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›› Taiwan

Le KMT s’alarme des déboires de son candidat. Net redressement de la popularité de Tsai Ing-wen

Tsai Ing-wen et Han Kuo-yu, deux personnalités symboles des tumultes visibles et cachés agitant la conscience des Taïwanais. La présidente porte un projet de rupture avec la Chine. Ostracisée et harcelée par Pékin en dépit de sa prudence, elle observe avec espoir sa cote de popularité en hausse. Elle doit une partie de ce rebond à l’impatience chinoise qui, angoissé par la crainte d’une marche vers l’indépendance de l’Île finit par susciter un rejet dans l’électorat.

Han Kuo-yu, insolite électron pas tout à fait libre a été porté au nom du KMT à la tête du fief indépendantiste de Kaohsiung par la puissance d’une vague populiste dont beaucoup soupçonnent qu’elle est manipulée par la Chine. Sa popularité faiblit sévèrement au point que le sérail du Parti s’interroge pour la 2e fois en moins de 4 ans s’il ne doit pas révoquer son investiture. Mais, l’ayant déjà fait pour Hung Hsiu-chu jugée trop proche de Pékin évincée in-extremis à moins de 3 moins du scrutin de la présidentielle 2016, une nouvelle exclusion du candidat du KMT troublerait considérablement le Parti. Il est difficile de ne pas considérer que ces ratés successifs ne reflètent pas le désarroi du KMT tiraillé entre son idéologie réunificatrice et les impatiences de Pékin de moins en moins acceptées dans l’Île, déjà alertée par les tumultes de Hong Kong.


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Il y a une semaine, Michael Cole publiait dans « Taïwan Sentinel » une analyse spéculant sur les hésitations et les fragilités du Guomindang aux prises avec les conséquences politiques du surgissement brutal à Kaohsiung de la figure de Han Kuo-yu, vu par beaucoup comme le relais occulte de Pékin dans la course présidentielle de janvier 2020.

Il est vrai que la sensibilité politique de Cole rattachée à sa participation de 2014 à 2016 au Centre de recherche « Thinking Taïwan » fondé par Tsai Ing-wen dont il fut le rédacteur en chef, pourrait voiler l’objectivité de son jugement.

On lui accordera cependant que la vaste expérience d’éditorialiste au Taipei Times de cet ancien officier de renseignement des services canadiens à Ottawa, sa collaboration avec l’Université de Nottingham et avec le Centre Français de Recherches sur la Chine contemporaine, tout comme ses 5 ouvrages sur Taïwan dont le dernier « Convergence or conflict in the Taiwan Strait : the illusion of peace ? » (Londres et New York Routledge 2017, 215 p.) [1] construisent un arrière-plan académique qui plaide au moins pour le sérieux de ses analyses.

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En quelques mois, écrit Cole, Han le sauveur du KMT est devenu un problème embarrassant pour le Parti. « Il est difficile de dire ce que concoctent les instances dirigeantes du vieux parti nationaliste, mais il est probable que Han et ses supporters n’aimeront pas ce qui se trame ». Surgi de nulle part, le nouveau maire de Kaohsiung a certes créé une dynamique politique salutaire pour le parti encore mal remis des échecs électoraux de 2014 et 2016.

Poussé par une vague populiste, l’homme animé d’une énergie apparemment irrésistible, porté par l’appui hyperbolique des médias sociaux, s’est, sans coup férir, également emparé de l’investiture du Parti pour la présidentielle de janvier. Ce faisant il a pris à contrepied les caciques de l’appareil qui ne l’apprécient que modérément. Depuis que sa cote de popularité faiblit, leur méfiance à son égard augmente.

L’étoile populiste de Han Kuo-yu pâlit

Conduite par l’Institut Beacon Marketing & Research Co sur les adultes de plus de 20 ans dans les districts et les municipalités de l’Île, l’enquête montre que depuis avril 2019, la popularité de Han s’est effondrée de 50,3% à 34,6%.


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Progressivement, le charme s’est rompu. Les bravades et les bons mots de l’homme à la sempiternelle chemise bleue, tombent à plat. Toujours en retard aux réunions qu’il ne prépare pas, émettant des avis et des consignes contradictoires, sa magie qui promettait de changer en or tout ce qu’il allait toucher, n’opère plus. Peu à peu l’homme devient non seulement la risée de ses adversaires du DPP, mais aussi l’objet de la rancune des instances traditionnelles de l’appareil.

Au départ beaucoup regardèrent avec sympathie l’énergie nouvelle insufflée par ce spadassin ayant arraché de haute lutte l’investiture du KMT à la présidentielle ; d’autres plus critiques restèrent muets anticipant avec prudence l’éventualité qu’il soit élu président en janvier prochain.

Mais sous la surface des appuis factices, c’est le scepticisme et le malaise qui dominent. Certaines figures comme le maire du Nouveau Taipei Hou You-yi, 62 ans, ancien Directeur général de la police (2006 – 2008), ne cache plus son hostilité, tandis que la Maire de Taichung Lu Shiow-yen, 57 ans, ancienne journaliste titulaire d’un master de relations internationales s’est déclarée « trop occupée » pour soutenir Han dans la course à la présidentielle.

Surtout, la mouvance des supporters de Han qui fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux s’est imprudemment attaquée au très madré Wang Jin-pying, 78 ans, titulaire de Masters de sciences et de mathématiques, ancien président du Yuan Législatif réélu 8 fois de 1996 à 2016.

D’un caractère rebelle, Wang qui fut aussi vice-président du KMT, avait déjà exprimé une contestation à l’égard de Ma Ying-jeou dont il réprouvait sa trop grande ouverture à la Chine, quand, le 26 mars 2014, Président du Yuan législatif, arguant de l’indépendance du pouvoir législatif, il refusa de faire évacuer le parlement occupé par les étudiants.

Contre-attaque de Wang Jin-pying et désarroi au KMT.

Le 23 août Wang Jin-pying, à droite, a montré sa solidarité avec Terry Go au Centre et Ko Wen-je à gauche. La manœuvre isole ostensiblement Han Kuo-yu, le candidat officiel de KMT. La personnalité respectée de Wang qui fut président du Yuan Législatif de 1996 à 2008 pourrait peser de manière décisive contre Han Kuo-yu et Tsai Ing-wen. De plus, s’étant opposé à Ma Ying-jeou en 2014 en refusant de faire évacuer les étudiants occupant les locaux du Yuan Législatif pour protester contre l’esprit de réunification rampante de l’accord cadre, il apporte la caution rassurante de sa méfiance à l’égard de la Chine. Un garde-fou dont aucun autre prétendant hormis Tsai Ing-wen peut se prévaloir.


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Si elle était confirmée, la contre-attaque de Wang dont l’expérience et l’habileté politiques sont infiniment supérieures à l’amateurisme du maire de Kaohsiung porterait le risque d’un piège mortel pour la trajectoire présidentielle de Han. La rumeur court en effet que l’ancien Président du Yuan législatif aurait apporté son soutien à un rapprochement politique entre le maire de Taipei Ko Wen-je et Terry Gou, ancien PDG de Foxconn, candidat malheureux à l’investiture du KMT contre Han.

Le 23 août dernier, à 5 semaines de la date limite des dépôts de candidature, fixée à la fin septembre, les trois étaient assis côte à côte au premier rang à la cérémonie de commémoration de la première crise dans le Détroit d’août 1958.

Par cette riposte, Wang ferait d’une pierre deux coups. Outre qu’il rebattrait les cartes du KMT déstabilisé par un coup direct dont personne ne peut anticiper les conséquences, il s’insinuerait – même s’il n’était pas officiellement candidat - dans la présidentielle comme le garde-fou d’une mouvance de politiciens soupçonnés d’être trop proches de Pékin.

Preuves que le Parti ne sait plus très bien où il en est, les rumeurs circulent d’une éventuelle mise à l’écart de Han, comme ce fut le cas pour la candidate Hung Hsiu-chu évincée in-extremis à moins de 3 moins du scrutin, lors de la présidentielle de 2016 (lire : Branle-bas au KMT.).

La direction politique calcule ses options, consciente de la mauvaise impression sur l’électorat d’une nouvelle disgrâce de son candidat à quelques semaines de la présidentielle, sans compter que la vague populiste mal embouchée des appuis de Han sur les réseaux sociaux pourrait mettre à feu le KMT si son candidat était évincé.

En même temps Eric Chu, ancien président du KMT vaincu par Tsai en 2016 était à Washington pour rassurer les appuis américains du KMT et les soutiens de l’Île au Congrès inquiets de la trop grande proximité de Han Kuo-yu avec Pékin. Mais récemment un discours de ce dernier à la Chambre de commerce américaine à Taipei n’a pas rassuré Washington.

Ce n’est pas nouveau. L’homme ne semble pas avoir une grande conscience politique. Interrogé en juin sur la question de Hong Kong par un journaliste, il avait répondu qu’il n’était pas au courant des manifestations massives se déroulant dans la R.A.S.

Quelques jours plus tard, pour désamorcer les critiques qui fusèrent sur les réseaux sociaux, son équipe de campagne a mis en ligne une déclaration en 6 points résumant la position traditionnelle du Parti. Elle allait du rejet de la formule « Un pays deux systèmes » à l’espoir que le gouvernement de Hong Kong répondrait à l’appel de sa population, en passant par le soutien à l’État de Droit dans la R.A.S et à la mini-constitution du territoire, « piliers du développement économique ».

Notes :

[1Publié au moment où les observateurs analysaient la première année du mandat de Tsai Ing-wen et la brutalité des réactions chinoises alors qu’on s’interrogeait encore sur la position à venir de la Maison Blanche, le livre couvre la période allant de la précédente administration issue du Minjindang de Chen Shui-bian (2000 – 2008) à la période précédant les élections de janvier 2016 et leurs conséquences immédiates.

La simultanéité des défis lancés à Pékin par Taïwan (Occupation du Yuan législatif ; lire : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question) et Hong Kong (Occupy Central ; lire : Hong Kong : « Occupy Central » s’étiole, tandis que resurgit le contentieux sino-britannique) ont conduit Cole à consacrer une grande partie de l’analyse aux développements de la situation dans la R.A.S.

Dans les deux cas, analysait Cole, les perspectives sont sombres, d’autant qu’en démantelant les accords du « Trans Pacific Partnership », la nouvelle Maison Blanche a laissé le champ libre à la Chine au moment même où la démocratie est partout assiégée en Asie.

Justement l’argument central de Cole consiste à ériger l’Île en symbole de la démocratie globale en rappelant l’opposition des Taïwanais tous partis confondus à la fois à la réunification avec une Chine communiste autocrate et à la proposition « Un pays deux systèmes » qui montre ses limites à Hong Kong.

Après avoir expliqué que, dans le cas extrême d’une décision chinoise d’agression militaire de l’Île, les robustes capacités militaires de Taïwan, obligeraient Pékin à mettre en œuvre une violence d’un niveau inédit qui devrait soulever la réprobation unanime des nations libres, Cole élargit la question à la défense globale de la démocratie menacée par les calculs à courte vue des adeptes de la « Realpolitik ».


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