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›› Editorial

Voyage de Xi Jinping dans une Europe désunie. Au-delà des postures, le coup de froid avec Bruxelles et la longue rémanence des intérêts nationaux chinois

Comme il l’avait fait lors de la visite à l’Élysée de Xi Jinping en mars 2019, quand il avait convié Jean-Claude Junker, Président de la Commission européenne, cette fois Emmanuel Macron a invité Ursula Von Der Leyen. Mais alors qu’il y a cinq ans, il avait associé Angela Merkel pour qualifier Pékin de « rival systémique », cette fois Olaf Scholz était absent.
En arrière-plan il n’est pas impossible – c’est une hypothèse - que le Chancelier fédéral dont le commerce est toujours très impliqué en Chine (lire : Le grand-écart d’Olaf Scholz en Chine) ait, par crainte des représailles chinoises, refusé d’être associé à Paris en pointe dans la quête de réciprocité commerciale avec Pékin et dans la stratégie de riposte légale au dumping chinois sur les prix des véhicules électriques.
Le non-dit de l’éventuelle posture répressive de Bruxelles est que sa mise en œuvre sera compliquée dès lors que le groupe automobile chinois BYD ouvre en Hongrie, membre de l’UE, une usine de production de ses voitures électriques. Photo Feng Yong Bin / China Daily.


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Le 9 mai, dernier, Xi Jinping et son épouse Peng Li-yuan, arrivaient à Budapest, dernière étape de leur voyage en Europe après Paris et Belgrade.

Ils furent chaleureusement accueillis par Viktor Orban, 61 ans, ancien militant anti communiste, à la tête du gouvernement depuis 2010 et en froid avec Bruxelles, qui le critique notamment sur sa conception démocratique « illibérale », sa proximité avec Moscou et Pékin et ses réticences nationales face à la politique migratoire de l’Europe.

Cinq années après son dernier périple en Europe qui, en mars 2019, huit mois avant la pandémie, l’avait déjà conduit à Paris, Rome et Monaco, les étapes serbe et hongroise du Président Xi étaient les seules rescapées de la stratégie chinoise 17+1 de pénétration de l’Europe par le sud initiée par Wen Jiabao en 2012, mais dont le climat de coopération vertueuse avait déjà commencé à se brouiller sous la surface dès 2015 et 2016 par les défiances de Zagreb, Varsovie et Berlin.

A ce sujet, lire nos articles jalonnant la montée progressive de la défiance anti-chinoise en Europe. Commencé par les signes de défiance polonais, croates et allemands (La nouvelle agressivité des groupes chinois à l’international mise en perspective), le scepticisme s’est aggravé par les raidissements des États baltes, profondément heurtés par la brutalité de Pékin à propos de leurs relations avec Taïwan (lire : En Europe Centrale et Orientale, pour la Chine, le vent a tourné).

Déjà, lors de la visite à Paris de Xi Jinping en mars 2019, le Président français qui, dans un sommet à quatre à l’Élysée, avait rallié face au Président chinois la chancelière fédérale Angela Merkel et le Président de la Commission Jean-Claude Junker, avait sans ambages qualifié la Chine de « rival systémique » (lire : Face à Pékin, la solidarité hésitante de l’Europe).

Depuis, s’il est exact que la solidarité européenne face à l’entrisme politique chinois reste hésitante, les réserves anti-chinoises se sont durcies. L’exemple de l’Italie, membre fondateur de l’UE et une des premières étapes en Europe de « Nouvelles routes de la soie » est un symptôme de la dégradation des relations avec Chine.

Alors qu’au cours de son voyage européen en mars 2019, Xi Jinping s’était rendu à Rome pour signer un protocole d’accord sur les « Nouvelles Routes de la soie », en septembre 2023 le gouvernement de Georgia Meloni avait discrètement décidé de ne pas le renouveler. A l’origine, le même désenchantement qui court en Europe de l’Est.

S’il est exact que le volume des exportations italiennes vers la Chine avait augmenté passant entre 2016 et 2022 de 11 à 16,4 milliards d’€, le flux des ventes chinoises vers l’Italie a explosé, passant de 27,3 à 57,5 Milliards d’€.

Surtout les Italiens échaudés par les risques d’entrisme politique ont renoncé à confier à une entreprise chinoise la rénovation et la gestion prévue jusqu’en 2052 du port de Trieste, confiée en 2022 à l’Allemand Hamburger Hafen und Logistik (HHLA).

Au passage, le 10 mai 2022, Berlin avait fixé un plafond de 24,9% aux investissements du chinois COSCO dans le groupe logistique allemand créé en 1885 qui gère deux des trois quais de conteneurs du port de Hambourg.

Les défiances sino-européennes se sont brutalement aggravées en 2020 quand le nationalisme anti-occidental de Xi Jinping, refusant de concéder la moindre faiblesse pouvant être exploitée par Washington avait jusqu’au 25 janvier 2020 dissimulé à l’OMS le surgissement du virus de la Covid-19 à Wuhan.

Homothétique de l’affaiblissement politique interne de l’image de Xi Jinping restaurée au moins en apparence par l’alignement politique sans nuances des proches de Président lors du 20e congrès du Parti en novembre 2023 (lire : Membres du 20e Bureau politique) la défiance à l’égard de la Chine perdure en Europe où la plupart des capitales ont été choquées par l’intense propagande qui avait suivi les occultations de Wuhan.

Alors que la majorité des Européens tournaient progressivement le dos aux séductions chinoises, l’arrivée en 2012 de Xi Jinping à la tête de l’appareil marqua un net durcissement souverainiste anti-occidental de Pékin, désormais décidé à ne plus s’accommoder des remontrances occidentales critiquant à la fois sa politique intérieure et ses ambitions de puissance.

Tel est le contexte de l’amertume que Xi Jinping transforme en stratégie politique anti-occidentale. En Chine elle fait d’autant plus consensus que son arrière-plan férocement souverainiste rappelle sans cesse les humiliations infligées au XIXe siècle par l’Europe à l’empire chinois très affaibli par une succession des violentes révoltes internes.


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