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›› Editorial

Biden en Asie. Jeux de postures et d’influences. Une hypothèse d’apaisement ?

Le 24 mai, à Tokyo, les quatre nations de l’alliance QUAD, dont la solidité s’affirme par des réunions plus fréquentes et des manœuvres militaires communes à mesure que monte la perception de l’expansion chinoise dans la région. Autour de Joe Biden, à gauche le nouveau premier ministre australien Anthony Albanese, le Japonais Fumio Kishida et l’Indien Narendra Modi (photo Doug Mills/The New York Times).


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Du 20 au 24 mai, le président Joe Biden s’est rendu en Corée du Sud et au Japon. Depuis son entrée en fonction, le 20 janvier 2021, il y a 16 mois, c’était son premier voyage en Asie, dans les deux pays proches alliés de l’Amérique abritant un nombre important de bases militaires [1] et de troupes américaines.

Le voyage faisait suite à la première invitation en 45 ans, les 12 et 13 mai derniers, des dirigeants de l’ASEAN à la Maison Blanche. En pleine guerre en Ukraine, la succession des deux événements était un message appuyé de la volonté des États-Unis de rester malgré tout en première ligne en Asie, alors que les tensions avec la Chine qui n’ont pas faibli, étaient encore exacerbées par les menaces américaines mettant en garde Pékin contre la tentation de contourner les sanctions à la Russie.

Aux responsables de l’Asie du Sud-est réunis à Washington, Joe Biden a déclaré, enthousiaste que, dans les cinquante années à venir, une grande partie de l’histoire du monde s’écrirait dans les pays de l’ASEAN, avec l’Amérique qui y voyait aussi son avenir.

La démonstration de ce qui s’affirme comme un « retour » de l’Amérique venait plus de cinq années après que Donald Trump ait, en janvier 2017, brutalement tourné le dos à la stratégie du libre-échange exprimé par le « Trans-Pacific Partnership – TPP - » de Barack Obama.

Critiqué par des intellectuels comme Noam Chomsky et des hommes politiques démocrates très à gauche tels que Bernie Sanders qui y voyaient un risque de régression sociale portée par les féroces compétitions capitalistes, le pacte avait finalement été abandonné par le Congrès qui ne l’avait même pas examiné.

Sans l’Amérique et pris à contrepied, les pays du TPP avaient, en mars 2018, lancé la variante du « Comprehensive and Progressive Agreement for Trans Pacific Partnership – CPTPP - », accord de libre-échange entre le Canada et dix autres pays de l’Asie Pacifique dont l’Australie, Brunei, le Chili, le Japan, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapore et le Vietnam.

Moins de trois années plus tard, ce pacte conclu sans Washington était concurrencé par la riposte chinoise du « Regional Comprehensive Economic Partnership ».

Signée par vidéoconférence le 15 novembre 2020, elle créait la plus vaste zone de libre-échange au monde comptant pour 30% du PNB de la planète et englobant 15 pays (Chine, Japon, Corée du Sud, Australie, Nouvelle Zélande + 10 pays de l’ASEAN), avec cependant le sérieux bémol de l’absence de l’Inde. Lire : En l’absence de l’Inde, la Chine unique poids lourd du Partenariat Économique Régional.

Cette fois pourtant, « le retour de l’Amérique » désigné sous le nom de « Indo-Pacific Economic Framework IPEF – Cadre économique de l’Indopacifique » conclu avec l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie, le Vietnam, l’Australie, les Philippines Vietnam, les Philippines et la Thaïlande, se présente sous un angle très éloigné des attentes du libre-échange.

Fin de la course au libre-échange et rééquilibrage stratégique.

Le « cadre économique de l’Indo-pacifique » qui regroupe treize États, tourne le dos à la compétition sino-américaine pour le libre-échange. Il est vu par la Maison Blanche comme une instance coopérative dotée d’une capacité d’investissements de 50 Mds de $ promis par Washington pour réguler et appuyer les économies des treize pays en vue d’une meilleure résilience des chaînes de production, de la transition énergétique, de la lutte contre la corruption et d’une meilleure éthique d’entreprise, transparente et respectueuse du droit du travail.

Les objectifs précis qui visent sans le dire certaines pratiques occultes chinoises, sont : 1) Réguler l’économie connectée pour protéger les données ; 2) Renforcer la résilience des chaînes industrielles pour éviter les ruptures industrielles, sources d’inflation ; 3) Aligner l’économie sur les critères écologiques et climatiques ; 4) Améliorer l’éthique et la transparence pour lutter contre les blanchiments d’argent et la corruption.


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Le nouveau « cadre économique » qui ne comporte aucune réduction tarifaire et aucun accès préférentiel aux marchés intérieurs des signataires, est en effet bien plus un « forum » orchestré par les États-Unis destiné à la fois à réorganiser et renforcer le tissu macro-économique et logistique de la région dans le sens de plus de résilience industrielle, de plus d’éthique et d’un meilleur respect de l’environnement.

Surtout, il est, sans le dire explicitement, un moyen de surveiller et mieux encore « d’équilibrer » de manière coordonnée les initiatives économiques chinoises non respectueuses de l’environnement et de l’éthique d’entreprise.

Plus largement et selon la Maison Blanche, il s’agit « d’un arrangement économique conçu pour relever les défis économiques du XXIe siècle, allant de l’établissement de règles de conduite pour l’économie numérique à la consolidation des chaînes d’approvisionnement, en passant par l’appel aux investisseurs pour la réalisation des infrastructures d’une transition énergétique propre et l’amélioration des normes de transparence, de fiscalité équitable et de lutte contre la corruption. ».

Pour faire pièce aux « nouvelles routes de la soie » dans cette zone qui, avec l’Inde, compte 60% de la population mondiale forcément séduite par les prêts chinois, le projet prévoit 50 Mds d’investissements directs, annoncés dans la déclaration commune du 24 mai.

Enfin, le voyage de Biden, aura, à côté de son versant économique régulateur et de vigilance éthique clairement dirigé contre le foisonnement commercial chinois, réaffirmé la volonté d’un rééquilibrage stratégique face à l’expansion de Pékin.

La riposte s’affirme alors qu’après de longues années de recherche d’influence, la Chine vient de préciser ses intentions dans le Pacifique sud par un ancrage aux Îles Salomon qui lui donne le droit d’intervenir directement avec sa police pour y protéger ses intérêts. Lire : Aux Îles Salomon, Pékin perturbe la prévalence anglo-saxonne.

Le 24 mai, à Tokyo, les quatre pays du « QUAD » (États-Unis, Australie, Japon, Inde) (lire : Bruits de ferraille en mer de Chine de l’Est. Chronique d’un nationalisme enflammé et contrecoups) qui se désignent eux-mêmes comme un contrepoids démocratique, ont clairement ciblé, sans la citer, l’expansion de la Chine.

Note(s) :

[1Depuis la fin de la 2e guerre mondiale et la défaite du Japon, 50 000 militaires américains stationnent dans l’archipel sur 84 bases ou emprises, dont 19 à l’armée de l’air et la base aérienne de Yokota où se trouve le Quartier Général, 16 à l’armée de terre, 31 à la marine et 18 au corps des Marines.

Cette forte présence qui coûte annuellement au Japon 4,4 Mds de $, compensant 75% des dépenses américaines, a régulièrement été contestée par l’opinion publique, notamment après plusieurs dizaines d’exactions et crimes commis par les militaires américains. Les plus fortes réticences japonaises sont observées à Okinawa.

En Corée du sud, stationnent 28 500 militaires américains (18 500 soldats de l’armée de terre, 7800 aviateurs, 350 marins et 120 Marines) sur cinq emprises majeures qui abritent 90 avions de combat, 40 hélicoptères d’attaque, 50 chars de combat et 60 missiles sol-air Patriot.

Selon les derniers accords conclus en 2019 entre Séoul et Washington, le tout est financé par une contribution annuelle de 921,5 millions de $ à la charge de la Corée.


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