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›› Editorial

L’horizon de la Chine se brouille

Branle-bas militaire en Inde.

Sur le flanc sud de la Chine, le dernier développement meurtrier sur les hauteurs glacées du Ladakh (lire : Chine - Inde, l’improbable réconciliation.) conforte la stratégie de l’Inde d’améliorer ses capacités militaires et de multiplier les partenariats de défense, pour échapper au face-à-face avec Pékin.

D’autant que sa relation avec Islamabad – allié de la Chine qui l’a aidé à devenir une puissance nucléaire - est loin d’être stabilisée. Voir le § « Attaque terroriste et riposte » de l’article : Mohammed Ben Salman, la Chine, l’ONU, Masood Azhar, l’Asie du sud et l’Iran.

Les crispations entre les deux géants démographiques enracinées dans un profond contraste culturel, s’alimente aussi de la longue stratégie chinoise ayant développé des points d’appui autour de l’Inde jusqu’au Moyen Orient et en Afrique, en passant le Pakistan dont le dernier en date est Djibouti. Lire : La huitième perle.

Sécurisant les lignes de communication de la Chine vers les sources d’énergie du MO, elles confèrent à Pékin une prévalence globale dont l’Inde, parent pauvre de la rivalité prend ombrage. « La situation s’est compliquée avec la crise sanitaire actuelle. » ajoutent Eléa Beraud et Capucine Bourget-Olanier encore dans Asialyst.

« L’Inde se retrouve à dépendre principalement de la Chine pour s’approvisionner en principes actifs nécessaires à la fabrication de médicaments. Les autorités politiques et militaires indiennes persistent à voir en Pékin un rival dangereux. Selon elles, les Chinois profitent de la crise pour élargir leur sphère d’influence autour de l’océan Indien en portant assistance aux pays de la région. »

Du coup, mécaniquement, New-Delhi resserre ses liens stratégiques avec les pays capables de faire contrepoids à la Chine. Le 21 juin, un article du WSJ qui reprenait une note de Manoj Joshi chercheur du centre d’analyse « Observer Research Foundation » à New-Delhi, anticipait que l’Inde renforcera ses liens avec Washington, Londres, Canberra, et Tokyo.

Récemment « l’alliance à 4 de la zon Indo-pacifique ou “Quad“ » entre New-Delhi, Washington, Tokyo et Canberra a organisé des manœuvres navales dans l’océan indien. A la Maison Blanche, elle est vue comme l’un des mécanismes essentiels pour contrer les ambitions chinoises.

En Inde même, les ressentiments anti-chinois augmentent. Exacerbés au moment des funérailles des victimes des empoignades nocturnes au couteau du 15 juin, ils se prolongent par des campagnes pour boycotter les produits chinois.

La participation de Huawei au développement de la 5G est remise en question pour les groupes publics. « Les sentiments envers la Chine évoluent dans un sens très corrosif et exercent une forte pression sur le pouvoir » dit Ashley Tellis, ancien conseiller sécurité de l’administration Bush et chercheur au « Carnegie Endowment for International peace ».

Ashok K. Kantha, Directeur du Centre d’études pour la Chine à New-Delhi et ancien ambassadeur en Chine renchérit : « Les relations entre Pékin et New-Delhi sont à la croisée des chemins. Les deux sont soumis à de fortes pressions. Si Pékin ne corrigeait pas sa trajectoire, elles augmenteront ».

Pour autant, une riposte militaire, porterait le risque d’une escalade dangereuse avec la Chine dont le budget militaire est près de 3 fois supérieur à celui de l’Inde. En même temps, disent les analystes « Narendra Modi ne peut pas se permettre de céder à la Chine des territoires qui, dans certains cas, sont déjà intégrés à l’Inde. »

Voir le rapport de forces en Indo-Pacifique par Rémi Perelman.

Avec le Japon, une occasion manquée.

A l’Est, le Japon autre acteur du « Quad » dont les récentes manœuvres de rapprochement avec Pékin ont été contrecarrées par l’épidémie et l’annulation de la visite officielle de Xi Jinping à Tokyo prévue en avril, est partagée entre une alliance tumultueuse avec Washington à couteaux tirés avec Pékin et la volonté de Shinzo Abe, peut-être illusoire, de se placer en position d’arbitre.

A l’automne 2018, ce dernier était en Chine après avoir été pris à contrepied par D. Trump sur la question des déficits commerciaux. Lire : Shinzo Abe à Pékin. Au-delà des apparences.

Alors que le fond de la relation entre Tokyo et Pékin reste marqué par une profonde défiance dont la querelle autour des Îlots Senkaku – Diaoyu Dao 钓鱼岛 en Chinois – n’est que la pointe émergée [2], l’épisode du Covid-19 a refroidi les ardeurs de rapprochement de Shinzo Abe.

Lors de son discours annuel à la Diète en janvier, Shinzo Abe a certes souligné la responsabilité commune de Tokyo et Pékin pour garantir la paix et la prospérité dans la région, évoquant « une nouvelle ère de la relation sino-japonaise » dans un contexte où, ces dernières années, la relation avec Pékin s’est notablement améliorée [3]. Mais il a aussi rappelé l’importance de l’alliance avec les États-Unis, confortant ainsi le stationnement des forces américaines dans l’archipel, principal souci stratégique de Pékin.

En même temps, se souvenant avoir été pris à contrepied par les revirements de D. Trump sorti, à peine élu, du Transpacific Partnership en 2017, avant d’ordonner à son administration de le rejoindre au printemps 2018, il s’efforce d’élargir l’éventail de ses relations. Fin mai, alors que les tensions sino-américaines s’envenimaient, il a pris contact par vidéoconférence avec Charles Michel, président du Conseil européen et U. Von Der Leyen.

En arrière-plan, l’intention du Japon dont il ne fait aucun doute qu’elle n’aura pas été appréciée par Pékin, de « participer à la construction d’un nouvel ordre international avec les pays qui partagent les valeurs universelles de la démocratie, les droits humains élémentaires et l’État de droit ».

Autre sujet de crispations, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement provoquées par la pandémie ont initié un débat sur le rapatriement au Japon d’une partie des industries délocalisées en Chine. En avril, Tokyo a dégagé 2 Mds d’€ pour relocaliser hors de Chine les groupes japonais et éventuellement les réinstaller au Japon.

Enfin, alors que ces dernières années Tokyo s’inquiétait des mouvements de la marine chinoise autour de l’îlot Senkaku ayant entretenu une ombre sur la relation (lire cet article de 2013 exposant la sensibilité du sujet : Chine – Japon. Dérive guerrière, volonté d’apaisement et dangers nationalistes.), la perspective d’une visite prochaine de Xi Jinping au Japon s’est éloignée quand, en mai dernier, Tokyo a joint sa voix pour lancer une mission internationale d’étude indépendante en Chine sous l’égide de l’O.M.S pour comprendre l’origine de la pandémie.

Près de 8000 km au sud, l’Australie, grand partenaire de la Chine depuis l’ouverture du milieu des années 90, ayant systématiquement exprimé une volonté de dialogue et de coopération, est aujourd’hui entrée dans un cycle de relations avec Pékin qui a mené les deux au bord de la confrontation.

Fortes tensions avec l’Australie.

Récemment, un rapport du Centre des Études américaines de l’Université de Sydney appelait à renforcer les liens au sein des alliés de la zone indo-pacifique dans « un environnement stratégique dramatiquement dégradé par le déclin de l’influence américaine et les stratégies coercitives de l’autocratisme chinois ».

L’étude exprimait l’urgence de resserrer les liens avec Washington pour riposter aux « campagnes de désinformation et au chantages commerciaux exercés par Pékin ».

L’allusion renvoyait à la vulnérabilité des exportations agricoles australiennes vers la Chine (orge, viande de bœuf), par ailleurs 1er marché de l’Australie (32,6% de ses exportations de biens et services) et à la crainte que Pékin réduise ses achats de minerais de fer australien dont 80% sont exportés vers la Chine.

Notre analyse écrite il y a plus de dix ans exposait la complexité du secteur et, au passage, la brutalité de la réaction chinoise, d’ailleurs proche des pratiques américaines de coercition directe sur les personnes quand les intérêts nationaux sont en jeu : La crise avec Rio Tinto. Une affaire d’Etat aux ramifications gênantes.

En arrière-plan, chiffon rouge pour Pékin, l’insistance de Canberra pour, à la suite de Washington et de nombreux autres pays occidentaux, éclaircir les conditions du déclenchement de l’épidémie en Chine en janvier dernier et enquêter sur les relations entre et le gouvernement chinois. Lire : L’influence du parti communiste chinois sur l’OMS.

Pour faire bonne mesure, avec en miroir les tensions de Pékin avec le Canada autour de l’affaire Meng Wanzhou, fille de Ren Zhengfei, PDG de Huawei (Meng Wanzhou, symbole de la rivalité globale avec Washington et Chine, Etats-Unis, Canada, « Diplomatie de la peine de mort » : Ren Zhengfei, le PDG de Huawei sort de son silence), un tribunal chinois a, le 15 juin dernier condamné le citoyen australien Karm Gilepsie à la peine de mort pour trafic de drogue.

Le lendemain, Marise Payne, la ministre des Affaires étrangères de Canberra accusait publiquement Pékin de « diffuser des fausses informations » et de contribuer à installer « un climat de peur et de division » dans les relations internationales.

Son discours qui tournait le dos à la diplomatie discrète et feutrée, dont la tonalité de franchise annonçait celui d’Ursula Von Der Leyen une semaine plus tard, était un appel pour dénoncer ouvertement les stratégies intrusives de Pékin, battant le rappel des Chinois expatriés, par le truchement des réseaux sociaux et des relations avec les milieux académiques et politiques [4].

« Si la diplomatie secrète peut avoir son intérêt » dit-elle en substance, « Il est des moments où il devient nécessaire et vital d’exprimer ouvertement nos préoccupations » (…).

La succession des controverses avec Pékin a produit un effondrement de près de 30% en seulement deux années des opinions favorables à la Chine. Une récente enquête d’opinion révèle que seulement 23% des personnes interrogées font confiance au n°1 chinois Xi Jinping « pour agir de manière responsable » dans les relations internationales, contre 52% en 2018.

Les contrefeux à la nouvelle diplomatie chinoise articulée à des offensives frontales sans nuances se sont aussi levés dans l’ASEAN que pourtant le ministre des Affaires étrangères Wang Yi avait, dans sa conférence de presse en marge de l’ANP le 24 mai dernier, classé dans la catégorie des zones où l’influence de Pékin était apaisante, alors que disait-il, « le perturbateur » était Washington.

Note(s) :

[2Lire à ce sujet 2 articles de QC sur les relations sino-japonaises, le premier examine le fond de méfiance enracinée dans l’histoire ; le deuxième revient sur l’exercice très réussi de la visite de Hu Jintao, le prédécesseur de Xi Jinping en Chine au printemps 2008 : Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel et Chine - Japon. Un remarquable exercice de tolérance diplomatique

[3L’amélioration de la relation articulée à de puissants échanges commerciaux à plus de 300 Mds de $ annuels conforte la dépendance de l’économie japonaise à la Chine et limite la marge de manœuvre de Tokyo. Avec une moyenne de 120 Mds de $ d’investissement directs annuels et près de 170 Mds d’exportations en Chine, l’imbrication des deux économies qui tranche avec les hauts et les bas de l’histoire politique bilatérale est le fond de tableau incontournable de la relation.

[4Le 20 mai dernier, le CSIS, centre de recherche stratégique américain, financé par le milliardaire philanthrope Thomas Pritzker, publiait une analyse sur « la puissance montante des ambitions et de l’influence chinoise dans le monde » et ses effets sur l’Australie. On pouvait y lire que la Chine achetait 30% de tout ce que produisait l’Australie, tandis que les droits payés par les étudiants chinois comptaient pour 17% des revenus des universités du pays.

A ces terrains d’influence s’ajoutaient, dit le rapport, les efforts du parti communiste pour « coopter » les médias en langue chinoise ainsi que les associations civiques des Chinois expatriés.

Enfin, après avoir rappelé le scandale du sénateur Sam Dastyari contraint de quitter son poste après avoir accepté de l’argent d’une entreprise chinoise, le rapport notait que les opérations d’influence chinoises avait soulevé des contrefeux dans le pays.

Il appelait aussi au renforcement de la démocratie face aux formes diverses d’influence qui la menacent. Un mois après la publication du rapport, Shaoquett Moselmane, sénateur de l’opposition soupçonné d’avoir été corrompu par la Chine, ce qu’il nie, était contraint d’abandonner son siège en attendant la fin de l’enquête.


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