›› Editorial
Spéculations sur les risques politiques.
La quatrième incertitude pesant sur l’exécutif chinois est celle de la stabilité politique du régime. Le fait est qu’après les tête-à-queue du Président Xi Jinping ayant par idéologie anti-occidentale infligé à la population et à l’économie chinoises une des plus obstinée fermeture du pays maintenue jusqu’à la limite extrême de la rupture, l’audience d’infaillibilité du n°1 a été sérieusement écornée.
Au-delà de l’affichage d’unité politique mise en scène lors du 20e Congrès ayant promu un bureau politique d’où a été évacuée toute nuance de respiration politique contraire, les symptômes de tensions n’ont pas manqué.
Ils vont de la protestation publique du haut d’un pont du 3e périphérique nord de l’ingénieur Peng Lifa, trois jours avant l’ouverture du 20e Congrès aux manifestations de la fin novembre dans quinze villes de Chine, en passant par l’éviction brutale de Hu Jintao en plein congrès en présence de nombreux journalistes étrangers.
Le 13 octobre, après avoir enflammé des pneus pour attirer l’attention, Peng avait inscrit en lettres rouges sur une banderole blanche déployée sur le parapet du pont de Sitong, une litanie de reproches contre Xi Jinping.
On y lisait notamment repris par notre article du « Nous voulons manger et pas des tests COVID 不要核酸要吃 ; Nous voulons des réformes, pas de révolution culturelle 不要文革要改革 ; Des libertés et pas de confinements 不要封城要自由 ; De la dignité et pas de mensonges 不要谎言要尊严 ; Nous sommes des citoyens pas des esclaves 不做奴才做公民 ». Et surtout « Faites la grève. Déposez le despote félon Xi Jinping. 罢课罢工罢免国贼习近平 ».
Lors de manifestations de fin novembre, les mêmes reproches étaient scandés contre les excès des confinements Covid-19 obstinément maintenus par Xi Jinping. Sur les campus universitaires et dans les rues des grandes villes, des foules se sont rassemblées pour demander la fin des tests et des confinements répétés. Certains décriaient la censure et, d’autres, plus rares, exigeaient de plus grandes libertés politiques.
Surtout des slogans réclamaient la démission du Président, alors même que, tout juste un mois avant, il avait été unanimement intronisé pour un troisième mandat à la tête du parti par la mise en scène calibrée du 20e Congrès.
Entre ces deux symptômes témoignant d’une défiance populaire, le 22 octobre 2022 eut lieu en plein congrès, l’expulsion par deux assesseurs qui le tenaient par les bras, de l’ancien président Hu Jintao (2003 – 2013). La scène diffusée sur les grands médias du monde, mais censurée en Chine, montre en effet que l’homme était affaibli confirmant le seul et très bref commentaire de l’incident par les organes officiels du régime.
Mais l’épisode a aussi exprimé une tension entre l’ancien président et Xi Jinping dont l’objet était un « dossier rouge » qui selon toute vraisemblance contenait la liste du nouveau bureau politique d’où avaient été exclues toutes les sensibilités contraires à celle de Xi Jinping.
Commencée en 2017, lors du 19e Congrès l’alignement complet de l’appareil politique s’est en effet poursuivi en 2022.
Les trois principales figures représentant une sensibilité différente de celle de Xi Jinping et qui selon la jurisprudence de l’âge de l’appareil « 七 上 八 下 – 67 ans on “monte“ 68 ans on “descend“ » auraient pu être nommées, sont le premier ministre Li Keqiang (67 ans), le président de la Conférence Consultative politique du Peuple chinois Wang Yang (67 ans), et Hu Chunhua (59 ans), vice-premier ministre, plus jeune cadre de l’ancien bureau politique qui aurait encore été avec Li Shulei, et Chen Jining 58 ans, l’un des plus jeunes du nouveau bureau politique.
A 67 ans, en juillet 2022, constatant que l’ambiance politique univoque qui, depuis 2014, l’a poussé en marge lui fermait l’avenir, Li Keqiang militant à la ligue de la jeunesse communiste, docteur en droit et en économie a lui-même annoncé sa retraite en mars 2022.
Wang Yang, 67 ans en mars 2022, n°4 de l’ancien Comité Permanent, président de la Conférence consultative politique du Peuple chinois, ancien vice-premier ministre, fut aussi n°1 à Chongqing et Canton. Connu pour avoir privilégié la négociation dans les conflits fonciers dans la province de Canton, il s’opposait aussi à la rhétorique de plus en plus agressive de Xi Jinping à propos de Taïwan.
En mars 2019, lors d’un séminaire de médias pro-Continent, taïwanais et chinois à Pékin, il avait clairement exprimé sa préférence pour une stratégie de patience dans le Détroit. En même temps, lucide, il avait relativisé le discours sur la toute puissance chinoise.
En substance, il doutait que le continent soit maintenant économiquement, militairement et technologiquement puissant (à hauteur des États-Unis). En revanche, convaincu de la puissance d’attraction de la civilisation chinoise, il était certain que la tendance du long terme serait favorable à la réunification avec Taïwan.
Le troisième candidat éliminé est sans doute le plus emblématique exemple d’une mise à l’écart politique sans nuance. Hu Chunhua, 59 ans en avril cette année, était membre des 18e et 19e Bureau Politique. Alors qu’il y a encore cinq ans certains voyaient encore en lui le futur n°1, et attendaient sa promotion au Comité Permanent, il n’a même pas été reconduit au Bureau Politique.
Ayant une très riche expérience de terrain, ce fidèle de Hu Jintao qui fut membre actif de la ligue de la jeunesse dont il a été le président à compter de 2012, a successivement été en poste au Tibet entre 1983 et 2006, avec une coupure de 1996 à 2001 durant laquelle il étudia à l’École Centrale du Parti. De 2001 à 2007, il était de retour au Tibet dont il prenait la direction politique à 38 ans.
A partir de 2008, on le retrouve gouverneur du Hebei puis en 2009, il est le n°1 du parti en Mongolie jusqu’en 2012, année à laquelle il entre au Bureau Politique à 49 ans et prend la tête de la province de Canton où il est resté jusqu’au 19e Congrès 2017.
Dans la grande province du sud de la Chine, il a laissé à la fois la trace inflexible d’un féroce combat contre les corrompus du parti et d’une méfiance pragmatique contre les rigidités bureaucratiques de l’appareil. En 2017, lors du 19e Congrès, ce fils de fermier du Hubei était, à 54 ans, nommé l’un des quatre vice-premier ministres du gouvernement, en charge de superviser la réduction de la pauvreté, l’agriculture et le commerce.
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Le 2 novembre 2022, François Godement signait un article pour l’Institut Montaigne intitulé « Le danger d’une Chine 100% Xi Jinping ».
Son développement qui analysait l’alignement de tout le bureau politique sur la pensée nationale populiste anti-occidentale du n°1 chinois, visait à démontrer les risques internationaux présentés par des élites dont la pensée est articulée à l’idée révolutionnaire.
A l’appui de sa mise en garde il citait l’insistant leitmotiv de « luttes 斗争 » et de « sacrifices de vies humaines 牺牲 » toujours présent dans les discours de Xi Jinping qui, après le congrès a conduit les sept membres du Comité Permanent du Bureau Politique dans les anciennes bases révolutionnaires du Shanxi.
Là aussi, face aux souvenirs des compagnons de Mao, son discours de mobilisation martiale et d’affrontement n’avait pas perdu de sa virulence. « Nous nous souviendront toujours de leur héritage. 我们 要 永远 移 记 他们. Aujourd’hui la vie matérialiste a changé beaucoup de choses 今天物质 生化大为改变. Mais Yu Gong a déplacé des montagnes 但 愚公 移山. La dureté des luttes ne changera pas 难 苦 斗争 不能 变. »
Après les tête-à-queue de la politique épidémique, on se demandera après François Godement si le danger que représente pour le monde la survivance de l’esprit révolutionnaire de Xi Jinping ne porte pas aussi un risque pour la stabilité de l’appareil et sa relation harmonieuse avec le peuple chinois.
