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›› Editorial

Voyage de Xi Jinping dans une Europe désunie. Au-delà des postures, le coup de froid avec Bruxelles et la longue rémanence des intérêts nationaux chinois

Chine – Europe, les illusions déçues.

Après les tensions générées en 2020 par l’omerta chinoise sur la Covid-19, l’élan initial pro-européen des Nouvelles Routes de la soie s’est progressivement émoussé.

Initialement vus par Pékin comme la voie d’exportation vers l’Europe des surcapacités industrielles chinoises, un canal d’investissements de Huawei dans les réseaux européens des télécoms et la prise de participation financière, parfois majoritaire, des groupes logistiques chinois dans une douzaine de ports européens majeurs, les projets ont perdu de leur force.

La bascule stratégique chinoise tournant le dos à l’Occident et à l’Europe, déjà à l’œuvre depuis plusieurs années, s’est accélérée en 2012.

Elle s’est concrétisée par plusieurs manœuvres navales conjointes sino-russes dont une en Méditerranée en 2015, une première pour la marine chinoise, une autre trois mois plus tard à proximité de Vladivostok, suivies par une série de vétos sino-russes bloquant l’intervention occidentale en Syrie contre Bachar-El-Assad, reçu à Hangzhou avec son épouse, le 23 septembre 2023 jour de l’ouverture des 19e jeux asiatiques.

Une autre étape de la rupture Chine – Europe eut encore lieu à l’hiver et au printemps 2021 quand Pékin décida de sanctionner plusieurs responsables politiques, députés, universitaires et deux instituts de recherche européens après la condamnation par le parlement et Bruxelles de la politique de mise au pas culturelle des Ouïghours au Xinjiang.

Dans la foulée, la ratification de l’accord sur les investissements que Pékin attendait depuis près de dix ans, signé en catastrophe à la fin 2020, grâce au volontarisme d’Angela Merkel, était renvoyé aux calendes grecques.

Enfin, comme pour faire contrepoint aux tensions avec l’Europe, le point d’orgue spectaculaire du rapprochement avec Moscou fut la grandiose réception de Vladimir Poutine lors de l’ouverture des Jeux d’hiver de Pékin, le 4 février 2022, trois semaines avant l’attaque russe contre l’Ukraine (lire : Mise en scène stratégique sino-russe dans le cadre gandiose des JO).

Le malentendu français.

En commençant son voyage par Paris, Xi Jinping, pur produit du léninisme revisité par Mao, savait bien qu’il toucherait en France la corde historiquement sensible de la presque mythique « troisième voie » de la reconnaissance par Charles de Gaulle de la Chine, en 1964, sept années avant son admission à l’ONU et quinze années avant sa reconnaissance par Washington.

Le discours réaliste et prémonitoire du Connétable n’était pas sans critique de la Chine. S’il disait qu’elle était « un État plus ancien que l’histoire », abritant un peuple « orgueilleux, patient et industrieux », il le voyait aussi, « naturellement fermé sur lui-même et manquant collectivement de cohésion et de méthode. »

Mais sa lucidité touchait à ses limites, quand, sans nier la brutalité du Parti communiste, ni les humiliations subies par la Chine face à l’Occident au XIXe siècle qui furent à la racine de la révolution de 1911, il manquait la partie de l’image de la trace révolutionnaire maoïste dont la plus extrême effervescence destructrice allait précisément s’exprimer deux ans plus tard par la « révolution culturelle » dont le chaos dura dix années jusqu’à la mort de Mao en 1976.

En juillet 1970, en plein « chaos culturel » (lire : « Renverser ciel et terre » Une plongée saisissante dans la tragédie de la révolution culturelle), mis en œuvre par une nuée de « gardes rouges » destructeurs et assassins, André Bettencourt ministre chargé du Plan et de l’Aménagement du Territoire de Georges Pompidou, qui fut reçu par Mao, dont la tête était ailleurs, crut pouvoir lui dire qu’après la reconnaissance de la Chine par Charles de Gaulle en 1964, Paris pourrait à nouveau jouer un rôle en Asie.

Mais Mao, tout à son idéologie de « révolution permanente » lui répondit en substance qu’après sa défaite à Dien Bien Phu obtenue par le Viêt-Minh grâce à la logistique chinoise, la France ne jouerait plus aucun rôle en Asie.

En France on aurait tort de croire qu’à côté des goûts populaires chinois pour la mode, les parfums et les emplettes aux galeries Lafayette, cet arrière-plan où voisinent la fibre révolutionnaire radicale, une claire irrévérence pour la France coloniale vaincue en Indochine, aurait complètement disparu de la pensée de Xi Jinping.

La réalité est que malgré « les séductions pyrénéennes » déployées par le Président français en réponse à l’invitation que lui avait faite Xi Jinping à Canton sur les traces de son père en avril 2023, l’appareil politique chinois étroitement contrôlé examinera les requêtes du Président français à l’aune de ses intérêts, de ses convictions et de ses postures stratégiques anti-occidentales.

Alors que la Commission a démarré une enquête sur le dumping du prix des véhicules électriques, Pékin la voit comme une mauvaise foi européenne, à la remorque de Washington, destinée à freiner l’expansion commerciale chinoise ;

Au moment où plusieurs entreprises chinoises sont sanctionnées pour commercer avec la Russie, la probabilité d’une pression efficace de Pékin exercée sur Vladimir Poutine destinée à mettre fin à la guerre en Ukraine pourrait être mince si on se souvient que le Président russe est, selon ses propres dires, attendu en Chine d’ici la fin mai.

Même l’espoir d’une trêve olympique suggérée par le Président français alors même que les athlètes russes subiront l’avanie de ne pas être autorisés à concourir sous leurs couleurs nationales, avec l’absurde et inutile humiliation d’un hymne composé pour la circonstance, parait aujourd’hui hasardeuse.


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