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›› Editorial

Les ambiguïtés des tentatives d’apaisement sino-américaines

Le montage du « Sunday Times » symbolise la pensée souverainiste de D. Trump, animé d’un élan de rapprochement avec Xi Jinping, qu’il estime dans l’intérêt de sa stratégie « America First. »

En même temps, réclamant que les Taiwanais paient pour la protection de l’armée américaine contre la Chine, alors que, depuis un quart de siècle leurs dépenses d’équipements militaires achetés pour leur plus grande part à l’Amérique sont passées de 8 a 16 millions de $, soit plus de 13 % du budget annuel de l’Île, il brouille les cartes stratégiques de la zone Asie Pacifique.

La manœuvre qui se pare d’une vertu d’apaisement au moment où Pékin n’est pas prêt à la moindre concession dans le Détroit, prend le risque désinvolte d’assimiler à une simple transaction commerciale, la question de l’Île vieille de trois-quarts de siècle, touchant depuis 1988 aux contrastes de deux systèmes politiques opposés dont l’enjeu est la liberté et la protection des citoyens contre l’arbitraire.


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Le nouvel an chinois du « Serpent de bois » qui commencera le 29 janvier, sera, disent les astrologues célestes, placé sous le signe de la sagesse et de la maturité d’esprit. Il en faudra beaucoup tant l’ambiance des actuelles relations entre Pékin et Washington, peuplées d’incompréhensions, d’aigreurs et d’amertumes est plus proche d’une partie de poker-menteur que d’un d’apaisement.

En apparence, trente mois après la violente crise de la visite à Taiwan de Nancy Pelosi qui, début août 2022, précipita la relation dans un chaudron de rancœurs dont les effets étaient encore sensibles lors du Shangri-La dialogue de Singapour en juin dernier (lire : « Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire, les bonnes volontés ne manquent pas.

Le 17 janvier, Xi Jinping et Donald Trump qui se sont entretenus au téléphone ont, chacun de lors coté, publiquement affiché leur optimisme. Sur sa plateforme « Truth Social », D. Trump a qualifié la conversation de « très bonne pour la Chine et les États-Unis ». (…) « Nous avons évoqué le déficit commercial, le Fentanyl et TikTok » et, cette profession de foi généreuse et insolite au milieu des aigreurs réciproques, « le président Xi et moi ferons tout notre possible pour rendre le monde plus paisible et plus sûr ! »

Sur le même ton de générosité, en Chine, la chaîne de télévision publique CCTV rapportait que Xi attachait « une grande importance aux échanges bilatéraux. 我们都高度重视彼此互动.. » Et « Nous espérons tous que les relations sino-américaines connaîtront un bon départ au cours du nouveau mandat du président des États - 都 希望中美关系在美国总统新任期有一个好的开始 ».

La bonne volonté chinoise va même plus loin. Après l’invitation à sa cérémonie d’investiture du 20 janvier, lancée par D. Trump à Xi Jinping, ce dernier a décidé de se faire représenter par Han Zheng 韩正, 71 ans, le Vice-Président en exercice.

Pour la première fois de l’histoire, un président américain sera investi en présence d’un dignitaire chinois de haut rang, ancien Vice-Premier ministre qui, jusqu’au 20e Congrès en 2022, était nº7 du Comité Permanent [1].

Aigreurs sous-jacentes.

L’affichage amical était cependant assorti d’une mise en garde touchant au cœur explosif de la relation. Tout en exprimant l’élan chinois d’apaisement Xi Jinping n’a en effet pas manqué de préciser que « traitant de la question de Taiwan, territoire souverain chinois, 中国领土主权, les États-Unis devaient faire preuve de prudence - 美方必须慎重对待 - »

Ce n’est pas tout. Faisant allusion à la guerre commerciale déclenchée par D. Trump lors de son premier mandat (lire : Chine – États-Unis. Le choc des entêtements, stigmate de la rivalité stratégique globale), Xi a également déclaré que les relations commerciales devraient être fondées sur le bénéfice mutuel et non sur le conflit.

C’est bien là que le bât blesse. Quels que soient les déclarations d’intention et les vœux pieux, si on considère qu’aux États-Unis l’exécutif préparé par D. Trump dresse une scène politique violemment antichinoise, la présence de Han Zheng à sa cérémonie d’investiture n’a aucune chance d’apaiser la relation.

Pour ne citer qu’un des acteurs les plus critiques de la Chine, au milieu des dignitaires qui assisteront à la cérémonie, Han Zheng devra côtoyer le Sénateur Marco Rubio, nouveau secrétaire d’État que Pékin avait symboliquement placé sous sanctions avec Ted Cruz et un série d’autres personnalités américaines pour leurs prises de position publiques lors des tensions à Hong Kong (lire : A Hong Kong, un anniversaire en feu).

Pour ne rien arranger, lors d’une récente audition au Sénat, c’est contre la Chine que Marco Rubio avait prononcé ses plus violentes critiques dont les plus sévères, tournant le dos à la plus élémentaire mesure diplomatique, ne furent rien d’autres que des insultes. « Pour atteindre son statut de superpuissance, la Chine a menti, triché et volé. »

Le moins qu’on puisse dire est que, dans ces conditions d’hostilité publiquement affichée, contredisant les paroles d’apaisement des deux chefs d’État, la conclusion d’un accord d’envergure sur la question de Taiwan ou sur les crispations commerciales exacerbées sera difficile.

Selon Scott Kennedy expert Chine au CSIS de Washington, l’écart des positions entre les deux est tel, dans un contexte hautement belliciste, que les progrès ne pourront être que de façade.

Défiance systémique et limites des bonnes volontés réciproques.

Pour le sénateur Marc Rubio, qui tire ses informations des rapports du gouvernement et des centres de recherches américain, la Chine est la plus grande menace posée aux Etats-Unis. Dans une audition face à une Commission du Sénat, aux insultes contre la Chine accusée de tricher et de mentir, le premier Chef du département d’État latino-américain a ajouté une mise en garde : « Si nous ne changeons pas de cap, nous vivrons dans un monde où une grande partie de ce qui compte pour nous au quotidien, de notre sécurité à notre santé, dépendra de la bonne volonté des Chinois. »


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Vu de la fenêtre de Washington, et même si, selon le Wall Street Journal, D. Trump a récemment fait part de son souhait de se rendre en Chine après son investiture, un apaisement stratégique ayant une réelle consistance dans la durée est, pour le moment, d’autant moins possible que le rapport 2024 du Département d’État avait sonné une sérieuse alerte, appelant à la plus extrême vigilance face à la menace chinoise.

Dans la préface on pouvait en effet lire : « La Republique Populaire de Chine a poursuivi ses efforts pour faire de l’APL un instrument de puissance nationale de plus en plus performant. »

Tout au long de l’année 2023, l’APL a adopté des actions plus coercitives dans la région indopacifique, tout en augmentant ses capacités à combattre et à gagner des guerres contre un ennemi puissant, la mettant en mesure, non seulement de riposter à l’intervention d’un tiers dans un conflit à la périphérie de la RPC, mais également de projeter sa puissance à l’échelle mondiale. »

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La séquence d’échanges publics de bonnes volontés réciproques rivalisant d’aimables paroles respectueuses contrastant avec les propos hargneux des mois précédents, n’est cependant pas complètement vaine. Elle indique clairement qu’à Pékin et Washington, que tout oppose, l’instinct de survie a pris conscience des enjeux d’un engrenage catastrophique pouvant devenir incontrôlable.

Pour autant, les arrière-pensées et les arcs-boutants des stratégies internationales et leurs mèches lentes explosives sont toujours là.

Aux États-Unis, au-delà des vœux pieux du nouvel exécutif, la vague de défiance antichinoise sera difficile à refouler.

A propos de Taïwan notamment, haussé par Pékin au niveau d’un tabernacle mythique de sa souveraineté nationale, que Washington ne peut abandonner en rase campagne au risque de perdre sa légitimité stratégique, non seulement au Japon, en Corée du sud et aux Philippines, ses alliés directs du Pacifique occidental, mais également auprès de toute la pensée libre globale, dont les États-Unis continuent à être le symbole en dépit des outrances iconoclastes de D. Trump.

En Chine, il est en effet clair que, confronté à un sérieux ralentissement de sa croissance, Xi Jinping cherche activement une voie d’apaisement, après une décennie de défis directs à l’Occident, alors même que ses marchés sont essentiels à ses exportations de plus en plus chères, hors de portée des consommateurs moins fortunés du « Sud global » courtisés par la stratégie commune anti-occidentale de Pékin et Moscou.

La contradiction de Pékin est cependant que l’actuelle stratégie du nº1 chinois, privilégiant sans nuance la sécurité de l’appareil à l’intérieur, accompagnée d’une agressivité stratégique et commerciale à l’origine de sérieux contrefeux à l’Ouest, est elle-même un obstacle à l’apaisement.

En d’autres termes, explique Thomas Fingar, expert des stratégies internationales de l’Université de Stanford et ancien du Département d’État, aujourd’hui Président du Comité national du renseignement, l’apaisement activement souhaité par D. Trump auquel fait écho Xi Jinping, dépend d’abord de la réaction de l’appareil chinois.

Il est improbable qu’en 2025, il autorise une initiative d’ouverture à l’Occident suffisamment claire pour modifier de manière substantielle la relation sino-américaine. A Pékin et à Washington tous les réalistes incrédules face aux affichages spectaculaires éphémères, s’efforcent de trouver les moyens de désamorcer les tensions.

Échanges militaires, plus petit dénominateur commun de l’apaisement.

La photo de Reuters date de novembre 2018. On y voit le Général de l’armée de terre américaine Robert Brown membre des forces du Pacifique et le Général chinois Qin Weijiang lors d’une conférence de presse clôturant un exercice conjoint organisé dans la région de Nankin, sur la réaction des forces armées aux désastres naturels.


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Tout en reconnaissant que les appels téléphoniques directs comme celui du 17 janvier sont utiles, ils tablent sur la constance et la patience des relations institutionnalisées entre les échelons exécutifs des appareils militaires sur le terrain.

En septembre dernier les États-Unis et la Chine ont pour la première fois depuis la rencontre entre Joe Biden et Xi Jinping a Bali en 2022, tenu des pourparlers militaires de haut niveau, visant à stabiliser les relations et à éviter les malentendus en mer de Chine méridionale.

L’intention commune était d’établir des canaux stables de communication entre les appareils militaire après que les relations avaient atteint leur plus bas niveau historique quand, le 4 février 2023, la chasse américaine avait abattu un ballon de surveillance chinois au-dessus du golfe du Mexique : (lire : Le psychodrame de la chasse aux ballons espions chinois).

A l’époque, les analystes chinois anticipaient déjà un durcissement incontrôlable de la relation objet des actuels efforts d’apaisement.

Shi Yinhong, Directeur du Centre d’Études américaines à l’Université du Peuple de Pékin, jugeait en effet « qu’une amélioration notable et durable de la relation tiendrait du miracle ». Il constatait que « l’aggravation régulière des tensions sino-américaines créait une situation à ce point délicate que Washington et Pékin n’étaient plus en mesure de gérer la moindre secousse ».

Note(s) :

[1Sous réserve de confirmation, la liste des invités qui seront présents aux cérémonies d’investiture de Donald Trump est éclectique, mais, à côté de l’affichage de la puissance des grands groupes privés américains, elle coagulera une vision politique à la fois libérale, conservatrice, souverainiste et anti-immigration.

En même temps, la présence du Vice-Président chinois Han Zheng, en lieu et place du président Xi Jinping qui, à moins de dix jours du Nouvel an chinois, s’est excusé, traduit la volonté d’apaisement avec la Chine de D. Trump que l’appareil chinois interprète aussi comme l’intention intéressée de ménager un canal de contact avec V. Poutine, clé d’un cessez-le-feu en Ukraine.

Au premier rang, aux places d’honneur, Elon Musk, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos, trois des entrepreneurs à succès du secteur technologique, parmi les hommes les plus riches du monde avec Tim Cook, patron d’Apple.

Même Shou Chew, le directeur général de l’application de médias sociaux TikTok aujourd’hui légalement interdite aux États-Unis pour ses connexions avec l’appareil chinois, avait été invité. A la rédaction de cette note, sa présence était incertaine, mais pas improbable, compte-tenu de la promesse de D. Trump de suspendre l’interdiction de l’application prononcée par la Cour Suprême.

Contrairement aux investitures des présidents Biden et de l’ancien président Barack Obama, un certain nombre d’autres dirigeants mondiaux seront présents. Beaucoup d’entre eux partagent l’idéologie et les préférences politiques de M. Trump. Ils dessinent une réaction globale contre la mondialisation sans mesure, les décontructeurs wokistes, et l’immigration mal contrôlée.

Le premier d’entre eux, indéfectible allié stratégique de Washington, dont la présence fait contrepoids à celle du Vice-président chinois Han Zheng, le ministre des Affaires étrangères japonais Takeshi Iwaya qui, pied de nez à Pékin, a exprimé le souhait de rencontrer Marc Rubio, le nouveau secrétaire d’État et bête noire des Chinois.

A côté de ces personnalités, d’autres responsables en fonction, souverainistes libéraux comme l’argentin Javier Miller et la Présidente du Conseil Italien Georgia Meloni. Viktor Orban, proche de Poutine, meilleur allié de Trump en Europe orientale aurait décliné l’invitation.

Côté français, alors que le Président Emmanuel Macron n’a pas été invité, on attend des figures connues de la mouvance conservatrice comme Eric Zemmour, Sarah Knafo, Marion Maréchal, ou Louis Alliot du Rassemblement national accompagné de deux députés, l’un européen, l’autre national.


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Par fischmeister Le 12/02/2025 à 11h48

Les ambiguïtés des tentatives d’apaisement sino-américaines.

*Grace à cette analyse je vois un peu plus clair de ce qui se passe en Asie. On ne parle pas de l ’Inde et d’autres pays de cette zone sensible et bien évidemment l’Europe exclue complètement du jeu.

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