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›› Editorial

L’ombre d’une « guerre froide »

L’opportunisme chinois toujours à l’affut.

Ce n’est pas fini. Toujours à l’affut des opportunités stratégiques, voyant le résultat des élections britanniques confortant la position de Boris Johnson et la perspective d’une possible dislocation de l’UE, Pékin est déjà en ordre de bataille.

Ses objectifs : enfoncer par ses propositions commerciales et financières un coin non seulement dans la déjà très fragile cohésion européenne, mais également dans la relation Londres – Washington, épine dorsale même de l’alliance atlantique.

Un récent rapport du Conseil Européen des Relations internationales, cité par CNN analysait les réflexions des chercheurs chinois : « Ils espèrent que le Brexit affaiblira la capacité de l’UE à s’en tenir à ses valeurs fustigeant les abus du droit en Chine » (…) « Et estiment que la rivalité économique entre Bruxelles et Londres ouvrira la voie à de meilleures conditions pour les investissements chinois au Royaume Uni. »

La victoire électorale de Boris Johnson n’a pas échappé au China Daily qui pour l’heure reste pessimiste. Le lendemain du scrutin qui donna la majorité absolue aux conservateurs avec 364 sièges (43,6% contre 32,2% aux Travaillistes) on pouvait lire dans l’éditorial en substance que Washington pèserait sur Londres pour empêcher un accord de libre échange (ALE) avec la Chine.

Mais, ajoutait l’auteur, qui n’ignore pas que Pékin négocie depuis 7 ans sans succès un accord sur les investissements avec Bruxelles, Londres de l’après-Brexit souhaite aussi un accord avec la Chine.

Dernière observation à propos d’une situation en évolution rapide. S’il est exact comme dit le Dao, que « la réalité se construit du battement des contraires », à trop vouloir exploiter le Brexit, les stratèges chinois pourraient attiser encore les contrefeux qui déjà font rage aux États-Unis et en Europe.

Note sur les investissements chinois en Europe.

Comparés au stock des investissements occidentaux, la puissance financière chinoise en Europe où les investissements directs chinois sont en net recul depuis un an, pèse peu. S’il est vrai que le flux des capitaux évolue rapidement, il est nécessaire de le remettre en perspective.

Pour toute l’Europe, le stock chinois est en 2019 de 350 Mds de $, y compris les F&A concernant près de 400 groupes européens au cours de ces 10 dernières années. A quoi s’ajoutent les investissements dans les secteurs des énergies vertes. Mais au total les investissements chinois ne représentent que 2,2% du total, à comparer aux 38% que représentent les investissements américains.

Dans les PECO objets d’une récente controverse qui les identifie comme le » cheval de Troie chinois » en Europe, les investissements chinois ne représentent qu’un faible pourcentage des investissements dans toute l’Europe et une proportion tout aussi faible du total des flux de capitaux.

Il est vrai que de nombreuses économies européennes, pas encore complètement remises de la crise de la zone euro ont d’abord favorablement accueilli les investissements chinois, source de recettes fiscales, de capital financier et moyen d’une reprise de la croissance, de création d’emplois et de développement comprenant notamment la rénovation des infrastructures.

Ce n’est qu’au cours des dernières années que certaines inquiétudes sont apparues, les capitales européennes peinant à trouver le bon équilibre entre les principes fondamentaux d’ouverture économique et les problèmes de sécurité liés à l’empreinte croissante de la Chine en Europe.

Les préoccupations vont du rôle perçu de l’État chinois dans l’économie, aux problèmes de sécurité plus traditionnels liés aux infrastructures critiques, aux actifs stratégiques et aux technologies de défense, en passant par le manque de réciprocité et la crainte de perdre la compétitivité dans le secteur des technologies de pointe.

En septembre 2018, à la demande de l’Allemagne, de la France et de l’Italie, la Commission européenne a proposé d’établir un cadre européen commun pour le filtrage des Investissements Directs Étrangers (I.D.E).

La législation se concentre sur les actifs stratégiques essentiels à la sécurité et à l’ordre public, y compris les acquisitions étrangères de technologies, d’infrastructures ou de sources d’informations sensibles.

Étant donné la naissance en Europe de sentiments moins ouverts à l’étranger et aux flux migratoires, le thème du contrôle des investissements est devenu central pour de nombreux pays européens. Dans les petits États, le poids des nouvelles règlementations de filtrage est parfois perçu comme un instrument d’influence de Bruxelles et un moyen de les priver des investissements chinois.

Les divergences de vues au sein de l’UE concernant une présence chinoise accrue dans les économies sont représentatives d’intérêts divergents en Europe par rapport aux forces et aux besoins de leurs économies nationales.

Les économies axées sur l’innovation et le développement auront tendance à rechercher une plus grande protection combinée à une exposition prudente aux investissements chinois. Les économies plus dépendantes de la consommation, du tourisme et des capitaux étrangers bénéficieront davantage de l’investissement chinois et, par conséquent, évalueront différemment les risques liés aux investissements chinois.

En l’absence d’une coordination européenne , le schéma « 16 + 1 » dans les PECO - souligne la préférence de Pékin pour une approche régionale ou bilatérale avec des partenaires choisis, favorisant en même temps la concurrence et la division entre eux au bénéfice de la Chine.

Cette stratégie est un défi pour l’avenir du processus décisionnel de l’UE.

Au total, l’influence croissante de Pékin en Europe souligne à la fois la puissance en augmentation rapide de la Chine et le risque de fragmentation de l’UE.


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Par Lonylp Le 15/12/2019 à 17h41

La fédération des inteligences de soi et des autres

L’état de la planète Chine nécessite pour l’Europe de devenir sérieuse, solide, solidaire. Théorie des trois S.

Une incarnation symbolique pour les peuples d’Europe devrait passer par une Confédération politique, Un Empire démocratique avec famille royale et impériale soumise à un premier ministre élu pour dix ans non renouvelable, enfin une armée européenne sans les USA -mort de l’Otan- doté d’un armement haut de gamme.

A partir de là montrer l’exemple d’un gouvernement pacifique avec pour objectif de sauver l’espèce humaine de la déflagration climatique.
Un vrai programme politique pour un nouveau millénaire.

Amicalement.
Lonylp.

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