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›› Editorial

L’ombre d’une « guerre froide »

Patience et longueur de temps. Les pièges d’une belligérance directe.

Rappelant que le volume des relations commerciales sino-américaines avait été multiplié par plus de 5 en 20 ans, tandis que les échanges et les coopérations bilatérales restaient à un niveau très élevé en dépit des tensions, le NYT mettait en garde contre la très couteuse tentation de faire de la Chine un ennemi direct, comme si elle portait une menace existentielle pour l’Amérique.

Sa conclusion rappelait d’abord que la Chine n’était pas comme l’URSS un empire hétéroclite et fragile construit par la domination militaire, mais une « civilisation devenue une Nation ». Puissance émergeant aujourd’hui avec force dans le concert international, elle a abandonné ses transes idéologiques et cherche à se faire une place dans le monde.

Même si certaines de ses ambitions territoriales restent éloignées du droit international, la confrontation sans nuance avec la Chine serait un mauvais choix, tant elle serait compliquée par la richesse du réseau d’allégeances de Pékin.

A la fois culturelles, commerciales et financières, les anciennes connivences chinoises et celles plus récentes le long des « Nouvelles routes de la soie » en Europe, en Asie du Sud-est et en Afrique agissent en effet comme des contrepoids à front renversé capables de gêner l’efficacité d’une belligérance directe.

Les indices de la difficulté à dupliquer les anciens schémas d’alliance contre un ennemi désigné sont assurément les réticences, y compris dans nombre de pays de la sphère occidentale à se plier aux injonctions d’embargo contre le groupe Huawei. Pour l’heure la campagne globale de D. Trump pour boycotter le groupe chinois s’est soldée par un échec. Sur les 61 pays sollicités seulement une poignée dont le Japon et l’Australie ont répondu positivement à la Maison Blanche. Parmi les suiveurs, aucun pays européen, même pas Londres.

Plutôt que le raidissement semi-hostile portant le risque d’attiser en Chine des initiatives extrêmes, la meilleure stratégie reste donc la patience assortie des mesures dissuasives ayant jusque là fait leur preuve.

Il s’agit du rapprochement avec le Vietnam, de la réaffirmation des alliances avec la Corée du Sud, l’Australie et le Japon, du stationnement de 100 000 militaires en Asie-Pacifique, des ventes d’armes à Taïwan et des « passages innocents » de l’US Navy dans les eaux illégalement réclamées par Pékin en mer de Chine du sud.

Fragilités internes chinoises.

En Chine même, la classe moyenne qui n’ignore rien de la situation à Taïwan ou Hong Kong pourrait ne pas se contenter indéfiniment de l’immobilité politique, seul horizon du Parti obsédé par le contrôle, condition de la stabilité sociale.

En même temps, le sérieux freinage de la croissance indique que l’ancien schéma de développement ayant transformé à peu de frais la main d’œuvre rurale en travailleurs urbains arrive à bout de souffle.

Sans réforme du paradigme socio-politique pour, par l’innovation, restaurer la productivité, le pays risque « le piège du revenu moyen » figeant le PNB par habitant au niveau 15 000 $.

Déjà des voix s’élèvent critiquant le surgissement du nationalisme et les risques qu’il véhicule, alors que nombre de problèmes internes allant des retraites à la santé publique attendent toujours une solution équitable.

Alors que des généraux de l’APL à la retraite appellent à attaquer Taïwan au besoin « en coulant un porte-avions américain », Zhu Feng, président de l’Institut d’Eudes Internationales de l’Université de Nankin souligne que la montée en puissance de la Chine est une trajectoire pavée de risques stratégiques.

Inquiet, Shi Yinhong, conseiller du gouvernement et professeur de relations internationales à l’Université du Peuple, spécialiste des États-Unis, reconnaît que fort de son remarquable développement, Pékin a investi « trop vite et trop tôt la scène stratégique ». Même son de cloche du fils aîné de Deng Xiaoping, Deng Pufang qui, à l’automne dernier, incitait le pouvoir à plus de mesure.

En août 2018, QC avait anticipé les retranchements nationalistes destinés à protéger les « caractéristiques chinoises » dans un monde qui, quoi qu’on en dise, avance inexorablement vers l’attention portée aux droits des individus.

- Le dangereux face-à-face entre Pékin et Washington.
- « Force de Sibérie » : vers une domination gazière russe ?

Enfin pour compléter ce tableau des postures chinoises en partie affichées face aux États-Unis, il faut s’intéresser aux arrière-pensées de la proximité sino-russe. S’il est vrai que les apparences sont celles de la solidité, l’histoire offre une image moins rassurante.


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Par Lonylp Le 15/12/2019 à 17h41

La fédération des inteligences de soi et des autres

L’état de la planète Chine nécessite pour l’Europe de devenir sérieuse, solide, solidaire. Théorie des trois S.

Une incarnation symbolique pour les peuples d’Europe devrait passer par une Confédération politique, Un Empire démocratique avec famille royale et impériale soumise à un premier ministre élu pour dix ans non renouvelable, enfin une armée européenne sans les USA -mort de l’Otan- doté d’un armement haut de gamme.

A partir de là montrer l’exemple d’un gouvernement pacifique avec pour objectif de sauver l’espèce humaine de la déflagration climatique.
Un vrai programme politique pour un nouveau millénaire.

Amicalement.
Lonylp.

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