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Copenhague. La fronde de la Chine et des pays émergents

Ayant habilement réussi à se présenter comme le bon élève de la classe économique mondiale dès le printemps 2009, Pékin n’entend pas rester inerte sur les questions d’environnement. Deuxième pollueur de la planète, responsable de graves crises écologiques sur son sol, placée sur la sellette avec les Etats-Unis, largement en tête des pollutions mondiales, la Chine vient, à Copenhague, de prendre la direction d’une fronde internationale regroupant le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et le Soudan, qui préside actuellement le « G77 » des pays en développement.

En laissant filtrer une déclaration, dont les exigences placent les pays développés au pied du mur, la Chine, premier pays émergent qui prend une fois de plus la tête des nations en voie de développement, entend, avec ses alliés, faire contrepoids et prendre date face aux propositions danoises qui circulaient de manière informelle dès le deuxième jour de la conférence. Celles-ci distinguaient d’une part les pays en développement et d’autre part les pays les moins avancés, et prétendaient imposer aux premiers, dont la Chine, un effort de réduction des émissions de gaz bien plus important que celui qu’ils avaient envisagé.

Tout à son effort de rattrapage de puissance, objet de sa fierté et argument essentiel de sa légitimité politique, le Parti, rappelant la responsabilité des pays développés dans la pollution globale, rejette en effet comme injuste et prématuré le « pic d’émissions » de carbone fixé à plus ou moins 2020 pour tout le monde. Il refuse également l’obligation de vérifier les mesures prises en vue de réduire les émissions et condamne l’absence, dans la proposition danoise, de dispositions spécifiques favorisant les transferts de technologies propres.

La proposition du groupe des cinq, également appelé « BASIC », annonce d’emblée la couleur en affirmant que la priorité restait d’abord le développement économique et l’élimination de la pauvreté. C’est pourquoi le texte, dans une disposition apparemment hors sujet, propose la suppression des taxes à l’importation des produits en provenance des pays en voie de développement. Mais surtout, il rejette toutes les mesures contraignantes applicables aux pays en voie de développement, et demande aux Etats-Unis de réduire leurs émissions, sans avoir recours au « marché carbone ». Dans le même temps, ajoute la proposition, les efforts de réduction du Tiers Monde et des pays émergents ne devraient être soumis à aucun contrôle international. Le texte propose enfin la création d’un Fond Global du Climat, sous l’égide de l’ONU, destiné à aider les pays en développement.

Mais, soucieuse comme à son habitude, d’éviter une confrontation directe, la direction chinoise a tenu à relativiser la portée agressive du texte en expliquant qu’il s’agissait d’abord d’exprimer le mécontentement des pays en voie de développement en proposant une alternative à la position danoise, jugée inacceptable, laissant entendre qu’une négociation était possible pour peu que les exigences exprimées par le texte danois soient amendées. Il n’en reste pas moins que ces passes d’armes, au cours desquelles la Chine se positionne clairement comme le porte parole des pays en voie de développement, vecteur traditionnel de sa recherche d’influence stratégique en Afrique, en Amérique du sud et en Asie, dessinent les contours des tensions à venir entre pays développés - essentiellement les Etats-Unis - et les grands pays émergents.


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