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›› Editorial

L’ombre d’une « guerre froide »

Pour la 1re fois, l’OTAN cible prudemment la Chine.

Les pays de l’Alliance Atlantique, travaillés par les grandes fractures nées de la disparition du Pacte de Varsovie, étaient réunis à Londres les 3 et 4 décembre derniers.

Après les invectives égotiques des présidents français turc et américain, choqués par le cavalier seul d’Ankara qui achète ses missiles anti-aériens à Moscou et déploie ses forces contre les Kurdes de Syrie alliés de l’Occident dans la lutte contre Daesh, les 29 ont, chapitrés par Washington, pour la première fois de leur histoire commune, mentionné la Chine, dont dit le communiqué, « l’influence croissante dans le concert international présente à la fois des opportunités et des défis ».

Dans la déclaration officielle de l’Alliance, la désignation à la fois inédite et prudente de la Chine, mais pour la première fois associée à la Russie dans ses préoccupations de sécurité, faisait suite à l’évocation, sans nommément citer Moscou ou Pékin, de « tactiques hybrides » mêlant les « cyberattaques » et l’espionnage.

Après quoi, la mention explicite de la « 5G » renvoyait à la stigmatisation par Washington du groupe chinois Huawei dont la Directrice financière Meng Wanzhou, fille du PDG Ren Zhengfei est, depuis le 1er décembre 2018, en liberté sous caution à Vancouver.

En attente d’une audience d’extradition vers les États-Unis prévue dans la semaine du 20 janvier 2020, elle a mis en ligne une lettre de remerciement à ses soutiens.

L’initiative de l’OTAN en quête d’un nouvel ennemi alors que le centre stratégique de la planète bascule vers l’Est, semble certes véhiculer un consensus transatlantique anti-chinois depuis que Bruxelles, aligné sur Washington, avait, en septembre dernier, rangé la Chine dans la catégorie des « risques systémiques ».

Mais la différence de taille est cependant que, contrairement à l’époque du rideau de fer, l’Occident ne fait pas « bloc », ni derrière Bruxelles, ni derrière Washington.

16 pays des Pays de l’Europe Centrale et Orientale dont 10 sont membres de l’OTAN, + la Grèce, le Portugal et l’Italie, également membres de l’UE et de l’OTAN, ont, par leurs engagements aux « Nouvelles routes de la soie » chinoises, noué des relations avec Pékin, portant la perspective de projets d’infrastructures financés par des prêts chinois.

Au-delà des apparences. Une réalité complexe.

Dès lors, l’image qui se dessine est bien plus complexe que celle des monolithes de la guerre froide.

Alors que les méfiances anti-chinoises montent en Occident, les intérêts de Pékin avancent au cœur du Continent européen (Voir la Note de contexte). Ils sont portés par des investissements ou des prêts bancaires dispensés à 70% par des groupes publics.

S’il est vrai qu’aujourd’hui, ces derniers restent faibles comparés à la masse des investissements en cours en Europe, leur volume augmente rapidement. Lire : En Europe de l’Est et à Berlin, Li Keqiang manœuvre pour désamorcer la crainte du « péril jaune ».

Pour le sinologue François Godement et Abigaël Vasselier (lire : China at the gates : A new power audit of EU-China relations->https://www.ecfr.eu/publications/summary/china_eu_power_audit7242]), ils sont la pointe émergée d’une stratégie d’influence stratégique en Europe par le biais d’investissements qui ciblent les pays les plus faibles ou / et ceux qui expriment des méfiances politiques à l’égard de Bruxelles.

« La Chine est désormais fermement ancrée en Europe - non seulement sous la forme de biens et de visiteurs -, mais également grâce à ses investissements et prêts accordés aux groupements sous-régionaux et au renforcement des liens militaires et de défense. »

C’est aussi François Godement qui, dans une récente publication de l’Institut Montaigne, rappelle l’ADN autoritaire et marxiste léniniste du régime chinois.

La conclusion est éclairante et jette une lumière crue sur les réalités contradictoires de la Chine moderne : « Au fur et à mesure que la croissance s’essouffle, Xi Jinping devra mobiliser toutes les ressources du nationalisme pour justifier un régime qui est à la fois rigide et très intrusif pour l’une des populations les plus individualistes de la planète. »

En Europe, la Chine de Xi Jinping devenue nationaliste et politiquement intrusive avance donc de manière oblique sous couvert de coopération économique ; en Asie, son ADN centralisateur et impérial dont la racine renvoie au « Premier Empire » et à la longue « rumination bureaucratique » des Han s’exprime en mer de Chine du sud, à Taïwan et à Hong Kong.

Manifestant un rejet global de la démocratie perçue par le Parti unique comme une menace pour son magistère, Pékin a trouvé en Moscou un partenaire animé de la même méfiance envers Washington. En Asie du Sud-est la puissance économique chinoise exerce une attractivité encore plus forte qu’en Europe de l’Est.

Mais à l’exception du Laos et du Cambodge tombés dans l’orbite financière et politique de Pékin, la plupart des huit autres pays expriment – il est vrai à des degrés divers - un inconfort face à la tentation impériale de Pékin.

Le 6 décembre dernier dans le New-York Times, Fareed Zakaria reconnaissait qu’aux États-Unis la réputation de la Chine s’était considérablement assombrie aux yeux de presque toute l’oligarchie, toutes opinions politiques confondues. « Régime répressif, ennemi des libertés et des minorités religieuses à l’intérieur, elle est à l’extérieur un rival stratégique des États-Unis ». Il mettait cependant en garde contre la tentation illusoire d’une hostilité anti-chinoise systématique.

« Power of Siberia »

Coïncidence, alors que l’Alliance Atlantique ciblait pour la première fois directement la Chine, les Présidents chinois et russes mettaient en scène à la face du monde leur proximité stratégique par un jeu de vidéos croisées filmées à Pékin et Moscou.

Affirmant la consolidation d’un pôle opposé à l’Occident et d’abord à l’Amérique, les deux se congratulaient solennellement de la mise en service officielle du gazoduc russe de 2,900 km à 55 Mds de $ qui, aux termes d’un contrat conclu en 2014, livrera à la Chine 30 Mds de m3 par an pendant 30 ans (lire : Chine – Russie. Contrats de gaz..

*

Pour autant, malgré les apparences nous n’en sommes pas encore à une nouvelle « guerre froide ». Les intérêts, les atouts et les faiblesses sont enchevêtrées comme jamais ils ne le furent durant l’après-guerre, jusqu’à l’effondrement du pacte de Varsovie.

Plus encore, s’il est vrai que la Chine empiète sur la sphère occidentale et qu’à bien des égards elle le fait en tournant le dos au droit et aux principes de la démocratie, la stigmatisation directe, qui plus est, par une alliance militaire est inopérante.

Plus encore, en engageant la relation sur le terrain d’un potentiel affrontement guerrier, elle prend le risque d’enflammer des émotions belliqueuses de part et d’autre.


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Par Lonylp Le 15/12/2019 à 17h41

La fédération des inteligences de soi et des autres

L’état de la planète Chine nécessite pour l’Europe de devenir sérieuse, solide, solidaire. Théorie des trois S.

Une incarnation symbolique pour les peuples d’Europe devrait passer par une Confédération politique, Un Empire démocratique avec famille royale et impériale soumise à un premier ministre élu pour dix ans non renouvelable, enfin une armée européenne sans les USA -mort de l’Otan- doté d’un armement haut de gamme.

A partir de là montrer l’exemple d’un gouvernement pacifique avec pour objectif de sauver l’espèce humaine de la déflagration climatique.
Un vrai programme politique pour un nouveau millénaire.

Amicalement.
Lonylp.

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