›› Chronique
Direction Datong par la G-109
Sortie à Horinger, encore en Mongolie intérieure, et une nouvelle montée abrupte dans de très beaux paysages. Nous roulons à petite allure et découvrons ici et là les restes de murailles orientées face au Nord, comme celles du hameau de Dagegong, qui alternent avec une longue suite de villages pauvres. La neige est encore présente sur les sommets qui, pour certains, culminent à plus de 2500 mètres.
La montée continue, au milieu de paysages extraordinaires, par un col à près de 2000 mètres, suivie d’une descente vers Ninglu Baocun sur la S-210. Durant toute la descente nous admirons encore les traces des anciennes murailles, et arrivons dans ce village fortifié de l’époque Ming. Fortement dégradé par le temps, il dégage cependant une impression de force et de puissance, contrôlant l’entrée de la vallée. Le village a été abandonné par les jeunes générations. Seuls restent les vieilles personnes, regroupées au soleil, à l’abri d’un ancien mur des esprits. La chanson de Jacques Brel, plane dans nos têtes. Nous traverserons d’innombrables villages de ce style jusqu’à notre arrivée.
Bouddhas de Yungang.
En arrivant sur le site, nous avons songé à notre dernier passage dans ce lieu, le plus ancien de l’histoire bouddhique chinoise. C’était il y a dix ans.
A l’époque, l’approche se faisait par l’ouest, le long de la rivière, et, au débouché de la falaise, au pied de la ville fortifiée sur le sommet de la colline, apparaissaient les premières grottes, avec leurs 51000 statues. Il y avait bien déjà dans l’air un relent de poussière de charbon, mais elle était compensée par la vue extraordinaire de ces grottes, le long d’une voie de cyprès séculaires. La magie du lieu faisait son effet, et nous déambulions, étonnés par l’imposante majesté du lieu, et la finesse du travail des sculpteurs.
Depuis que l’ensemble des grottes a été reconnu par l’UNESCO, en 2001, une nouvelle dynamique est en train de transformer le site de manière radicale. Il suffit maintenant de traverser les crassiers de charbon et les usines chimiques construites entre-temps, et vers l’est, où se trouve la nouvelle entrée, on est submergé par l’atmosphère populaire et bon marché d’un « Bouddha Land » à la chinoise. Un vaste parking, une allée d’arbres fraîchement plantés, transportés par camions de la province voisine, nous conduit à un lac artificiel, reste de l’ancienne rivière aujourd’hui à sec, juste avant un ensemble de bâtiments en béton, recouverts de toitures de style Ming.
L’ensemble, récemment terminé, n’est pas laid. Mais la vue, en arrière plan, des mines en exploitation, défigure gravement le site. Le poids du charbon dans l’économie chinoise agit ici comme un tyran inflexible, sans aucun égard envers la magnificence et la majesté de ce site tellement chargé d’histoire.
Lassés par la marche le long de cette allée artificielle, arrivés au pied de la nouvelle entrée du lieu, nous battons en retraite, incapables d’accepter la juxtaposition insolite et impudique de la tyrannie du charbon et de l’extrême finesse de l’art bouddhique, preuve de l’infinie capacité chinoise à concilier les contraires, pour tenter d’en tirer le meilleur avantage économique.

