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›› Editorial

L’ombre d’une « guerre froide »

Sous la surface de la connivence sino-russe.

Considérée par Poutine comme un « événement véritablement historique », la mise en service du gazoduc baptisé « Force de Sibérie », vue par Xi Jinping comme « le point de départ d’une nouvelle coopération », faisait suite à l’exercice militaire de grande ampleur organisé chaque année par Moscou depuis 2009.

Impliquant 128 000 hommes, 600 avions de combat, 15 navires de guerre du 16 au 21 septembre entre le nord du Caucase et l’Ouest sibérien, l’exercice qui, compte tenu des participants hétéroclites ne pouvait être guère plus que l’affichage de l’influence dans la région – d’abord par le nombre – de la puissance militaire russe.

Excluant tout entraînement opérationnel tactique crédible, il a rassemblé la Chine qui avait dépêché 1600 hommes, l’Inde, le Pakistan et 4 pays d’Asie Centrale dont le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.

Certes en Chine nombre de chercheurs adhèrent à l’idée que le rapprochement par un contrat de 30 ans à 400 Mds de $ pour 38 Mds de m3 livrés annuellement entre le premier producteur de gaz et le plus gros consommateur de la planète dont les besoins ne cessent d’augmenter, est le gage concret d’une connivence stratégique – qui n’est cependant pas une alliance militaire – devenant au fil des années de plus en plus crédible.

Mais ces analystes apportant chacun leur pierre à la parole publique ne disent pas tout de la pensée stratégique chinoise à l’égard du grand voisin russe.

Il en est qui, se souvenant de l’histoire heurtée des deux pays expriment des doutes. Censurés en Chine, ils s’expriment depuis l’étranger. Ainsi Chi Wang l’ancien Directeur de la librairie chinoise du Congrès des États-Unis qui a récemment fait l’objet d’un article dans le China Daily en Anglais

La longue mémoire des différends sino-russes.

Pour Chi Wang, le rapprochement sino-russe est une faute stratégique, sans autre intérêt pour la Chine que celle « d’antagoniser » inutilement les États-Unis. Il a la mémoire longue. Depuis les traités inégaux (1858, 1860) ayant révisé au profit de la Russie la frontière commune, les relations ont été souvent heurtées.

Pour ne citer que les plus récentes péripéties, aux dernières heures du second conflit mondial, Staline extorqua à Roosevelt malade, la rétrocession à la Russie des anciennes conquêtes japonaises en Chine. Un protocole secret consacra l’indépendance de la Mongolie extérieure et attribua à Moscou sans en référer à Tchang Kai-chek, la concession de Port Arthur ainsi qu’une participation à la gestion des chemins de fer du Nord-est et du sud de la Mandchourie.

En 1945, preuve de la duplicité de Staline qui avait promis d’évacuer la région, l’armée rouge trahit Tchang Kai-chek et envahit la Mandchourie commettant autant d’atrocités que les Japonais. Avant de battre en retraite pour laisser la place à l’APL, elle mit l’ancienne infrastructure industrielle japonaise en coupe réglée. Lire : Chiang Ching-kuo, le fils du Generalissimo.

De 1943 à 1949, Staline a également appuyé le Turkestan Oriental indépendant, fondé par le mouvement séparatiste Ouïghour. Dès la fin des années 50, enfin, les rivalités de puissance et les dissensions idéologiques provoquèrent la fracture du bloc communiste.

En 1969, en pleine guerre froide et au milieu de la révolution culturelle, la rupture conduisit à un conflit militaire direct sur la frontière de l’Oussouri. Celui-ci faisait suite à une première incursion de l’armée rouge en Mandchourie 40 ans plus tôt, qui força Pékin accepter la gestion conjointe sino-soviétique des chemins de fer du Nord-Est chinois.

Considérées sur le long terme, au cours des 100 dernières années, les relations sino-russes furent plus souvent marquées par des tensions et les conflits que par la coopération. En revanche, alors que pendant la 2e guerre mondiale, Washington et Pékin étaient alliés, la relation sino-américaine fut, à l’exception de la guerre froide, le plus souvent pacifique.

Ce n’est pas un hasard, si à partir des années 70 Deng Xiaoping brisa le carcan de la guerre froide pour normaliser les relations avec Washington.

Revenant à l’actualité, Wang qui accuse Xi Jinping de naïveté, conclut qu’un accord commercial négocié de bonne foi en faisant les concessions nécessaires remettrait la relation sino-américaine sur les rails, dans un contexte où pour sa modernisation « la Chine a bien plus besoin des États-Unis que de la Russie. »

Mise en garde de Kissinger.

A la mi-novembre, s’exprimant devant la Commission des relations sino-américaines à New-York, Henri Kissinger (96 ans) qui fut le maître d’œuvre du rapprochement sino-américain mettait en garde contre les risques de dérapage militaire si Pékin et Washington continuaient à refuser des concessions réciproques.

« Les conséquences », dit-il, « seraient plus graves que celles des deux guerres mondiales qui ruinèrent la civilisation européenne ». Il a cependant laissé filtrer une lueur d’espoir.

Les chemins d’un apaisement existent à condition de reconnaître que la domination sans partage de l’un sur l’autre n’est plus possible. Il faut se rendre à l’évidence : « La rivalité globale sera le lot des relations futures ». (…) « Les deux – il avait déjà exprimé cette idée il y a un an lors du forum économique de Bloomberg à Singapour – « doivent mieux définir leurs « lignes rouges » et les « concessions » qu’ils seraient prêts accorder ».

Plus facile à dire qu’à faire. Pékin réclame toute la mer de Chine du sud, menace la démocratie à Taïwan et exprime une rigidité inflexible à Hong Kong en dépit des signaux adverses de la population.

Quant aux États-Unis, craignant de perdre leur magistère, ils considèrent que leur présence militaire dans le Pacifique occidental au Japon, en Corée du Sud et à Okinawa, ainsi que l’appui qu’ils apportent à Taipei par leurs ventes d’armes – chiffon rouge pour Pékin – sont parties intégrantes de leur sécurité nationale.


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Par Lonylp Le 15/12/2019 à 17h41

La fédération des inteligences de soi et des autres

L’état de la planète Chine nécessite pour l’Europe de devenir sérieuse, solide, solidaire. Théorie des trois S.

Une incarnation symbolique pour les peuples d’Europe devrait passer par une Confédération politique, Un Empire démocratique avec famille royale et impériale soumise à un premier ministre élu pour dix ans non renouvelable, enfin une armée européenne sans les USA -mort de l’Otan- doté d’un armement haut de gamme.

A partir de là montrer l’exemple d’un gouvernement pacifique avec pour objectif de sauver l’espèce humaine de la déflagration climatique.
Un vrai programme politique pour un nouveau millénaire.

Amicalement.
Lonylp.

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