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›› Editorial

La peur du chaos et la tentation de l’autocrate

A la fin de l’année 2018, le président chinois s’est beaucoup exprimé, notamment : 1) à l’occasion du 40e anniversaire des réformes, 2) pour réaffirmer la politique taïwanaise du Parti réitérant sans surprise la volonté inflexible de réunification (l’affirmation qui ne portait aucun changement majeur sur le fond fera l’objet d’un article séparé dans le rubrique Taïwan) et 3) à l’occasion de ses vœux de nouvel an (photo) où il a présenté son bilan social, les vastes aménagements du territoire, son intention de poursuivre les réformes, la longue portée internationale des « nouvelles routes de la soie », exprimant une nouvelle fois la détermination du pays de protéger sa souveraineté. En revanche dans son adresse du nouvel an, il n’a fait aucune allusion directe au conflit avec les États-Unis, à la question de la mer de Chine du sud ou à Taïwan qu’il a traité dans une discours spécial adressé aux Taïwanais.


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A peine plus d’un an après le 19e Congrès où le Parti avait exprimé une assurance et une cohésion apparemment sans faille autour de Xi Jinping et de ses projets, l’année 2018 s’achève sur une série d’incertitudes, ponctuées par des critiques plus ou moins ouvertement exprimées depuis l’intérieur même du sérail.

Après les doutes publics en juillet dernier de Xu Zhangrun, professeur de droit à Qinghua (lire : Fêlures.) qui relayait le scepticisme de nombre d’intellectuels, voilà Xi Jinping confronté aux sévères critiques de Xiang Songzuo, professeur d’économie à l’Université du peuple au moment où, à la mi-décembre, le Parti célébrait le 40e anniversaire des réformes (lire : Avis de tempête économique.).

Sur la sellette l’indécision et le flou des trajectoires de la réforme, créant un flottement dans l’administration, elle-même d’autant plus touchée au vif qu’un article du Global Times lui imputait l’affaiblissement de l’élan réformateur. Il est impossible de sous-estimer le potentiel de crise politique interne généré par les accusations transformant la très ancienne et très fidèle bureaucratie chinoise en bouc émissaire des errements venant de l’exécutif lui-même.

Confronté aux affres de la guerre commerciale avec Washington, dilatée en rivalité globale, oscillant entre les références marxistes et la promotion de l’entreprise privée, la Direction politique aux prises avec les obstructions des groupes publics, bastions conservateurs réticents à se plier aux exigences de la transparence et de la séparation des affaires et de la politique, est aussi confrontée aux premiers retours en demi-teinte des grands projets des « Nouvelles routes de la soie ».

Les « routes de la soie ». Entre vertu économique et dérapages politiques.

La plupart des dysfonctionnements des projets des nouvelles routes de la soie viennent de la verticalité autocratique du système politique, attisant les hyperboles et les erreurs d’appréciation financières. Mais tous les projets ne sont pas néfastes. Dans nombre de pays ils apportent des flux financiers et commerciaux qui redynamisent les économies locales.


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Au milieu des critiques stigmatisant la faible rentabilité des projets parfois peu viables ou faisant double emploi, glosant sur les « pièges financiers » tendus aux pays insolvables, à quoi s’ajoutent la critique des arrière-pensées d’influence stratégique et celles pointant l’utilisation univoque de la main d’œuvre chinoise importée, Nisid Hajari, ancien éditeur de Newsweek et de Time Asia à Hong Kong, proposait le 2 novembre dernier dans Bloomberg une analyse équilibrée de la situation de la nébuleuse de projets devenus l’emblème indépassable des stratégies extérieures de Pékin depuis 2013.

S’il est vrai qu’il est impossible que les « Nouvelles routes de la soie » échouent, portées par le volontarisme politique de Xi Jinping et l’appui obligé des banques publiques chinoises finançant les projets qu’ils soient vertueux [1] ou ruineux, il n’en demeure pas moins que la sagesse voudrait que Pékin réduise ses ambitions montées en neige, même si les critiques systématiques adressées par les Occidentaux inquiets de l’influence montante de la Chine manquent, volontairement ou non, la partie positive de l’image.

Que les projets élargissent l’empreinte chinoise heurtant les sensibilités occidentales ne préjuge en effet pas de leurs effets socio-économiques néfastes. Il est des zones où les stratégies chinoises sont bénéfiques. De plus en plus impliquée dans des régions à risques telles le Pakistan et l’Afghanistan ou délaissées comme en Afrique, la présence de Pékin déjà ancienne pourrait avoir un effet stabilisateur, facteur d’apaisement. Lire : Le pragmatisme chinois et le bourbier afghan.

Surtout des projets revus à la baisse, mieux gérés et moins politiques pourraient, à l’avantage de tous, promouvoir le commerce et les flux de capitaux privés dans des régions restées en marge du développement.

Il reste que nombre de difficultés actuelles prennent racine dans le fonctionnement hiérarchique vertical du système politique chinois.

Encouragés par les rhétoriques triomphalistes et l’esprit courtisan donnant lieu à des compétitions toxiques, à des prêts débridés déraisonnables assortis du mépris des opinions locales fondent les critiques, non seulement des observateurs extérieurs, mais aussi du sérail politique chinois lui-même.
Obéissant aveuglément aux hyperboles de l’exécutif et de ses thuriféraires de la propagande, les banquiers et les bureaucraties locales se sont imprudemment engouffrés dans des entreprises parfois pharaoniques sans en vérifier la viabilité.

Prenant acte de ces dérapages, craignant un emballement, le régime a ordonné à ses banques de travailler en liaison avec la banque mondiale pour vérifier la viabilité des projets, tandis que le nombre de contrats signés dans les pays cibles des « Nouvelles routes » a baissé de 28% au cours des 8 premiers mois de 2018.

Notes :

[1Il faut nuancer les critiques qui, sans prendre le moindre recul, fustigent systématiquement tous les projets utilisant les mêmes arguments. Un récent rapport de Harvard mis en ligne par le Département d’État américain citait Dirk Willem de Vilde, expert chercheur et Directeur des actions internationales à l’Institut américain du Développement d’Outre-mer de Londres, massivement engagé en Afrique. Rejetant les jugements « en noir et blanc », il soulignait les vastes bienfaits de la coopération chinoise en Afrique dans les domaines des infrastructures de transports, des mines et des écoles.

Selon les auteurs, le développement des investissements chinois dans les services, la production industrielle et la formation contredit l’accusation d’une réplique coloniale d’une coopération chinoise qu’il dépeint comme bénéfique pour les deux parties. Au passage, le rapport soulignait l’implication de la Chine, très positive pour son influence et son image, dans l’aide sanitaire, rappelant que, lors de l’épidémie d’Ébola en 2015, les médecins chinois avaient joué un rôle crucial.

Lire : L’Afrique, la Chine et l’Europe.


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