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›› Editorial

Les grandes inquiétudes de l’année du Lapin

La prise de conscience des dangers de l’affrontement permanent.

En Chine comme aux États-Unis et au sein d’une proportion importante des alliés de Washington, commence à s’affirmer l’idée que la prolongation sur le mode très exacerbé d’une confrontation sino-américaine sans nuance est un jeu à somme nulle dont personne ne triomphera à terme.

Le 26 janvier Henri Paulson 77 ans, ancien président de Goldman Sachs, secrétaire d’État au trésor entre 2006 et 2009, au moment du mandat du premier ministre Wen Jiabao (2003 – 2013) à la pensée plus libérale, proche de Hu Yaobang (lire : L’obsédant héritage de Hu Yaobang) et Zhao Ziyang, publiait dans Foreign Policy un article intitulé « America’s China Policy Is Not Working - La politique chinoise de l’Amérique ne fonctionne pas.  »

L’argument analyse d’abord les dangers d’une relation bilatérale uniquement articulée aux priorités de sécurité nationale, dans un contexte où la direction chinoise qui peut se prévaloir d’un triplement de sa puissance économique depuis 2008, devenue plus « sûre d’elle-même » est désormais capable d’une stratégie globalement hostile à l’Amérique.

Dans ce contexte où le rapport de forces économique a changé, la Chine restant toujours un pôle d’attraction incontournable, la stratégie de Washington d’afficher contre Pékin « une alliance des démocraties  » ne fonctionne pas. « Sur le long terme le risque existe que ce choix stratégique heurte plus les Américains que les Chinois  ».

Dès lors, l’intérêt de Washington, poursuit Paulson est de rechercher les complémentarités d’action dans certains secteurs, pour construire une relation plus positive avec la deuxième économie mondiale. Il ajoute que s’il est exact que nombre de pays occidentaux expriment la même antipathie à l’égard des stratégies chinoises d’affirmation de puissance, appuyées par un vaste réseau d’influence politique et économique, rares sont ceux qui se sont alignés sur le choix américain d’une confrontation directe.

Dès lors le risque existe que, dans cette compétition globale où la Chine joue de sa puissance commerciale, l’influence américaine recule. C’est ainsi qu’en 2020, les échanges commerciaux chinois ont dépassé ceux des États-Unis en Europe.

Tout en reconnaissant qu’il est impossible d’ignorer les préoccupations de sécurité – notamment à propos des menaces sur Taïwan ou de la proximité sino-russe confirmée à la veille de la brutale invasion de l’Ukraine -, Paulson conclut l’idée du risque d’isolement de l’Amérique en rappelant que, récemment, nombre de chefs d’État alliés de Washington se sont rendus à Pékin.

C’est le cas du Chancelier allemand Olaf Scholz, du président Philippin Marcos, du Président français Macron et de l’Italienne Giogia Meloni. « La tendance dit-il ne fera que s’accélérer. »

Alors qu’aux États-Unis monte l’idée que la poursuite des raidissements articulés au seul prisme de la sécurité nationale est porteuse de catastrophes, à Pékin apparaissent des signes que la direction politique, inquiète des symptômes de désaveu interne exprimés en novembre 2022, a, elle aussi, l’intention de réduire les feux de la confrontation stratégique.

La volonté d’apaisement chinoise et la survivance des ferments de raidissement.

Un indice de cette volonté d’apaisement est récemment apparu quand, lors de son discours du nouvel an du calendrier romain, Xi Jinping, évoquant la question de Taïwan, s’est pour la première fois depuis longtemps abstenu d’évoquer l’éventuel usage de la force en cas de déclaration d’indépendance, resserrant son propos à l’espoir d’une réconciliation entre les « Chinois » de part et d’autre du Détroit.

En mai 2022, François Danjou avait déjà identifié les prémisses de l’ajustement du ton de la diplomatie chinoise. Au milieu de fortes tensions attisées par les déclarations belliqueuses du Vice-ministre des Affaire étrangères Le Yucheng, l’Ambassadeur de Chine aux États-Unis Qin Gang célébrait comme chaque année l’anniversaire de la visite en Chine de Richard Nixon en février 1972. Lire : Chine – États-Unis. Entre vindicte nationaliste et volonté d’apaisement, la persistance des rancœurs.

« Même si, pour l’instant, Washington répond mal aux appels du pied de Pékin, le fait est que les signes clairs existent d’une volonté d’apaisement sino-américaine. Le plus évident est la célébration ostensible du cinquantième anniversaire de la venue en Chine de Richard Nixon, du 21 au 28 février 1972. »

Enfin, un autre indice que Pékin est en train, au moins en apparence, de tourner le dos à la stratégie de confrontation directe anti-occidentale, épine dorsale de la politique d’affirmation de puissance voulue par Xi Jinping et son réseau d’Ambassadeurs « loups guerriers » (lire : « Le Totem du Loup », symbole du nationalisme agressif de Pékin, allume des contrefeux en Asie du Sud-Est) est bien que le prochain ministre des Affaires étrangères qui prendra ses fonctions en mars, est précisément Qin Gang.

Pour autant le courant de pensée d’affirmation de puissance est loin d’avoir disparu du paysage politique chinois.

La faction de l’affirmation de puissance toujours au cœur du pouvoir.

Les tenants de la ligne souverainiste dure ont été promus lors du 20e Congrès. Wang Huning, 67 ans intellectuel idéologue dont la pensée s’est inspirée du philosophe français du XVIe siècle Jean Bodin, promoteur du « souverainisme comme puissance absolue de l’État » est toujours présent au Comité permanent où il occupe maintenant non plus la 5e mais la 4e place.

Quant à Wang YI, 69 ans, entré au Bureau Politique au 14e rang, une année après l’ancienne jurisprudence de l’appareil – il n’est pas le seul dans ce cas – qui imposait la retraite à 68 ans, est récompensé pour sa loyauté à Xi Jinping qui en 2013 accéléra le changement de ton de la diplomatie chinoise.

Sous ses ordres, le réseau diplomatique chinois a été animé par des ambassadeurs vindicatifs et batailleurs qui réfutaient du tac-au-tac les critiques des pays occidentaux contre la Chine sur le droit de propriété, les droits de l’homme ou et les mauvais traitements infligés aux Ouïghour.


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