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›› Editorial

Le « Chien de terre » et l’héritage ambigu du Coq. La Chine entre le Droit et l’affirmation culturelle globale

L’ambition globale des nouvelles routes de la soie.

Exprimant la légitime ambition chinoise de jouer un rôle éminent dans le monde sur un mode pacifique et coopératif tranchant avec les agressivités américaines les projets Yi Dai Yi Lu sont à la fois connectés au « rêve chinois » et au vieux mythe très positif des « routes de la soie », symbole dans l’imaginaire public des relations apaisées entre l’Europe et la Chine, s’inscrit dans une double réactivité.

Présentés pour la première fois à Astana par le Président Xi Jinping en 2013, ils furent d’abord une riposte au « pivot » américain de Hillary Clinton, quand en 2011, Washington décida de basculer l’épicentre stratégique américain de l’Europe vers l’Asie autour d’un renforcement militaire dans le Pacifique occidental et du projet économique et commercial du Transpacific Partnership (TPP) avec 12 pays riverains du Pacifique, dont la Chine était exclue par la rigueur des conditions d’accès, mais où les grands rivaux de la Chine en Asie que sont le Japon et le Vietnam, étaient accueillis à bras ouverts par Washington. Lire : Le « Trans-Pacific Partnership – TPP - », nouvelle bévue stratégique américaine ?

L’autre origine directe du projet fut plus prosaïque. Alors que Pékin avait immédiatement perçu le TPP et le « pivot » comme des stratagèmes américains destinés à freiner la montée en puissance de la Chine - mais dont il est juste de dire que ses revendications agressives, contre le droit de la mer, sur la totalité de la mer de Chine, avaient attisé la réaction américaine -, la Direction chinoise, confrontée à un ralentissement de la croissance passée entre 2010 et 2013 de 10,4% à 7,5% cherchait des débouchés pour ses groupes nationaux essentiellement dans le secteur de la construction d’infrastructures.

Le point d’orgue du projet eut lieu à Pékin, le 14 mai dernier, lors d’un vaste séminaire organisé par le Parti dont QC avait rendu compte signalant à la fois l’ampleur exceptionnelle de l’entreprise et ses vulnérabilités.

Lire : 一带 一路, le projet pharaonique des routes de la soie à 1700 milliards de $.

Depuis cette date, le Ministre des Affaires étrangères Wang Yi et les médias officiels chinois ayant rivalisé de commentaires hyperboliques, ont connecté le projet avec le « rêve chinois » et l’ambition de jouer un rôle moralement édifiant dans le monde, mais dont l’aspiration universelle et apaisante n’en tranche pas moins avec les vastes prétentions territoriales de Pékin en mer de Chine du sud et l’inflexible projet de réunification avec Taïwan à contre courant des aspirations de statuquo de la population de l’Île.

Une affirmation de prévalence culturelle et morale.

Après le 18 octobre Wang Yi affirmait que les nouvelles routes de la soie étaient « la plus vaste et la plus populaire plateforme de coopération internationale », ajoutant que Pékin était aussi devenu « la force la plus active pour l’instauration d’une gouvernance globale propre à résoudre les défis du monde ».

Dans la foulée il ajoutait que la Chine avait « augmenté son droit de poser les règles du fonctionnement des Affaires du monde », (…) et était désormais « capable de proposer un modèle de modernisation aux pays en développement ». (Wang Yi discours du 19 octobre au lendemain du rapport de Xi Jinping au Congrès).

Tirant profit des doutes causés par les provocations de Donald Trump dans la sphère occidentale, le MAE chinois s’est aussi aventuré sur le terrain de la morale publique, prônant une style nouveau de relations internationales articulées au « respect », à la « loyauté », aux avantages partagés « gagnant – gagnant », tournant le dos à la « loi de la jungle, laissant les faibles à la merci des plus forts ». Disant cela, il dessinait l’image d’une Chine vertueuse donnant l’exemple le plus accompli de « la morale humaniste planétaire ».

Au passage, ciblant directement Washington, il soulignait que la « bénévolence » chinoise contrastait radicalement avec l’égoïsme de « certains », « cherchant la sécurité uniquement pour eux-mêmes » et n’hésitant pas à déstabiliser les autres et à renverser leurs gouvernements par le stratagème des « révolutions de couleur ».

Exemple des effets pervers des stratégies chinoises, le discours sur la menace posée par « les révolutions de couleur » fomentées par Washington et les ONG des droits de l’homme tient aujourd’hui le haut du pavé au Cambodge. Dans l’ancien protectorat français passé sous l’emprise politique et financière de la Chine, le régime de Phnom-Penh animé par l’héritage doublement toxique du communisme vietnamien et des Khmers Rouges dont est issu le premier ministre au pouvoir depuis plus de 30 ans, vient de dissoudre l’opposition qu’il accuse de trahison.

Dans ce contexte, tout contestataire du pouvoir prédateur et meurtrier coutumier des captations de terres distribuées aux investisseurs chinois ou à leurs prête-noms est soupçonnée de « fomenter une révolution de couleur » et risque une lourde condamnation par la justice khmère qui, à l’image de la chinoise, a depuis longtemps abandonné le principe de son indépendance face à l’exécutif.

Déjà l’emprise protéiforme de Pékin, de ses méthodes et de ses affaires provoque la réaction des populations locales dessinant les limites explosives de l’influence chinoise posant des risques homothétiques de ceux explorés pour l’Europe centrale et orientale par François Godement et Abigaël Vasselier cités plus haut.

La dernière occurrence méritant attention dans le bilan de l’année du Coq est la puissance irréductible et tranchante de la lutte contre la corruption dont la violence tous azimuts porte en elle ses propres limites.

Les contradictions de la lutte anticorruption.

Immédiatement après le Congrès, Xi Jinping a proposé d’établir, en plus de la Commission de discipline du Parti une nouvelle structure de lutte contre la corruption désignée sous le vocale de Commission Nationale de Contrôle (国家监督委员会). Dotée de pouvoirs encore plus étendus, toujours en marge du droit constitutionnel chinois et de l’indépendance de la justice, la nouvelle structure permettraient d’élargir la bataille contre les prévarications au-delà du scope du Parti, aux membres des groupes publics et des institutions académiques nationales, dont le nombre, au moins 60 millions, s’ajouterait aux 89 millions de sociétaires du Parti Communiste.

Alors que des dizaines d’avocats bravant la répression, se sont élevés contre le projet dénonçant le danger d’arbitraire, il est probable qu’en l’absence de contre pouvoir au sommet, le projet ira de l’avant perpétuant et accentuant la bourrasque de la lutte contre les corrompus.

Toujours très populaire dans l’opinion publique, la bataille qui s’articule essentiellement autour de dénonciations anonymes installe cependant une psychose paralysante au sein de l’appareil et porte le risque de provoquer « une nécrose intellectuelle et sociale » exactement contraire à liberté d’expression nécessaire l’innovation. « Si toute critique est interdite, pourquoi nous demander notre avis, dit un internaute sur « wechat ». A moyen terme elle porte le risque de dégénérer en lutte de clans.

Dans l’imaginaire astrologique chinois, le « Chien de terre » symbolise non seulement l’intelligence, l’assiduité, la sincérité et l’honnêteté désintéressée, mais aussi un esprit fantasque et aventureux.

De ses vertus, dont chacun espère qu’elles sauront le protéger des penchants lunatiques du Chien, le régime aura bien besoin pour naviguer au milieu des contradictions d’une situation où, à l’intérieur, animé du sentiment honorable de l’urgence et de la nécessité de correction éthique, il se réclame du « droit » tout en le niant par ses initiatives, tandis qu’à l’extérieur, emporté par son rêve patriotique auquel il attribue une portée globale, la puissance de ses manœuvres intrusives provoquent en retour des sentiments adverses de défiance.

- Discours du président Xi Jinping à la clôture du 19e Congrès
- Lire aussi : Les incertitudes de l’année du Coq.


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