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Reçue en Chine avec les honneurs au Grand Palais du Peuple, Cheng Li-wun a été boudée par l’establishment sécuritaire à Washington qui se méfie de son opportunisme politique pro-chinois. Dessin publié par le South Chine Morning Post du 11 mai 2026.
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Rentrée de Chine le 12 avril après cinq jours de voyage qui l’ont conduite à Shanghai et à Nankin au mémorial de Sun Yat-sen, avant de rencontrer Xi Jinping le 10 avril, au Grand Palais du Peuple à Pékin https://www.questionchine.net/en-chine-cheng-li-wun-accuse-lai-qing-de-de-fomenter-la-guerre-et-celebre-la-paix-d, Cheng Li-wun, s’est rendue aux États-Unis pour une longue tournée du 1er au 16 juin, au cours de laquelle elle a notamment visité Washington D.C, New York, Boston, Los Angeles et San Francisco.
Le 17 juin à Taiwan, elle a, lors d’une conférence de presse, fait le bilan de ses échanges avec les cercles de réflexion, les universitaires et les officiels américains.
A Taïwan, les médias prochinois (Entre autres, China Times, Commercial Times, China Television) appartenant au groupe Want Want China Times Media Group (旺旺中時媒體集團) du milliardaire Tsai Eng-meng 蔡衍明 célèbre sur le marché chinois pour son très pratique « rice-cooker », ont majoritairement accueilli favorablement les voyages de Cheng.
Tous ont souligné qu’elle avait porté un message de paix et avait fait connaître la position du Guomindang sur les questions de sécurité, ainsi que, disaient-ils, l’opinion majoritaire des Taïwanais effrayés par la menace de guerre. En revanche ils étaient séduits par l’opportunité vertueuse d’un dialogue entre les deux rives du détroit articulé au « Consensus d’une seule Chine. », rejeté par le DPP.
Entre ses deux voyages, Cheng a accordé une interview au South China Morning Post publiée le 16 mai. En édulcorant beaucoup la réalité, elle y développe le cœur de sa vision des relations dans le Détroit, selon laquelle, l’acceptation du Consensus de 1992 - les deux rives reconnaissent l’appartenance à la Chine mais chacune selon sa propre interprétation politique - est le meilleur gage de paix.
A l’appui de son point de vue, elle citait les huit années de la présidence de Ma Ying-jeou (Mai 2008 à mai 2016), son prédécesseur à la tête du KMT, durant lesquelles, dit-elle, les relations entre les deux rives du détroit furent caractérisées par des échanges très amicaux et totalement exemptes de problèmes majeurs.
Elle ajoutait que, par contraste, les 10 années qui ont suivi des présidences du DPP - huit sous la présidence de Tsai Ing-wen (2016-2024) et deux sous celle de Lai Qing De (Depuis 2024) - ont vu les relations se détériorer rapidement, au point de laisser planer la menace d’un conflit.
« Ma visite [en Chine] dit-elle visait à démontrer une fois de plus qu’en renouant avec le consensus de 1992 et en s’opposant à l’indépendance de Taïwan, la situation dans le détroit peut s’apaiser immédiatement, rouvrant ainsi la voie à des échanges et à un dialogue pacifique. »
Pour elle « garantir la paix et la stabilité dans le Détroit, est bien moins difficile qu’on ne le pense », encore faut-il « s’abstenir de promouvoir, comme le fait le DPP, la dé-sinisation et la théorie des deux États, principales causes des tensions. »
Elle n’a pas tout à fait tort.
Durant la présidence de Ma Ying-jeou, qui avait rencontré Xi Jinping le 7 novembre 2015 à Singapour (Lire : https://www.questionchine.net/pour-la-premiere-fois-un-president-chinois-rencontre-le-chef-de-l-executif-taiwanais ) , les pressions chinoises étaient moins brutalement visibles que les intimidations militaires quotidiennes d’aujourd’hui par les vagues d’avions de chasse de l’APL aux limites de la Zone d’Identification et de Défense aérienne de l’Île.
Pour autant, contrairement à ce que dit Cheng, les préparations chinoises pour une éventuelle invasion de l’Ile n’ont pas cessé, articulées à la modernisation rapide de l’APL
On se souvient notamment du premier vol en janvier 2011 des chasseurs furtifs de 5e génération J-20, (opérationnel en 2017) et J-31, et sa version navalisée J-35, (premiers vols en 2012) ; de la mise en service en septembre 2012 (9 mois après la 2e élection de Ma Ying-jeou) du porte-avions Liaoning, des déploiements ostensibles de missiles mobiles à courte portée DF-11 et DF-15 sur les côtes chinoises face à l’Île et des incessantes activités de cyber-guerre et d’espionnage, sur fond d’exercices réguliers simulant une invasion ou un blocus.
En bref, il est vrai que durant la présidence de Ma Ying-Jeou, les frictions politiques étaient moins flagrantes et que la menace d’un déclenchement imminent de la guerre paraissait plus faible, mais tous les Taiwanais savent que la pression militaire à long terme de la Chine et ses préparatifs pour absorber l’Île par la force, qu’il s’agisse d’une invasion directe ou d’un blocus, n’ont jamais vraiment faibli.
Constatons enfin que Cheng arrivée à la tête du KMT par opportunisme politique après avoir activement milité au DPP jusqu’en 2005 - elle avait 36 ans -, année où elle s’est rapprochée de Lian Chen alors nº1 du parti de Tchang Kai-chek, pourrait commencer à subir les contrecoups de ce que ses opposants à Taïwan et aux États-Unis analysent d’abord comme un opportunisme politique, entre le militantisme de ses origines au sein du DPP et sa bascule vers le KMT ;
Ensuite, comme un compromis trop risqué entre la préservation de la souveraineté de l’Île face aux pressions chinoises et sa recherche de la paix dans le Détroit qui la conduit avec son parti majoritaire au Yuan Législatif à geler depuis 2025 et pendant le premier semestre 2026, 40 milliards de $ de crédits supplémentaires repartis sur huit années, à consacrer au budget de la défense.
En d’autres termes, s’il est exact que traditionnellement le KMT a toujours recherché le dialogue avec le PCC dans le cadre du « Consensus d’Une seule Chine », certains à Taiwan y compris au sein du Parti, dénoncent l’imprudence de son opportunisme politique.
Vents contraires au KMT et contrefeux du DPP.
Au sein du KMT Cheng Li-wun rencontre des opposants. Parmi eux le jeune maire de Taipei Chiang Wan-an (蔣萬安) depuis 2022, 48 ans, arrière-petit fils de Tchang Kai-chek, dont le père John Chiang (ancien vice-premier ministre), est né hors mariage d’une relation adultère de Jiang Jing Guo, le fils de Tchang Kai-chek avec sa maîtresse Chang Ya-juo (章亞若), décédée dans des conditions suspectes à l’âge de 28 ans, alors qu’elle travaillait dans un camp de recrutement du KMT à Gannan dans le Jiangxi.
Chiang Wan-an est docteur en droit de l’Université de Pennsylvanie. Possédant une expérience d’avocat d’affaires dans la Silicon Valley, il a fondé son propre cabinet avant de revenir à Taïwan en 2013 et se lancer dans la politique en 2015. Pour les élections de 2028, il n’a aucune chance. Mais ses partisans rappellent qu’en 2032, il n’aura que 52 ans.
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C’est le cas du maire de Taipei Chiang Wan-an, 蔣萬安 Jiang - Wan An, élu en 2022 plus jeune maire de la capitale de l’histoire et descendant direct de Tchang Kai-chek, par le truchement d’une liaison illégitime de Chiang Jing-guo, fils du Généralissime, avec sa maitresse Chang Ya-juo qui donna naissance à son père John Chiang - Chiang Hsia-yen 蔣 孝嚴(84 ans) qui fut vice-président du KMT de 2008 à 2014.
(Lire le § « Résurgence du clan Chiang - 蔣 - » de notre article https://www.questionchine.net/le-dpp-secoue-par-les-elections-locales-retour-des-chiang-la-nebuleuse-des )
Une autre figure de l’opposition politique à Cheng Li-wun au sein du KMT, est Lu Shiow-yen 盧秀燕, 65 ans. Depuis 2018, elle est la maire très populaire de Taichung, après une victoire contre Lin Chia-lung 林佳龍, poids lourd du DPP et actuel ministre des Affaires étrangères de l’Île.
Quant aux contrefeux venant du DPP, ils s’étaient vigoureusement manifestés quand le 9 avril, Liang Wen-chieh, 梁文傑 nº2 de la Commission des affaires du Continent 大陸 委員會 avait réagi à la distorsion historique sur Sun Yat Sen au mémorial de Nankin.
« Compte tenu des liens étroits qu’entretenait Sun Yat-sen avec le Japon durant sa carrière révolutionnaire, notamment au moment de la création du Tongmenghui (同盟會) à Tokyo, qui contribua à la chute de la dynastie Qing, dépeindre Sun Yat-sen comme un ennemi du militarisme et du colonialisme japonais constitue une grave distorsion de l’histoire. »
Pour remettre l’histoire à l’endroit en prise avec l’actualité, Liang a rappelé à Cheng, qu’aujourd’hui les Taïwanais ne s’inquiétaient pas du militarisme japonais d’il y a un siècle, mais de la Chine et du régime autoritaire du PCC qui menaçait l’Île d’une action de force.
Les premiers effets des tensions soulevées par l’activisme désinhibé de Cheng Li-wun qui se défend bec et ongles contre les rumeurs l’accusant d’une complaisance suspecte à l’égard de Pékin, sont perceptibles dans le contraste entre la manière chaleureuse dont elle a été reçue en Chine et la fin de non-recevoir que lui a opposé le Conseil National de sécurité américain lors de sa visite aux États-Unis.
