›› Taiwan
Photo d’archives de Song Tao dans sa précédente fonction de Directeur du département de affaires extérieures du Parti. . (Source de l’Image : Peng Pai News)
Nommé à la tête du Bureau des Affaires Taiwanaises le 8 décembre 2022, successeur de Liu Jieyi, il avait rapidement affirmé que le projet de réunification sous l’égide du compromis « Un pays deux systèmes) et du « Consensus de 1992 - d’une seule Chine », n’était pas négociable.
Le hiatus est que la proportion des Taiwanais qui accepteraient « Un pays deux systèmes » est négligeable et que l’actuel pouvoir élu à Taiwan ne reconnait pas le « Consensus d’une seule Chine. [九二共識] »
En 2023, sa stratégie avait évolué vers des efforts pour diviser la société taiwanaise en s’efforçant de séduire ceux des Taiwanais effrayés par les risques de guerre. Lire https://www.questionchine.net/les-enthousiasmes-opportunistes-de-cheng-li-wun-en-question.
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Le 21 octobre, le directeur du Bureau des affaires taïwanaises (TAO) Song Tao, a tenu à Pékin une réunion exceptionnelle dite « semi-officielle » avec une délégation du Comité national sur la politique étrangère américaine (NCAFP), conduite par sa présidente, spécialiste des questions asiatiques, l’ex-diplomate Susan Elliott, qui fut Ambassadeur au Tadjikistan (2012-2015).
L’objet, dit-elle, était de contribuer à promouvoir le développement pacifique entre les deux rives du détroit de Taiwan.
Song Tao, en charge du Bureau depuis 2022, a placé son rôle dans le cadre plus large des relations entre les présidents Xi Jinping et D.Trump. En ligne de mire, il a mentionné le prochain sommet de l’APEC. Prévu à Shenzhen les 18 et 19 novembre, l’évènement accueillera un millier de chefs d’entreprises et de responsables politiques.
Parmi eux les chefs d’État et de gouvernement des pays riverains du Pacifique dont Xi Jinping, Vladimir Poutine et D.Trump au milieu d’une dizaine d’autres dont le Canadien Mark Carney, l’Australien Anthony Albanese, l’Indonésien Prabowo Subianto, le Sud-Coréen Lee Jae-myung, la Japonaise Sanae Takaichi, la Mexicaine Claudia Sheinbaum et le Néo-zélandais Christopher Luxon.
Une rencontre à deux entre Xi Jinping et D.Trump est prévue le 18 et peut-être une autre à trois, avec Vladimir Poutine, d’autant plus probable que le Président américain qui vient de brutalement tourner le dos à Volodymyr Zelinski, semble à nouveau saisi d’une singulière bienveillance pour V. Poutine qui détruit « sa petite sœur slave » par des frappes balistiques et des attaques de drones iraniens Shahed améliorés.
Alors que Taïwan achève ses exercices militaires annuels, incluant des entrainements pour faire face à un éventuel blocus maritime par l’Armée populaire de libération (APL),Song Tao a, selon un communiqué de son Bureau rappelé la position chinoise exposée par Xi Jinping lors de sa rencontre avec D.Trump. En substance, la question de Taïwan, ligne rouge souveraine de la Chine, n’est pas négociable.
Dans ce cadre, Song a exhorté la partie américaine à s’en tenir à « la position correcte », qui consiste à « s’opposer à l’indépendance de Taïwan, et à traiter la question avec la plus grande prudence. »
Pour sa part, a ajouté Song, Pékin continuera à « développer les échanges économiques et culturels dans le Détroit pour renforcer l’intégration de l’Île au Continent tout en s’opposant « résolument » aux ingérences étrangères et aux activités séparatistes.
Si la première partie de sa déclaration laisse entrevoir le projet de Pékin d’une réunification pacifique par les échanges entre les deux rives, en passant par pertes et profits le contraste politique démocratique de l’Île, la deuxième partie fustige les livraisons d’armes de l’Amérique considérées par Pékin comme une dangereuse ingérence dans les affaires de la Chine.
Face aux intransigeances de Pékin, le difficile chemin de la médiation.
https://cartonumerique.blogspot.com/2022/08/tensions-Taiwan-Chine.html montre les progrès balistiques des harcèlements chinois par missiles contre l’Île entre 1996 et 2022. Alors qu’il y a 30 ans, les impacts des tirs ne dépassaient pas la ligne médiane du Détroit, en 2022, ils dessinaient un blocus de l’Île au plus près des limites de ses eaux territoriales.
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En réponse, Elliott a justifié sa présence à Pékin d’abord en rappelant que la condition « nécessaire et cruciale » de la paix était de maintenir des canaux de communication et d’échanges « solides » entre Pékin et Washington dans un contexte mondial instable.
Disant cela, elle laissait entrevoir l’interdépendance structurelle entre les deux puissances rivales ayant pris conscience qu’elles sont condamnées à s’attendre. Mais, épousant au mot près le discours chinois, elle passait sous silence qu’au fond Pékin articulait sa stratégie extérieure au réflexe de rapports de puissance sur les questions économiques, technologique militaires ou diplomatiques.
L’un des meilleurs exemples de ce tropisme où le rapport de forces tient le haut du pavé a récemment été cité par Pascal Lamy ancien Directeur du FMI dans une interview à la revue « Grand Continent » publiée le 4 octobre https://www.questionchine.net/les-surproductions-chinoises-et-la-mort-programmee-du-commerce-mondial-ouvert
« [Quand] Le 9 juillet dernier la Commission a ouvert une enquête antidumping sur les importations de viande de canard de Pékin. Le lendemain, la Chine annonçait qu’elle interdisait temporairement toutes les exportations d’hélium, un gaz sans lequel il est impossible de fabriquer des semi-conducteurs. »
L’affirmation de puissance stratégique contestant l’hégémonie occidentale est aussi l’arrière-plan des « Nouvelles routes de la soie », analysé par François Gipouloux dans également « Grand Continent » du 7 août 2026 https://www.questionchine.net/l-asie-des-mers-entre-fernand-braudel-et-les-nouvelles-routes-de-la-soie
« Les Nouvelles routes de la soie sont une intégration par le haut, au moyen d’une initiative étatique de mobilisation de capitaux publics et d’un activisme diplomatique. Là est tout le paradoxe : en voulant territorialiser cet espace [maritime, vu comme une extension de son territoire] la Chine compromet précisément la mécanique d’intégration informelle [ayant présidé à l’unité du monde méditerranéen] qui en avait fait la force. »
Concluant son propos, Elliott a réaffirmé le rôle de son Comité, « passerelle pour favoriser le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit et contribuer à une stabilité stratégique constructive entre les États-Unis et la Chine. »
L’angle mort de sa profession de foi est que Pékin considère Taïwan comme faisant partie de la Chine et une entité qui doit être réunifiée quel que soit le désir politique des Taïwanais, par la force si nécessaire.
Là se situe le hiatus de la relation sino-américaine sur la question de Taïwan.
Washington, adhérant comme la plupart des pays à la « politique d’une seule Chine », condition que la Chine impose sans esprit de recul à tous les candidats aux relations normalisées avec elle, ne reconnait pas l’Île comme un État indépendant.
Mais prenant acte qu’elle vit sous l’égide d’un gouvernement autonome libre et démocratique, la Maison Blanche s’oppose à toute tentative d’en prendre le contrôle par la force et s’est engagé à lui fournir des armes.
Elle le fait, entre autres, au nom du « Taiwan Relations Act », (TRA) disposition de droit interne adoptée en 1979. Un des piliers de l’ambiguïté stratégique cultivée par Washington parallèlement à la reconnaisse la même année de la République populaire, le TRA, ne garantit pas explicitement que l’Amérique se porterait au secours militaire de l’Île en cas d’agression chinoise.
Mais, fondement légal de sa relation non officielle avec l’Île , il garantit de lui fournir, en dépit des protestations de Pékin, les moyens de se défendre.
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Au total, la diplomatie parallèle du Comité national sur la politique étrangère américaine, reçu par Song Tao à Pékin, apparait comme une initiative d’apaisement aux effets anesthésiants des tensions récurrentes dont les racines sont l’inquiétante intransigeance unificatrice du régime chinois.
Même s’il est difficile de sonder l’opacité des entrailles politiques chinoises on rappellera néanmoins qu’en 2020, au sein même de l’appareil militaire chinois, une voix s’était élevée contre les risques de l’obsession unificatrice.
Le 7 mai 2020, dans une interview au magazine hong-kongais Bauhinia, le général à la retraite Qiao Liang (乔良) auteur en 1999 avec son collègue de l’armée de l’air Wang Xiangsui (王湘穗) de « La guerre hors limites - 超限战 - » (par des moyens autres que militaires - économiques, technologiques, médiatiques et psychologiques). mettait en garde contre l’obsession unificatrice.
« La renaissance nationale ne se résume pas à la question de Taïwan. Elle n’en est même pas le point essentiel 台湾问题并非我复兴大业的全部内容, 甚至连主要内容都谈不上 ».Prenant le contrepied de la doxa officielle il avait martelé « Le point clé de la grande cause de renaissance nationale est le bonheur des 1,4 milliards de Chinois. 复兴大业的主要内涵是十四亿人的幸福生活 » (…) « Tout le reste doit céder le pas à cet objectif, y compris la solution de la question de Taïwan - 切都必须给这一大业让路, 包括台湾问题的解决. »