhaitent que le statu-quo avance vers la réunification comptent pour 6%. Les adeptes du statu-quo, avec un décision de réunification ou non reportée à plus tard, comptent pour 28,4%, en baisse régulière.

En revanche, ceux en faveur du statu-quo avec une perspective d’indépendance représentent 25,1%. Ceux qui souhaitent que le statu-quo soit maintenu indéfiniment comptent pour 27,3%. En dépit des menaces militaires de Pékin, les partisans d’une indépendance immédiate représentent 6%.

Enfin dans une note publiée en février 2022, la Brookings concluait après une étude menée sur un échantillon de 1000 Taïwanais que la « rupture identitaire » n’était pas en majorité un rejet de la culture chinoise, mais du Parti Communiste.

Quelles que soient les tranches d’âge, l’adhésion à la culture chinoise est comprise entre 45 et 60%. Les plus réticents étant les 30 – 39 ans (45%). Et les plus enthousiastes (65%) étant les 60 ans et plus. Qu’ils adhèrent ou non, 74% considèrent même que les deux cultures sont identiques.

En revanche, toutes les tranches d’âge ont une opinion défavorable du Parti Communiste. Les 30 – 39 ans à 75%, suivis des 20 – 29 ans (73%), des 40 – 49 ans (68%). Les hésitants sont les plus de 60 ans, dont 28% ont mauvaise opinion du Parti communiste chinois et 25% une bonne. En moyenne, 63% ont une mauvaise opinion, 8% une bonne, tandis que 29 % ne savent pas.


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