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Tapis rouge à Pékin. Aigreurs et défiance à Washington.
Cheng Li-Wun le 1er juin à son arrivée à San Francisco, première étape de sa tournée de deux semaines aux États-Unis. A Washington elle a subi l’affront de voir son rendez-vous avec le Conseil National De Sécurité annulé à la dernière minute.
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A Pékin le 10 avril, Cheng Li-wun a été reçue avec les honneurs par Xi Jinping satisfait de la bonne aubaine d’une opposition à Lai Qing De reconnaissant le « Consensus d’Une seule Chine », d’autant que le 8 avril à Nankin, dans le vaste mausolée Sun Yat-sen Cheng, manipulant l’histoire, avait aligné son discours anti-japonais sur celui de Pékin.
Autant la visite de Cheng en Chine fut une réussite plébiscitée par Xi Jinping satisfait de la bonne aubaine d’un KMT au discours aligné sur celui de Pékin, autant son voyage aux États-Unis où elle a rencontré plusieurs sénateurs et membres de la Chambre des représentants fut marqué par des doutes et parfois des aigreurs.
Le 15 juin, peu avant son retour à Taïwan, elle a rencontré deux personnalités américaines spécialistes de l’Asie de l’Est qui la mirent en garde contre ses imprudences face à la Chine de Xi Jinping. Orville Schell, 86 ans, sinologue, Directeur depuis 2007 du Centre de recherches Asia Society sur les relations sino-américaines et ancien Doyen de l’École supérieure de journalisme de l’Université de Californie à Berkeley.
Et Daniel Russel, 63 ans, diplomate, ancien nº2 pour l’Asie de l’Est et le Pacifique qui joua un rôle éminent auprès du President Obama lors de sa stratégie du pivot vers l’Asie en 2011.
Ce dernier qui la complimenta pour son énergie, son charisme et son enthousiasme mit clairement le doigt sur les risques de sa stratégie « Vous insistez sur la paix… Nous voulons tous la paix, mais la paix se traduira-t-elle par une situation où Taïwan restera une démocratie autonome, ou sera-t-elle obtenue par la soumission de l’Île ? »
En d’autres termes, Russel pointait les faiblesses de la stratégie de Cheng qui risquaient de heurter non seulement les décideurs politiques américains, mais également les poids lourds de la région.
Le 13 juin, cité par le Taipei Times, un article du Straits Times de Singapour rappelait que les analystes des groupes de réflexion américains jugeaient l’ambition de Cheng de réussir la médiation pacifique entre les deux rives du Détroit peu convaincante.
Intitulé « Charismatique mais naïve », l’analyse critiquait l’illusion de sa stratégie à la fois crédule et floue de couper dans les budgets de défense de l’Île et de « transformer la première chaîne d’îles [à l’Est de la Chine] d’un front de contestation géopolitique en une chaîne de paix et de prospérité » dont les termes semblaient avoir directement été dictés par Xi Jinping lui-même.
En tous cas, la vision de Cheng avait toutes les chances de heurter les stratèges américains qui depuis la guerre froide voient le chapelet d’îles depuis les Kouriles au nord jusqu’à Bornéo en passant par le Japon (Okinawa), Taiwan, et le nord des Philippines comme les points d’appui de l’endiguement des ambitions de Pékin d’élargir son influence vers le Pacifique.
Avant les rencontres avec Orville Shell et David Russel le hiatus des visions s’était déjà traduit par une crispation des responsables stratégiques américains qui, à la dernière minute, ont annulèrent la visite de Cheng au Conseil National de sécurité (NSC) à Washington initialement programmée pour le 11 juin.
Recoupant les conversations de mises au point après-coup avec Orville Shell et David Russel, des sources proches du dossier ont évoqué l’irritation du Département d’État et du NSC choqués par le blocage du budget de la Défense de l’Île et l’emphase avec laquelle Cheng a mis en scène sa rencontre avec Xi Jinping.
Revenue à Taïwan, Cheng Li-wun a refusé de donner des détails de l’annulation en prétextant la confidentialité de l’information, tout en répétant qu’elle avait vu qui elle voulait voir et dit ce qu’elle avait à dire.
En arrière-plan, dans l’Île où la majorité reste attachée au statuquo, deux craintes ont surgi chez les partisans d’une identité démocratique de l’Île séparée du Continent. Celle d’abord que Cheng Li-wun dont l’opportunisme politique la rapproche imprudemment de la Chine soit élue à la tête de l’Île aux prochaines présidentielles de janvier 2028.
Celle ensuite que la stratégie d’accommodements raisonnables avec Pékin de Donald Trump, conduise Washington à hésiter à protéger l’Île en cas d’agression directe ou de blocus.
A Taïwan, l’attachement au dialogue et au statuquo. Défiance à l’égard « d’Une seule Chine ». Rejet massif de la réunification.
A Taiwan moins de 5% des sondés souhaitent un rattachement politique de l’Île au Continent.
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Le 16 juin, publiés par le Taipei Times, les résultats d’un sondage d’opinion sur l’opportunité de négocier avec Pékin et sur les personnels politiques les mieux placés pour conduire les pourparlers indiquent l’état d’esprit des Taïwanais et des rapports de forces. Avec cependant la nuance que le pourcentage important des indécis crée une incertitude sur l’état réel de l’opinion.
La volonté de négocier reste forte à 61,6% quoique nettement en recul depuis les 77% de 2018.
Concernant l’urgence des pourparlers, 31,5% estiment que les négociations devraient débuter au plus vite, tandis que 29,4% sont favorables à un report indéterminé et 18,4% répondent que cela dépendra de la situation.
Les données des sondages sur dix ans montrent que 30,4% des personnes interrogées font confiance au Parti démocrate progressiste (PDP) pour dialoguer avec la Chine, contre 26,9% au KMT. Seulement 5% plébiscitent le Parti populaire taïwanais (PPT) et 9,1% déclarent ne faire confiance à aucun parti.
Quant aux personnalités auxquelles les Taïwanais font le plus confiance pour mener les négociations, l’ancienne présidente Tsai Ing-wen 蔡英文 arrive en tête avec 21,8%, suivie du président William Lai 賴清德 (13,3%) et du président de l’Assemblée législative, Han Kuo-yu 韓國瑜 (11,6%).
Parmi les autres choix figuraient la présidente du KMT Cheng Li-wun (鄭麗文) avec 8,5%, l’ancien maire de Taipei et fondateur du TPP Ko Wen-je (柯文哲) avec 3,3%, l’ancien président Ma Ying-jeou (馬英九) et le président du TPP Huang Kuo-chang (黃國昌) avec 3% chacun, et l’actuel maire de Taipei Chiang Wan-an (蔣萬安) avec 1,6%. 7,8% des personnes interrogées ont déclaré ne faire confiance à personne pour mener les négociations. 22,9% n’ont pas répondu.
Le sondage a aussi révélé que 58% rejettent le principe d’« Une seule Chine » imposé par Pékin comme préalable aux négociations, contre 25,8% qui l’acceptent quand 16,2% n’ont pas d’opinion.
Interrogés sur le résultat politique qu’ils souhaitent le plus, 44,3% espèrent le maintien du statu quo - dont il faut répéter que l’immobilisme figé qu’il suppose est un non-sens stratégique - tandis que 27% souhaitent que Pékin reconnaisse Taïwan comme une nation et que les deux pays établissent des relations diplomatiques d’État à État. Seulement 3,2% souhaitent une réunification avec la Chine.
