Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Le « Chien de terre » et l’héritage ambigu du Coq. La Chine entre le Droit et l’affirmation culturelle globale

Retour sur les intentions du 19e Congrès.

Puissante mise en scène politique, calibrée par la propagande, étroitement surveillée par la sécurité d’État et la police qui, cette année, filtraient les passants dans un rayon de 2 km autour du Palais du Peuple, le Congrès fut fidèle à ce qu’il a toujours été : un vaste affichage du volontarisme politique et économique du régime, ayant trois objectifs majeurs :

1. Rendre publique la nouvelle composition des organes dirigeants du Parti – comité permanent, bureau politique, comité central et leurs secrétariats, ainsi que celle de la commission militaire centrale et des commissions centrales de discipline et d’organisation -. A cet égard, plusieurs promotions en disent long sur les intentions du régime.

L’entrée au Bureau Politique de Yang Jiechi, ancien ambassadeur à Washington confirme qu’un des axes de la politique étrangère de Pékin sera de résister aux pressions économiques, stratégiques et idéologiques des États-Unis ;

Celle de Wang Hunning, Directeur depuis 2002 du Centre de recherche politique du Comité Central auteur de la théorie revisitée des « caractéristiques chinoises » formulée par Deng Xiaoping il y a 30 ans, mais inscrite dans la constitution en attribuant sa paternité à Xi Jinping, atteste le rejet des valeurs de la démocratie et de la séparation des pouvoirs dont le régime nie l’universalité.

De même la promotion au 10e rang protocolaire du régime de Liu He, économiste réputé et internationalement reconnu, est un signal que le Parti continuera à réformer les structures économiques et industrielles, mettant l’accent sur la bonne gestion des groupes publics, leur transparence financière, la responsabilité ses conseils d’administration et leur indépendance par rapport au pouvoir politique. Ce dernier ayant récemment laissé flotter l’idée que l’ère du sauvetage systématique des groupes mal gérés et en déshérence que le Parti qualifie lui-même de « zombies – 僵尸 jiang shi mot à mot “raides et morts » », était terminée.

Enfin, la nomination de Chen Quanguo au BP valide les politiques du régime au Tibet et au Xinjiang. Aujourd’hui à la tête de la grande province occidentale peuplée à près de 50% de Ouïghour, Chen avait acquis ses titres de gloire au Tibet où, affecté en 2011pendant l’épidémie de suicides de moines par le feu, il avait mis en place un réseau de postes de surveillance policière quadrillant le pays de manière serrée, fermant Internet et imposant une règle s’apparentant à une loi martiale, mise en œuvre avec le concours des locaux.

Au point que les informations sur la province devinrent rares. Simultanément Pékin a accéléré ses efforts de développement. Affecté au Xinjiang en 2016, Chen a appliqué la même stratégie de maillages sociaux, baptisée 社会 网格化管理, dont une des caractéristiques est une omerta totale sur l’information en provenance de la province.

Jessika Blake de la Brookings note que ces tendances formalisées au cours de ces dernières années par l’expression ambiguë « d’innovations dans les domaines ethniques et religieux 民族 宗教 工作创新 » n’ont rien d’étonnant dans un contexte où les préoccupations de sécurité au Xinjiang et au Tibet ont désormais pris le pas sur l’ancienne politique de tolérance des minorités dont le Parti a longtemps fait un des thèmes centraux de sa propagande.

*

2. Préparer le rapport final du Comité Central comprenant le bilan des 5 dernières années et la feuille de route du Parti–État jusqu’en 2022, dans les domaines politique, économique, culturel, diplomatique, à quoi s’ajoute la stratégie interne visant à consolider l’emprise du Parti sur le pays et la société, dont la responsabilité incombe à tous mais plus spécialement au département de la propagande et à la Commission d’organisation.

On y retrouve, toujours exprimée par le rapport de Xi Jinping, l’ancienne contradiction sémantique communiste du « respect du droit » et de la « démocratie » mais limités par l’obédience inconditionnelle au Parti, présentée comme un « avantage politique unique des “caractéristiques spéciales“ du socialisme chinois – 我国 社会 主义民族政治的特有形式和独特优势 – » ; la « négociation / consultation - 协商xieshang - » n’étant, dit le rapport, que le moyen de renforcer le rôle dirigeant du Parti 实现 党 的 领导 ».

*

3. Réaffirmer que le Parti est la seule organisation politique capable de conduire la Chine sur la voie de la modernisation et de la puissance, avec, en arrière-pensée, jamais bien éloignée, la revanche à prendre sur l’histoire et le temps où la Chine était envahie et dépecée par « l’alliance des huit puissances 八国联军 » (Grande Bretagne, États-Unis, France, Russie, Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie, Japon).

Ajoutant une perspective historique aux rapports précédents des 17e et 18e Congrès qui mettaient l’accent sur le rôle positif du Parti dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté, celui du 19e connectait aussi le présent avec les 5000 ans d’histoire, depuis les origines jusqu’à la prise de pouvoir par le Parti le 1er octobre 1949.

Au passage, les références aux guerres de l’opium qui, dit le rapport, « plongèrent l’Empire du Milieu dans la honte et la souffrance – 使 中国 陷入 耻辱 和 痛苦 之中 » permettent aujourd’hui encore de justifier l’âpreté de la lutte à venir contre « les forces qui menaceraient la souveraineté de la Chine et tenteraient de créer un fossé entre le Parti et le peuple chinois ». On ne saurait mieux dire pour tenir à distance les critiques qui stigmatisent les manquements au droit du régime et les nouvelles ambitions internationales chinoises.

La quête universelle des « caractéristiques chinoises »

Fidèle à la forme et aux objectifs immuables du parti, le Congrès n’en a pas moins été marqué par plusieurs originalités exprimées par le discours de 3h30 de Xi Jinping. Insérées dans la « vision » du « rêve chinois » - 中国梦 – et de la renaissance - 复兴- de la Nation, les modalités de la modernisation du pays se parent d’un parfum d’épopée que le Parti qualifie « d’ère nouvelle » ; en même temps, elles s’articulent à une trajectoire spécifiquement chinoise culturellement, politiquement et juridiquement différente de l’Occident.

Clairement affirmée durant le Congrès par son insertion dans la constitution, cette pensée - 思想- de Deng Xiaoping, recyclée par l’actuel pouvoir, dite du « socialisme aux caractéristiques chinoises – 有中国特色的社会主义-, séparée de celle de l’Ouest, a conféré à la trajectoire proposée par Xi Jinping une puissante teneur nationaliste, voire ethnocentriste en référence à la « grande renaissance de la “race chinoise“ 中国 民族 伟大 的复兴 ».

Vu de Pékin, son arrière plan culturel affirmé par contraste au légalisme occidental, constitue un levier de contestation des valeurs occidentales du Droit – y compris international - et de la démocratie. Sur le théâtre asiatique, les « caractéristiques chinoises » sont, du point de vue du régime, particulièrement pertinentes pour revendiquer la souveraineté sur toute la mer de Chine du Sud et le retour de Taïwan au Continent, quels que soient les résultats des scrutins démocratique dans l’Île.

Enfin, la référence aux spécificités culturelles affirmant le refus de la Chine de se conformer aux valeurs occidentales notamment sur les questions des droits individuels, rejetant les critiques et intrusions assez souvent américaines, se double d’un discours très articulé sur les intentions socio-économiques à moyen et long terme du pouvoir étroitement recentré autour de Xi Jinping.

C’est dans ce contexte que le n°1 du Parti ayant renforcé son pouvoir en s’entourant de fidèles, ayant aussi abandonné le principe de direction collégiale prôné par Deng Xiaoping pour tenir à distance le culte de la personnalité, a proposé aux Chinois une vision d’avenir articulée et balisée par des étapes précises aux objectifs en partie chiffrés.

Lire : Les chiffres, l’intention politique et le talent de l’habillage.

Il n’est pas anodin de signaler que leur portée et leur fermeté impressionnent ceux qui, en Occident et singulièrement en Europe regrettent les hésitations démocratiques, les débats sans fin et les remises en cause intempestifs par les sondages et les réseaux sociaux qui, disent-ils, plombent l’efficacité politique des exécutifs démocratiques.

La mise aux normes dit Jessika Blake de la Bookings, va aussi à contre courant de l’exigence académique d’objectivité, jusqu’à inciter le monde universitaire chinois à « guider le peuple pour qu’il se forge une vision correcte de l’histoire, de l’ethnicité chinoise, de la patrie et de – sa culture 引导 人 树立正确 的 历史 观, 民族观, 国家观, 文化观 ».

Enfin, sans surprise, le Parti insiste pour que la propagande du Parti augmente sa capacité à diffuser à l’étranger la « vision correcte » de l’histoire chinoise se référant aux trois caractéristiques que sont l’ethnicité « Han », son patriotisme et de sa culture particulière qui doivent, dit le parti, prévaloir dans les échanges internationaux - 以我为主 -.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Comment Xi Jinping voit le rapprochement stratégique entre Vladimir Poutine et Kim Jong Un ?

Le semi-échec du sommet suisse sur l’Ukraine et la vaste ambition de médiateur global de Xi Jinping

« Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire

Voyage de Xi Jinping dans une Europe désunie. Au-delà des postures, le coup de froid avec Bruxelles et la longue rémanence des intérêts nationaux chinois

Antony Blinken en Chine. Sous la surface des bonnes paroles, les braises de fortes tensions