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Pékin ce n’est pas de la tarte

Chapitre III

Tianjin, petit village de dix millions d’âmes, est situé à un peu plus de cent kilomètres de Pékin au bout d’une autoroute bordée des carcasses fumantes des accidents du jour et des traces des cyclistes audacieux, incrustées dans l’asphalte par les roues des 30 tonnes qui déferlent à tombeaux ouverts, à la suite de tentatives de traversées manquées... En un mot, l’autoroute est peu mortelle mais bien pratique ; Grâce à elle, Tianjin n’est plus qu’à une heure de route et deux heures d’embouteillages de Pékin... Je vous invite à la prendre lors de votre prochain séjour en Chine car TEDA, la zone industrielle situé à l’est de Tianjin, en direction du port de Tangu doit, si l’on en croit le sacro-saint 11e plan quinquennal de développement, devenir la prochaine grande zone spéciale de la Chine, le pendant nordiste de Shenzhen et de Shanghai...

Le plan quinquennal, 20 ans plus tôt, c’était encore la Bible du développement : c’était la liste des projets qui verraient le jour. Un projet non inscrit au Plan n’avait aucune chance de se réaliser. Il suffisait donc de se reporter au Plan pour savoir les projets auxquels il fallait s’intéresser. Le seul léger problème était que le Plan était en grande partie secret... Depuis cette époque lointaine, le Plan a changé : il n’est plus secret mais il ne comporte plus de liste de projets. Il n’émet plus que des directives vers lesquelles devront se diriger les décideurs locaux...

Donc, en fonction des directives du dernier Plan, TEDA devrait accéder au rang envié d’archevêché du nouveau culte : l’Église de la Manne Extérieure.

Il n’y manque ni les Grands Prêtres de l’Investissement, ni le bas clergé des fonctionnaires en charge de la promotion, ni les offrandes, ni les rites... Et pour le moment, ça marche... Les danses sacrées des chamanes du Big-business amènent toujours leurs contingents d’investisseurs qui viennent faire pousser là, les devises qu’ils espèrent empocher ailleurs... Alors les autochtones continuent leurs sacrifices et les dollars ne cessent d’affluer... Des centaines de kilomètres carrés de terrain encore en friche attendent que le Dieu Cargo exauce leurs prochaines prières... La main d’œuvre docile et bon marché, attend derrière d’invisibles miroirs, les prochains clients, pour remplir les containers de chemises, de disjoncteurs, de cravates Herpès, de cuvettes en plastique, de DVD et de charentaises fourrées d’acrylique...

L’hôtel California, où avait lieu le colloque, était situé au nord de cette ville nouvelle, accolé au centre de conférence. Pour le moment, l’hôtel ressemblait plus à un cirque qu’à autre chose. Il était envahi de zombies en costume de ville, un sonotone à l’oreille, parlant à leur bouton de manchette ou à leur revers de veston... Le spectacle était saisissant.

- Nous ne sommes pas là en planque, avait déclaré Weng à ses sbires, mais pour prévenir tout incident et décourager toute velléité de commettre un attentat. Alors, n’ayez pas peur de vous montrer et de faire du zèle...

La consigne avait été suivie à la lettre et avec une telle densité de gardes de sécurité au mètre carré, toute tentative d’entartrage de VGE ou d’un des grands industriels l’accompagnant, allait tenir du miracle ou de la mission Kamikaze...


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